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AVC : les nouvelles clés de la prise en charge en Algérie

Deux éminents spécialistes, le Pr Souhil Tliba, neurochirurgien, et le Pr Smaïl Douadi, neurologue, reviennent sur la prise en charge des patients atteints d’un AVC en Algérie.

AVC : les nouvelles clés de la prise en charge en Algérie
L’AVC demeure une urgence médicale absolue, dont l’issue dépend de la rapidité et de la qualité de la prise en charge / Source : DR pour TSA
Kenza Adil
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Accident vasculaire cérébral (AVC), appelé aussi attaque cérébrale se produit lorsqu’un vaisseau sanguin dans le cerveau est bloqué (AVC ischémique) ou se rompt (AVC hémorragique).

Sa prise en charge est une urgence médicale absolue pour sauver la vie du patient. Professeur et chef de service de neurochirurgie au CHU Frantz Fanon (Blida), Souhil Tliba donne plus de détails sur la prise en charge des AVC en Algérie.

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Le neurochirurgien joue un rôle essentiel dans la prise en charge des AVC. Souhil Tliba explique qu’il y a deux sortes d’AVC.

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« Les AVC ischémiques représentent entre 70 % et 80 % du taux global, alors que les AVC hémorragiques tournent autour de 20 à 30 %. La neurochirurgie intervient principalement dans les AVC hémorragiques. Il faut opérer rapidement pour éviter le décès ou les complications comme les paralysies », explique-t-il dans un entretien au journaliste Ahcene Chemache en marge du Congrès international de la Société algérienne de Neurologie et de la Neurophysiologie clinique (11-12 décembre à Alger).

AVC ischémique malin

Un AVC malin est un accident cérébral ischémique provoquant un œdème cérébral massif et une augmentation dangereuse de la pression intracrânienne.

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« En Algérie, nous réalisons de plus en plus d’opérations sur des patients ayant eu un AVC ischémique malin. C’est un AVC qui touche une artère principale comme la carotide ou une branche principale de la carotide occupant une grande partie du cerveau, qui ne fonctionne plus et n’est plus irriguée. Conséquence : le patient a une paralysie d’un côté du corps et un trouble de la conscience », explique le Pr Tliba.

Dans ces cas-là, il y a une urgence médicale absolue. Une course contre la montre est engagée pour sauver le patient. Y a-t-il des séquelles après une opération suite à un accident cérébral ?

Professeur Tliba est formel : « Nous opérons pour sauver la vie du patient. Quant aux séquelles, il existe un autre procédé appelé la thrombolyse qui consiste à injecter un produit destiné à dissoudre les caillots sanguins obstruant une artère. Cet acte est pratiqué par les neurologues, les neuroréanimateurs, et même, parfois, par les internistes et les médecins généralistes ».

En cas d’AVC, le radiologue interventionnel joue un rôle clé dans la prise en charge du patient.

« Il intervient lorsqu’on n’arrive pas à dissoudre le caillot de sang avec un traitement », explique le professeur Tliba.

Et il ajoute : « de récentes études ont montré que de meilleurs résultats sont obtenus lorsque nous avons recours simultanément aux deux techniques : la thrombolyse et la thrombectomie. La thrombectomie est une procédure médicale consistant à déboucher mécaniquement le vaisseau obstrué par le caillot de sang. Malheureusement, elle n’est pas pratiquée Algérie. Elle nécessite une plateforme spécifique dans la radiologie interventionnelle ».

Couloir vert

Le facteur temps joue un rôle primordial dans la prise en charge d’une personne ayant fait un AVC. Poser le bon diagnostic et enclencher une course contre la montre est le seul rempart contre le décès du patient.

Un « couloir vert » dédié aux patients ayant fait un AVC pour éviter l’attente au service des urgences.

« Généralement, les AVC ischémiques surviennent tôt le matin, entre 5 et 6 heures. Il y a un pic hypertensif le matin chez le malade, qui fait une paralysie brutale au réveil. Il faut alors faire vite. Le diagnostic doit être posé avant 6 heures de temps. Le patient doit être rapidement reçu en consultation, subir un scanner de perfusion ou une IRM et faire un bilan sanguin. Ce gain de temps n’est possible qu’avec la mise en place d’un ‘couloir vert’ pour acheminer le patient directement vers les services concernés », détaille le chef de service de neurochirurgie du CHU Frantz Fanon.

Des unités d’AVC dans les hôpitaux

Dans de nombreux hôpitaux en Algérie, il existe des unités de stroke (Stroke Units). D’autres structures de ce genre seront bientôt créées.

« Le ministre de la Santé se penche sérieusement sur cette question. Des unités de Stroke, rattachées aux services de neurologie, impliquant d’autres spécialistes : neurochirurgien, cardiologue, radiologue seront bientôt mises en place » dans les hôpitaux, confie le professeur Tliba.

Pr Smaïl Daoudi fait le point sur les avancées

Le Professeur Smaïl Daoudi, neurologue et chef de service de neurologie du CHU de Tizi-Ouzou, revient sur les moments forts de ce congrès.

« Nous avons entamé notre congrès par des recommandations pour la prise en charge des AVC. Cette approche a permis à des experts nationaux de présenter leurs travaux en matière de thrombolyse à l’échelle nationale, pour améliorer la prise en charge et la prévention de cette pathologie cérébrovasculaire, aux conséquences assez dramatiques », a-t-il souligné dans un entretien accordé au journaliste Ahcene Chemache.

Généraliser la thrombectomie en Algérie

La thrombectomie est une procédure médicale d’urgence qui consiste à retirer un caillot sanguin bloquant une artère, notamment pour traiter un accident vasculaire cérébral (AVC).

Parmi les invités présents à ce congrès, un aréopage de neurologues algériens exerçants en France.

« C’est une première, puisque nos collègues ont partagé leurs propres expériences en matière de thrombectomie. Une formation dédiée à la thrombectomie, avec simulation sur du matériel rapporté par nos invités a été organisée pour nos collègues neurologues », a indiqué le Professeur Daoudi en apportant une précision : « Certes, la thrombectomie existe dans certains centres en Algérie, mais elle reste insuffisante pour répondre à la demande, les chiffres d’AVC de type isthmique représentant la majorité des AVC dans notre pays ».

La neuro-oncologie au centre des débats

La neuro-oncologie, spécialité qui s’occupe du diagnostic, traitement et suivi des tumeurs du système nerveux central ainsi que des complications neurologiques liées aux cancers systémiques, a également été au centre des débats lors de ce congrès international.

« Nos collègues neurochirurgiens prennent en charge les tumeurs cérébrales lorsqu’elles sont accessibles à la chirurgie », explique le Pr Daoudi.

Essor de la neuro-oncologie médicale

La neuro-oncologie est en plein développement. Elle rassemble une équipe pluridisciplinaire comme le dit le professeur Daoudi.

« Aujourd’hui, la neuro-oncologie médicale est en plein essor à travers le monde. Elle n’est pas uniquement l’apanage du neurochirurgien ou de l’oncologue, mais implique une multidisciplinarité rassemblant plusieurs spécialistes. Le neurologue joue en quelque sorte le rôle d’arbitre dans le diagnostic, le suivi médical, et les essais thérapeutiques. Ces méthodes sont utilisées dans des pathologies du système nerveux central en Europe et aux États-Unis ».

L’éminent neurologue a également évoqué les complications des thérapeutiques survenant chez les patients.

« On nous consulte généralement pour des complications usuelles telles que celles liées à la chimiothérapie et radiothérapie. Aujourd’hui, un grand pas a été franchi par l’oncologie médicale sur le plan des thérapeutiques : thérapie ciblée ou l’immunothérapie. Nous assistons de plus en plus à des cas de complications en neurologie où l’intervention du neurologue est capitale, afin d’éviter les rechutes », insiste-t-il.

La pathologie cancéreuse touche particulièrement les sujets âgés, affirme le professeur Daoudi. Le rôle du neurochirurgien est primordial dans la prise en charge des malades.

« Des études se sont intéressées à la résurgence de certaines tumeurs cérébrales dont certaines pathologies du système nerveux central comme la maladie de Parkinson où on voit de moins en moins de tumeurs cérébrales, mais plutôt un risque de mélanome. Toutes ces approches nouvelles justifient le rôle du neurologue qui doit impérativement s’impliquer dans ces RCP de neuro-oncologie- Réunion de Concertation Pluridisciplinaire en Neuro-Oncologie- afin d’apporter sa contribution pour le diagnostic et l’amélioration de la prise en charge et éventuellement des risques cognitifs encourus par les patients atteints de maladies neurodégénératives », soutient l’éminent spécialiste en neurologie.

L’importance de la neuromionologie et la biothérapie

Professeur Daoudi salue les engagements des neurologues dans le traitement et le suivi des AVC avec la collaboration d’autres spécialistes : radiologues, réanimateurs, internistes, cardiologues, médecins physiques.

Il insiste sur l’importance de la biothérapie, un domaine tourné vers l’avenir et qui est fortement encouragé par le Ministère de la Santé.

Les biothérapies sont des traitements médicaux innovants. Avec le vieillissement de la population, les maladies neurologiques représentent un défi majeur de santé publique.

« Le sujet de la neuromionologie est d’actualité qui a révolutionné toute la médecine et tout particulièrement la neurologie, que ce soit dans le cadre des maladies dégénératives, inflammatoires, mais également dans la neuro-oncologie puisque nous avons des biomarqueurs que nous utilisons actuellement dans notre pays pour faire des diagnostics rapidement, mais ce qui est intéressant, et c’est cela l’avenir, l’utilisation de ces marqueurs biologiques dans l’évaluation de l’efficacité de certaines thérapeutiques chez les patients », poursuit le Pr Daoudi.

Durant cette rencontre, une cession a été organisée en anglais pour présenter des cas ischémiques cliniques touchant des patients atteints de pathologies du système nerveux central et du système nerveux périphérique avec des cas documentés sur le plan clinique, radiologique, biologique et génétique.

Les neurologues algériens en Afrique du Sud

L’expérience algérienne sera partagée lors d’une session Afrique qui sera organisée prochainement par la Fédération mondiale de neurologie et qui se déroulera en Afrique du Sud.

« Notre pays a été sollicité pour y présenter l’expérience algérienne. Nous allons y exposer une proposition d’algorithmes des pathologies neuro-ophtalmologiques », révèle-t-il.

En Algérie, la neurologie connaît des avancées palpables portées par l’introduction progressive de technologie de diagnostics plus performants. En renforçant la formation et la coopération scientifiques avec d’autres pays, notre pays consolide ses acquis dans ce domaine.

L’AVC demeure une urgence médicale absolue, dont l’issue dépend de la rapidité et de la qualité de la prise en charge. Environ 60.000 nouveaux AVC sont enregistrés chaque année en Algérie. Renforcer les structures d’urgence et informer les citoyens sur les signes d’alerte sont autant de leviers nécessaires pour réduire la mortalité et les séquelles liées aux AVC.

Lien permanent : https://tsadz.co/nerbl

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