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Bourita à l’ONU : entre amnésie historique et schizophrénie diplomatique

Amar Belani, ancien diplomate algérien, répond au ministre des Affaires étrangères Nasser Bourita, qui, dans son discours lors de l’AG de l’ONU mardi, a multiplié les contrevérités sur le Sahara occidental.

Bourita à l’ONU : entre amnésie historique et schizophrénie diplomatique
Les « six principes » de Bourita mettent à nu le Maroc / Source image : DR pour TSA
Amar Belani
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En réponse au discours arrogant prononcé mardi 22 septembre devant l’Assemblée générale de l’ONU, truffé d’allégations et d’affirmations fantaisistes, Nasser Bourita s’est livré à un exercice désormais bien rodé, avec un brin de condescendance, quelques certitudes proclamées et une lecture pour le moins sélective du dossier du Sahara occidental.

En donneur de leçons, le ministre des Affaires étrangères marocain a même entrepris de résumer une question de décolonisation vieille de plusieurs décennies en six « principes », censés fixer à l’avance le cadre de la prochaine étape.

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Voici donc, à ses « six principes », qui auraient pu s’intituler « amnésie historique et schizophrénie diplomatique », une réponse tout aussi sobre, mais nettement moins complaisante.

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1. « Il n’y a pas de solution en dehors de l’autonomie sous souveraineté marocaine »

Poser l’autonomie sous souveraineté marocaine comme condition préalable revient à fixer le résultat avant même d’ouvrir les négociations.

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La résolution 2797 demande aux parties d’engager des discussions sans préconditions, en prenant comme base la proposition marocaine, afin de parvenir à une solution politique finale et mutuellement acceptable garantissant l’autodétermination du peuple du Sahara occidental.

Prendre une proposition comme base de discussion ne signifie donc ni en accepter le contenu, ni accepter par avance son issue. Une négociation dont le résultat est déjà arrêté porte un autre nom, l’entérinement d’un fait accompli.

2- « Il n’y a pas d’autre approche que des négociations sous l’égide de l’ONU, exclusivement fondées sur l’initiative d’autonomie »

C’est une conception pour le moins originale de la négociation que de discuter sous l’égide de l’ONU, mais sur la base exclusive de la proposition d’une seule partie.

La résolution 2797 appelle précisément les parties à présenter des idées et suggestions en vue d’une solution finale et mutuellement acceptable.

Le cadre onusien a justement pour fonction d’empêcher qu’une proposition de l’un devienne, par un simple tour de passe-passe diplomatique, la solution imposée à l’autre. Sinon, autant supprimer le mot « négociation ».

3- « Aucune discussion ni contestation sur la responsabilité des quatre parties »

Les responsabilités seraient fixées à l’avance par l’une des parties et les autres n’auraient plus qu’à acquiescer, ce qui donne une conception assez particulière du dialogue.

Une résolution du Conseil de sécurité ne confère à aucune partie le droit de distribuer seule les responsabilités.

Quant à l’Algérie, elle participe au processus en tant que pays voisin et non comme partie au conflit. Transformer un pays voisin en partie au conflit pour lui demander ensuite des comptes sur ce conflit relève surtout d’un art consommé de l’amalgame et de la mystification.

4- « Il ne saurait y avoir de maintien du statu quo »

Sur ce point, personne ne plaide pour l’éternité du statu quo. Mais sortir du statu quo ne signifie pas baptiser « solution » ce qui n’a jamais été accepté par l’autre partie.

Pour l’Algérie et le Front Polisario, la sortie du statu quo passe par la possibilité réelle donnée au peuple sahraoui de déterminer librement son avenir.

Le statu quo comporte par ailleurs une dimension économique et territoriale que le discours marocain préfère soigneusement laisser dans l’ombre. Le pillage des ressources agricoles, halieutiques et minières du territoire fait l’objet d’un contentieux international, y compris devant la Cour de justice de l’Union européenne.

5- « Aucune crédibilité aux interlocuteurs qui violent le cessez-le-feu »

Ce principe mérite, lui aussi, un petit rappel de mémoire. Le cessez-le-feu de 1991 s’est effondré en novembre 2020 quand l’armée marocaine a occupé la bande démilitarisée de Guerguerat. Le Secrétaire général de l’ONU avait interpellé en vain le Maroc pour l’inviter à revenir au statu quo ante.

Difficile, dès lors, de s’ériger en procureur du cessez-le-feu en effaçant soigneusement les circonstances dans lesquelles celui-ci s’est effondré.

6- « Aucune tolérance envers le maintien en otage des populations des camps de Tindouf »

C’est sans doute le morceau le plus audacieux. Les réfugiés de Tindouf ne sont pas apparus dans le désert par génération spontanée. Les camps ont été établis par des réfugiés ayant fui l’avancée des forces d’occupation marocaines au Sahara occidental.

De nombreux rapports citent des sources historiques faisant état, en février 1976, de bombardements de concentrations de réfugiés à Guelta Zemmour et Oum Dreiga, avec l’emploi de napalm.

Il faudrait donc une sacrée dose d’amnésie historique pour transformer aujourd’hui les réfugiés en « otages » sans rappeler les circonstances dans lesquelles ils ont pris le chemin douloureux de l’exil.

Et voici maintenant le morceau de bravoure qui consiste à insinuer de manière tout à fait malhonnête que le Front Polisario serait une « milice séparatiste ».

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Après avoir échoué, jusqu’à présent, à obtenir une désignation du Front Polisario comme organisation terroriste aux États-Unis, Nasser Bourita utilise donc la tribune de l’Assemblée générale de l’ONU pour recycler cette campagne sous une autre forme.

D’où cette logorrhée sur les « milices séparatistes », opportunément accolées dans le même passage aux organisations terroristes, aux réseaux criminels transfrontaliers et aux mercenaires.

Le procédé est aussi grossier que transparent. Il procède par insinuation et par amalgame. On juxtapose des catégories radicalement différentes et l’on laisse entendre que leur simple voisinage suffit à faire du Front Polisario une organisation de même nature que les groupes terroristes ou les réseaux criminels.

Le plus cocasse est ailleurs, car tout en s’employant à délégitimer le Polisario par insinuation, Rabat continue de vouloir que les négociations se déroulent dans le cadre onusien avec les parties concernées.

Les « six principes » de Bourita mettent à nu le Maroc

Quand la qualification juridique fait défaut, il reste l’insinuation, et quand l’argument ne suffit plus, l’amalgame.

Les six « principes » de Bourita ont au moins le mérite de rendre parfaitement visible la difficulté centrale de la position marocaine. Il s’agit de demander une négociation tout en voulant en fixer à l’avance le cadre, les interlocuteurs, les responsabilités et surtout le résultat.

Une curieuse conception de la négociation « de bonne foi, et sans conditions préalables » à laquelle appellent toutes les résolutions du conseil de sécurité.

*Ancien ambassadeur d’Algérie

Lien permanent : https://tsadz.co/lqksr

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