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« Je suis devenue personne » : Nihad Sebaa dénonce les clichés sur les Algériennes de France

Pour son premier roman, Nihad Sebaa a choisi une autofiction où elle dénonce la stigmatisation des femmes algériennes à l’étranger.

« Je suis devenue personne » : Nihad Sebaa dénonce les clichés sur les Algériennes de France
Née à Tlemcen en 1996, Nihad Sebaa a quitté l'Algérie fin 2002 pour la France / Source image : Facebook Nihad Sebaa pour TSA
Kenza Adil
Durée de lecture 3 minutes de lecture
Clock 3 minutes de lecture

Nihad Sebaa possède plusieurs casquettes : un engagement pour les droits de l’homme auprès du Haut-Commissariat à l’ONU et une représentation au sein d’une ONG à Genève en Suisse où elle réside.

Ajoutant une corde à son arc, elle publie, à compte d’auteur, un roman intitulé « Je suis devenue personne », ouvrage disponible sur Amazon.

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Autodidacte, un chemin qui mène à la réussite

Née à Tlemcen en 1996, Nihad Sebaa a quitté l’Algérie fin 2002 pour la France. Côté études, elle se définit comme autodidacte.

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« J’ai grandi dans un contexte familial qui n’a pas toujours été facile, avec beaucoup de responsabilités très tôt, et je n’étais plus en mesure de suivre une scolarité normale. J’ai donc appris et développé mes compétences par moi-même, petit à petit. Quand on veut s’engager dans les relations internationales sans avoir de réseau ni de proches dans ce milieu, on se rend vite compte que tout reste à construire. Il faut aller vers les gens, créer des contacts, se bâtir un écosystème. C’est un chemin plus long, mais il m’a beaucoup appris », confie-t-elle.

Des efforts qui ont fini par payer, puisque Nihad Sebaa est aujourd’hui, à seulement 30 ans, représentante d’une organisation internationale de santé, dotée du statut consultatif auprès de l’ECOSOC, aux Nations Unies à Genève.

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« Je suis également défenseure du droit au développement au sein du groupe rattaché au Centre des droits humains de l’Université pour la paix (University for Peace) des Nations Unies, un engagement qui met en avant le rôle de la société civile. J’interviens notamment sur les droits humains, le droit à la santé, l’égalité entre les femmes et les hommes et la participation des jeunes. En parallèle, je travaille dans le domaine de la finance, et j’ai donc plusieurs casquettes, qui se nourrissent les unes les autres », détaille-t-elle.

Cela faisait plus de 10 ans que Nihad caressait le rêve de publier un roman. Malgré un emploi du temps chargé, elle a dégagé un temps pour écrire.

« Je suis devenue personne », une autofiction qui s’inspire de sa vie et de ce qu’elle a traversé.

« Nahla, le personnage principal, a grandi dans une famille ayant immigré. Il y a bien sûr une part de réalité, mélangée à la fiction, et la fiction m’a aussi donné la liberté de dénoncer certaines choses. Nahla est une jeune femme que chaque personne qu’elle rencontre essaie de faire entrer dans une case, de catégoriser selon une image de ce qu’elle devrait être. Elle ne comprend pas pourquoi les autres parlent et décident à sa place, puis elle réalise qu’on la positionne simplement en fonction de ses origines et du milieu dans lequel elle a grandi. Elle comprend ce mécanisme, mais elle sait qu’une personne va bien au-delà de tout ça, au-delà de ce qu’on attend d’elle, et qu’on est constamment en construction », dévoile-t-elle.

Un message à faire passer

Ce roman se veut aussi une réflexion sur la situation des femmes souvent reléguée par les autres, surtout lorsqu’elles viennent d’un autre pays. « J’y parle beaucoup des femmes, de cette tendance à vouloir toujours nous ranger d’un côté ou de l’autre, alors qu’une femme peut être ce qu’elle a envie d’être ».

Ayant grandi à l’étranger, l’auteure a été stigmatisée à cause de ses origines. « Quand on voit qu’une femme a de la matière, qu’elle a des choses à dire, et qu’on devine d’où elle vient, on ne l’attribue pas simplement à sa personnalité, à son éducation ou à son travail. On a du mal à reconnaître qu’on peut être intelligente et capable tout en étant Algérienne. Il y a quelque chose dans ce regard qui hérite de l’histoire coloniale, et c’est triste, parce qu’on finit par se sentir réduite à ça. Je pense que beaucoup d’Algériens de France vivent ce sentiment, ce trouble identitaire qui, j’espère, sera un jour davantage mis en lumière et étudié. »

Une situation que l’auteure tient à dénoncer : « Ce qui fait mal, c’est ce sentiment de devoir toujours prouver plus que les autres. Je le ressentais dans certains regards, dans une façon de me parler. On attend énormément de nous, et en même temps on nous renvoie l’image de femmes soumises, presque archaïques, qu’il faudrait libérer. Ce sont des clichés d’une autre époque, qui ne correspondent ni à ce que je vis ni à ce que vivent les femmes qui m’entourent. Nous sommes libres. Simplement, la notion de liberté n’est pas la même pour tout le monde, et je crois que c’est le manque d’acceptation de cette différence qui fait souffrir ».

« Je suis devenue personne », pourquoi ce titre ?

Le titre du roman n’a pas été choisi par hasard. « À force d’être placée dans des cases, d’être définie par les autres, on finit par ne plus savoir qui l’on est. Et ce sentiment ne concerne pas seulement les personnes issues de l’immigration, chacun, à un moment de sa vie, a pu se sentir réduit à une image qui ne lui ressemblait pas. C’est le message de mon livre : on ne se résume pas à ce que les autres projettent sur nous », explique l’écrivaine.

« Je suis devenue personne » de Nihad Sbaa est en autoédition, disponible sur Amazon en version papier et en version Kindle. L’écrivaine est à la recherche d’un éditeur en Algérie. « Ça me tient particulièrement à cœur, et c’est aussi pour cela que j’ai tenu à en parler d’abord dans un média algérien », conclut-elle.

Un roman qui, espérons-le, pourra être disponible dans les librairies algériennes prochainement !

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