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Catastrophes naturelles en Algérie : Hassen Khelifati propose un nouveau modèle d’indemnisation

Hassen Khelifati, PDG d’Alliance Assurances, propose un nouveau système pour inciter les Algériens à s’assurer contre les catastrophes naturelles, comme les incendies, les séismes ou les inondations.

Catastrophes naturelles en Algérie : Hassen Khelifati propose un nouveau modèle d’indemnisation
Hassen Khelifati, PDG d’Alliance Assurances, propose un nouveau modèle d'indemnisation en ce qui concerne les catastrophes naturelles en Algérie / Source image : Instagram Hassen Khelifati pour TSA
Kenza Adil
Durée de lecture 4 minutes de lecture
Clock 4 minutes de lecture

Incendies, séismes, inondations : l’Algérie, comme tant d’autres pays, est exposée à de multiples catastrophes naturelles.

Cet été, les incendies de la fin du mois d’août ont provoqué de nombreuses pertes en vies humaines et de considérables dégâts matériels, notamment à Jijel, la wilaya la plus durement touchée par les feux de forêt.

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Les Algériens ont-ils cette culture d’assurer leurs biens contre les sinistres ? Qu’en est-il des managers et quel serait le meilleur système pour inciter les citoyens à souscrire une assurance les couvrant en cas de sinistre ? Hassen Khelifati, PDG d’Alliance Assurances, répond aux questions de TSA dans cet entretien qu’il nous a accordé.

L’Algérie a été endeuillée par des incendies dévastateurs fin août dernier. En plus de la tragédie humaine, ces incendies ont provoqué d’importants dégâts matériels. La plupart des sinistrés n’étaient pas assurés…

Hassen Khelifati : Tout d’abord, permettez-moi d’adresser mes condoléances aux familles qui ont été endeuillées lors de ces incendies et qui ont perdu beaucoup de leurs biens.

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C’est une tragédie qui a été vécue par le peuple algérien, et qui a aussi démontré la grande générosité de la population ainsi que la mobilisation de l’État algérien à travers ses institutions, notamment le Président de la République et le gouvernement, qui ont organisé les secours et ont rassuré les familles. L’État a également décidé de prendre en charge les indemnisations à la suite de ces dégâts.

L’Algérie est un pays exposé aux catastrophes naturelles (séismes, inondations, incendies, canicule). Les Algériens s’assurent-ils contre les catastrophes naturelles ?

Hassen Khelifati : En général, le taux de couverture est bas, raison pour laquelle l’État algérien apporte son aide, à chaque nouvelle catastrophe, assurant son rôle régalien de sécurité et de protection de la population.

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Cette situation a été débattue à maintes reprises par les assureurs, les professionnels et les autorités publiques. Constat : Ce qu’on observe lors de débats publics autour des catastrophes naturelles, c’est l’absence des assureurs lors de ces rencontres et ceci est regrettable.

Aujourd’hui, les associations de la société civile tentent d’apporter leur contribution : lors des derniers incendies, elles ont secouru même les animaux. Toutefois, les assureurs ne participent pas aux débats.

Pourquoi les Algériens ne contractent-ils pas une assurance et comment faire pour qu’à l’avenir, les assureurs jouent leur rôle comme dans tous les autres pays du monde ?

Hassen Khelifati : Il est grand temps de penser à intégrer cette culture d’assurance et d’apporter une solution durable, même si elle doit se faire graduellement.

En 2023, l’Organisation des Assurances Africaines avait organisé un séminaire international en Algérie qui a réuni près de 1.800 participants à l’hôtel Aurassi.

Lors de cette rencontre, il y a eu 1.300 intervenants internationaux. Nous avons examiné beaucoup de modèles existants. Les conclusions ont été transmises aux pouvoirs publics.

Le modèle qui conviendrait le mieux au marché algérien est le suivant : au lieu que l’État puise à chaque fois dans le Trésor public pour indemniser les sinistrés des catastrophes naturelles, il faut réconcilier l’Algérien avec l’assurance.

L’idée, c’est que les assureurs s’organisent en pool et offrent des couvertures d’assurances compétitives, et l’État interviendrait par un système de subvention avec une mécanique dégressive : première année 90 %, deuxième année 80 %… Mais à condition que l’assurance soit obligatoire. L’assuré ne paiera que 10 % la première année, 20 % la seconde… Ce système apportera beaucoup d’avantages.

Justement, quels seraient les avantages de ce système ?

Hassen Khelifati : En cas d’incendies ou de toute autre catastrophe naturelle, ce sont les assureurs eux-mêmes qui interviendront par le biais de leurs experts pour évaluer le montant des pertes.

Ce système permettra l’intégration de la culture d’assurance par les citoyens. Par ailleurs, sans assurance, pas de remboursement en cas de sinistre. Ce schéma existe dans plusieurs pays comme la Chine, l’Argentine, les États-Unis, l’Espagne, la France…

Qu’en est-il des entreprises ?

Hassen Khelifati : Pour les entreprises, nous proposons une autre mécanique en ce qui concerne les catastrophes naturelles. Afin de protéger le patrimoine national, ce qui induit des drames personnels et des pertes d’emplois, il faut instaurer quatre types d’assurances obligatoires pour tous les professionnels : assurance responsabilité civile, assurance catastrophe naturelle, assurance incendie et assurance perte d’exploitation, et transférer le contrôle de ces assurances au commissaire aux comptes.

Ce dernier devrait produire un rapport spécial à présenter chaque année à l’assemblée générale lors de la certification des comptes.

Les particuliers sont, quant à eux, généralement contrôlés chez le notaire lors de la location ou de la vente de leurs biens. Il existe d’autres modèles ailleurs pour les particuliers : la création d’un pool assurance catastrophe naturelle qui serait joint aux factures de l’eau ou de l’électricité.

En tant qu’assureur, quelles sont les leçons tirées des incendies d’août dernier ?

Hassen Khelifati : L’absence des assureurs du débat public ! Même la presse a organisé beaucoup de débats sans associer les assureurs sur la prise en charge des sinistrés des catastrophes naturelles.

Aujourd’hui, on ne donne pas d’importance aux assureurs, car dans le subconscient collectif, nous avons transféré cette responsabilité de remboursement à l’État, et c’est ça qui est dangereux, car c’est le rôle des assureurs d’intervenir dans ce genre de catastrophes.

Le président de la République a assuré qu’il remboursera jusqu’au dernier clou, mais nous savons tous qu’il y aura beaucoup de fausses déclarations et que beaucoup de gens vont en profiter.

L’État peut-il continuer à prendre en charge et à indemniser systématiquement les sinistrés ?

Hassen Khelifati : L’État ne peut pas abandonner la population en cas de catastrophe naturelle, néanmoins, on peut envisager un travail commun entre la communauté des assureurs ou le ministère des Finances et les autres institutions pour apporter des changements dans ce domaine sur 5 ans, ou 10 ans, et sensibiliser la population à une meilleure culture d’assurance.

Il y a eu de nombreux incendies industriels cette année en Algérie. À qui la faute et quel est le coût pour les compagnies d’assurance ?

Hassen Khelifati : Il y a des défaillances électriques bien sûr, mais aussi des incendies provoqués volontairement, mais qui sont détectés par les services de sécurité. Toutefois, ces cas sont rares. Généralement, par rapport aux industries moyennes en Algérie, les chiffres sont supportables pour les assurances.

Mais le problème qui se pose lors des incendies industriels, c’est la sous-déclaration au moment de la souscription, sur le manque d’assurance perte et exploitation.

Prenons un exemple : quelqu’un qui a une usine qui vaut 10 milliards de dinars, qui vient la déclarer à 1 milliard ou 2 milliards de dinars. Cela va poser un problème en cas d’incendie : l’assureur applique les règles proportionnelles et l’industriel se retrouve perdant, recevant un montant inférieur à la valeur de l’usine, d’où la nécessité de confier cette mission aux commissaires aux comptes, car ce dernier agit pour le compte de l’assemblée générale des actionnaires et non pour celui des managers.

Une autre contrainte pour les incendies industriels : lorsque les montants sont importants, la réassurance internationale intervient. En cas de soupçon, ils sont en droit d’envoyer leurs propres experts et dans beaucoup de cas, ils découvrent que les incendies sont provoqués pour arnaquer l’assurance.

Heureusement, ces cas ne sont pas majoritaires. Par contre ce qui est inquiétant, c’est la tarification appliquée qui met en danger tout l’équilibre du système.

Les tarifs sont très bas, hors normes internationales et la concurrence est déloyale, raison pour laquelle nous avons demandé au ministère des Finances, à travers l’Union des assureurs algériens, d’instaurer des tarifs plancher ou tarifs minimums : une technique et un système d’équilibre : la somme des primes correspond à la somme du sinistre plus les charges. C’est une technique utilisée dans beaucoup de pays développés, dont le Japon.

Les entreprises algériennes investissent-elles suffisamment dans l’hygiène, la sécurité et l’environnement (HSE) ?

Hassen Khelifati : Lorsqu’on prend un nouveau client, on envoie un expert qui établit un rapport avant de prendre un nouveau risque. Il va regarder les installations électriques, le système anti-incendie, les systèmes d’alarme, les systèmes d’alerte, les systèmes de stockage…

Aujourd’hui, beaucoup de sociétés se mettent aux normes internationales, mais il reste quelques PME qui ont besoin d’une mise à niveau. C’est une culture qui se met petit à petit en place et qui monte crescendo.

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