
L’Algérie met le cap sur trois millions d’hectares de terres agricoles pour les céréales. C’est le président Abdelmadjid Tebboune qui fixé ce cap.
Lors du conseil des ministres tenu dimanche 11 janvier, il a demandé au ministère de l’Agriculture que les surfaces de céréales soient portées à 3 millions d’hectares contre 2 en moyenne et que les importations de matériel agricole soient facilitées.
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Si la production locale de blé peut être obtenue en augmentant les rendements par hectare, l’augmentation des surfaces constitue un autre moyen.
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Cependant, les coûts de culture ont augmenté et par ailleurs les agriculteurs ont tendance à attendre la pluie pour semer d’où des retards de semis et des surfaces moindres emblavées.
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Risques de « pluies parasites »
En 2023, en plein mois de novembre le manque de pluies faisait qu’au niveau de certaines Coopératives de céréales et légumes secs (CCLS), les semoirs restaient garés sous les hangars.
Les agriculteurs avaient préféré temporiser en attendant la pluie. Ils craignaient de semer puis que les pluies automnales qui suivent soient insuffisantes au développement des jeunes plantules. Certains n’hésitent pas à qualifier ces averses de « pluies parasites ».
Aussi, face au risque de devoir re-semer, les agriculteurs attendent l’arrivée de pluies plus abondantes.
Cette année l’abondance des pluies est telle que les agriculteurs affluent encore au niveau des CCLS pour se fournir en semences. Si le potentiel de rendement des semis de janvier est moindre, les quintaux récoltés restent toujours bons à prendre puis, fait remarquer un observateur sur les réseaux sociaux, cela « fera toujours moins de jachère ».
Augmenter les surfaces emblavées nécessite donc de trouver une parade aux « pluies parasites ». A ce propos la demande du président de la République de faciliter l’importation de matériel agricole pourrait permettre aux éleveurs d’acquérir du matériel de semis performant et donc de semer dans de meilleures conditions.
De gros investisseurs au sud n’ont pas hésité à importer des semoirs modernes à l’image de la Laiterie Soummam qui exploite 2.000 hectares dans la wilaya de Ouargla.
Entre la production nationale de l’Etrag à Constantine pour la production de tracteurs et l’activité de montage de certaines entreprises privées, les exploitations agricoles disposent aujourd’hui de plus d’engins.
Cependant, les techniques de semis restent traditionnelles. Entre labour, épandage d’engrais, recroisage, semis et roulage, il faut compter jusqu’à 6 passages de tracteurs. Résultat, il faut en moyenne 8 heures de travail pour semer 2 hectares.
Lors de précédentes interventions, le président Tebboune a eu l’occasion de suggérer le travail de nuit en soulignant que « si les tracteurs possèdent des phares, ce n’est pas pour chasser des lièvres ».
Outre la solution de multiplier les heures de travail lors des périodes de pointe, il existe de nouvelles techniques qui permettent de réduire ces passages de tracteurs à 2 au lieu de 6 et qui sont utilisées dans les environnements semi-arides d’Espagne, d’Australie et des Etats-Unis. Les vitesses de chantier de semis passent alors de 8 hectares par jour au lieu de deux auparavant.
Le matériel de récolte Sampo constitue une révolution technique. Cependant le modèle de semoirs, sous licence espagnole Sola, produits à Sidi Bel Abbès reste traditionnel et n’a pas bénéficié d’innovations techniques. Il n’intègre pas les dispositifs modernes permettant de semer plus vite tout en assurant une meilleure levée des semences face au risque d’irrégularité des pluies.
Blé, la concurrence des moutons
Cultiver du blé présente également un coût important et son implantation entre labour jusqu’au semis représente une part importante des charges de l’agriculteur. Des céréaliers de la région de Constantine estiment gagner de l’argent qu’à partir d’un rendement de 20 quintaux et dans le sud sous pivot ce serait à partir de 40 quintaux.
Dans ces conditions, pour certains agriculteurs, il devient plus intéressant d’élever des moutons que de produire des céréales. Aussi, ils n’intensifient pas leur mode de production et font le minimum.
Et sur leur exploitation, les terres dites en jachère ou « en repos » peuvent représenter 50% de la surface. Cela ne représente pas une perte pour eux puisque ces jachères sont pâturées par des moutons de juillet à mai. Et si l’agriculteur ne possède pas de troupeaux, il peut les louer à prix d’or à des éleveurs.
Dans certaines régions marginales, pour tirer un revenu convenable des céréales, une autre stratégie des céréaliers consiste à valoriser les grains produits sur l’exploitation en les transformants en « Frik » pour la chorba du mois de ramadan.
En Algérie, une partie des agriculteurs ont délégué à l’Etat le rôle qui leur incombe : l’approvisionnement des consommateurs en blé. Cela même si les conséquences sont le recours à plus d’importation de ce produit de large consommation.
Le passage du prix d’achat du blé dur par l’Office algérien des céréales (OAIC) à 6 000 DA le quintal ainsi que les subventions publiques portant sur les semences et les engrais permettent de soutenir la filière céréale.
Il en est de même avec les prêts de campagne Rfig à taux réduit accordés aux agriculteurs et les possibilités de rééchelonnement en cas de sécheresse. A cela, il s’agit d’ajouter les moyens logistiques considérables déployés par l’OAIC lors des moissons.
Au-delà des moyens financiers et matériels conséquents accordés par les pouvoirs publics aux producteurs, il semble que la filière céréales doive s’interroger sur les moyens d’intégrer les connaissances agronomiques modernes.
La proposition du président Tebboune de faciliter l’importation de matériel moderne peut y contribuer de même que d’indispensables partenariats étrangers pouvant permettre un transfert de savoir-faire aux céréaliers algériens de plus en plus confrontés aux effets du réchauffement climatique.