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Choix des ministres du nouveau gouvernement : le pouvoir va-t-il répéter ses échecs ?

Choix des ministres du nouveau gouvernement : le pouvoir va-t-il répéter ses échecs ?

En annonçant son renoncement au cinquième mandat et le report de l’élection présidentielle, le chef de l’État avait aussi procédé à la nomination d’un nouveau premier ministre. Noureddine Bedoui remplace Ouyahia, officiellement démissionnaire.

Selon des échos, les membres du nouvel exécutif devraient être nommés incessamment. Selon certaines indiscrétions, il pourrait être annoncé ce jeudi. Dans son message, le président Bouteflika avait expliqué que le nouveau gouvernement sera composé de « compétences nationales ».

Les motivations de la nomination d’un nouveau gouvernement sont vaguement expliquées dans la lettre présidentielle du 11 mars. « Dans la perspective d’une mobilisation accrue des pouvoirs publics et du rehaussement de l’efficacité de l’action de l’État dans tous les domaines, j’ai décidé de procéder tout prochainement à des changements importants au sein du Gouvernement. Ces changements constitueront une réponse adéquate aux attentes dont vous m’avez saisi, ainsi qu’une illustration de ma réceptivité à l’exigence de reddition de comptes et d’évaluation rigoureuse dans l’exercice des responsabilités à tous les niveaux et dans tous les secteurs », avait indiqué le chef de l’État.

Plus loin dans le texte, il ajoute, toujours concernant le nouvel exécutif : « Dans le but de contribuer de manière optimale à la tenue de l’élection présidentielle dans des conditions incontestables de liberté, de régularité et de transparence, il sera formé un Gouvernement de compétences nationales bénéficiant du soutien des composantes de la Conférence nationale. Ce Gouvernement assumera la supervision des missions de l’administration publique et des services de sécurité et apportera sa pleine collaboration à la commission électorale nationale indépendante ».

Une nouvelle équipe sera donc chargée de rehausser « l’efficacité de l’action de l’État » et de « contribuer » à l’organisation de la prochaine élection présidentielle. Pour résumer, il apparait en filigrane que le cercle présidentiel a un triple souci : calmer la rue, garder la main, du moins un minimum de contrôle, sur le processus électoral à venir, quand bien même celui-ci sera du ressort d’une commission indépendante qui sera mise en place et, enfin, rassurer les partenaires étrangers du pays.

Pour entamer son numéro d’équilibriste, le chef de l’État a sacrifié le très impopulaire Ouyahia et nommé à sa place un personnage sans attache partisane mais connu pour être un fidèle du président. Noureddine Bedoui sera secondé par Ramtane Lamamra dont le rappel semble dicté par le souci de renvoyer une meilleure image à l’étranger. C’est d’ailleurs lui qui est mis en avant dans la communication officielle.

Reste la composante de l’exécutif. Dans sa lettre, le président parle de compétences nationales, ce qui peut s’apparenter à un gouvernement de technocrates. Or, selon les premières indiscrétions, Bouteflika ne dérogera pas à la règle instituée depuis quelques années : il puisera encore de l’administration, soit du corps des walis et même, nous dit-on, de celui des secrétaires généraux des ministères.

Le chef de l’État ne pouvait, en pleine révolte populaire, faire appel au personnel disqualifié des partis de la majorité, ni convaincre des personnalités nationales indépendantes de risquer leur crédit en donnant leur caution à un régime contesté et peut-être en fin de règne. Il restait donc l’option des fonctionnaires qui offrent en plus un avantage certain, celui d’être des exécutants disciplinés.

Mais le risque de rééditer les échecs qui ont mené à la situation actuelle n’est pas loin, puisque depuis quelques années, c’est ce genre de personnel qui a eu à diriger le gros des affaires du pays. Il est par exemple connu que les secrétaires généraux sont les véritables chevilles ouvrières des ministères et, de ce fait, le bilan du gouvernement et du pouvoir c’est aussi le leur.

La démarche présidentielle illustre aussi l’incapacité du pouvoir à se traiter la question des manifestations populaires de manière crédible. Il cherche certes à convaincre les gens de mettre fin aux manifestations, mais il ne semble pas encore prendre au sérieux le poids de la société. Même avec des millions de gens dans la rue, il ne désespère pas de garder le contrôle de tout.

Son souci premier semble être le contentement de ses partenaires étrangers. La nomination de Lamamra répond à cet objectif et il n’est pas étonnant que le nouveau vice-Premier ministre donne sa première interview après sa nomination à une radio française. Pour ceux qui doutent encore, on a choisi pour chapeauter la conférence nationale qu’on dit porteuse de changement, Lakhdar Brahimi, un vieux diplomate à l’aura certaine sur la scène internationale mais qui est coupé des réalités algériennes depuis maintenant de nombreuses années.

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