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Choléra en Algérie : un « accident », estime une spécialiste française

Choléra en Algérie : un « accident », estime une spécialiste française

Une responsable de l’Institut Pasteur français minimise l’épidémie de choléra qui a sévi récemment dans certaines wilayas du centre du pays, estimant qu’il s’agit certainement d’un « accident ».

Pour Marie-Laure Quilici, responsable du Centre national de référence des vibrions et du choléra à l’Institut Pasteur, qui s’exprime dans un entretien au Nouvel Observateur, publié mardi 11 septembre, cette épidémie est sans commune mesure avec ce qu’il se passe ailleurs dans le monde.

« On en est à plusieurs dizaines de milliers de cas tous en République démocratique du Congo. Au Yémen, on parle d’un million de cas entre 2016 et 2017. Dans ces pays-là, le choléra est lié à des problèmes socio-économiques, aux guerres, à la pauvreté, aux déplacements de populations, aux camps de réfugiés dans lesquels il n’y a ni fourniture d’eau potable, ni de bonnes conditions d’hygiènes. En Algérie, il s’agit certainement d’un “accident”.

Une personne malade a pu importer la bactérie et a souillé l’environnement, contaminant une source d’eau qui a été utilisée par d’autres personnes, directement ou indirectement », suppose-t-elle.

« Il est vrai que pour un pays qui n’avait pas enregistré de cas depuis plus de vingt ans, c’est un événement important, d’autant qu’il y a eu deux décès. Cela reste une flambée épidémique qui semble localisée et limitée dans le temps, mais qui est un signal et doit entraîner une prise de mesures pour l’avenir», ajoute-t-elle.

L’épidémie touche-t-elle à sa fin comme indiqué par les autorités ? « D’après les éléments fournis par les autorités algériennes, les seuls que nous avons, il semblerait que la situation soit bien gérée. Il faudra cependant continuer à surveiller les cas cliniques qui pourraient faire penser à du choléra », suggère la spécialiste pour qui, en l’état actuel, on ne peut pas parler d’un retour du choléra.

« Mais cela a mis en évidence des déficiences d’hygiène localement ou de mise à disposition d’une eau de bonne qualité auprès de la population. Depuis le diagnostic, il semble qu’il y ait eu un bon suivi, une grosse mobilisation de la part des autorités de santé, ce qui paraît rassurant ».

Concernant la mise en cause de certains fruits et légumes, notamment la pastèque et le melon, Mme Quilici répond : « Pourquoi eux particulièrement ? Mais pourquoi pas ? Cela supposerait qu’ils aient été arrosés comme d’autres fruits et légumes, par une eau contaminée et qu’ils aient été manipulés lors de la découpe de façon à ce que la bactérie touche la denrée consommable. Le vibrion cholérique est une bactérie qui se multiplie très rapidement. »

Évoquant la gestion de l’épidémie par les autorités algériennes, la responsable de l’Institut Pasteur explique qu’il n’est pas toujours facile de trouver l’origine d’une épidémie, de même qu’elle comprend les contradictions relevées dans les déclarations des responsables.

« Ce n’est pas évident de trouver l’origine d’une épidémie si on ne trace pas immédiatement le premier cas. La priorité des autorités a d’abord été de faire le diagnostic et de gérer la situation. Ensuite, arrive le temps de l’enquête. (…) Cela peut prendre du temps. (…) Ça ne me surprend pas que la communication ait pris plusieurs jours car ce genre d’annonce doit être maîtrisée en raison de l’impact sur les populations. Il faut être sûr de son diagnostic. Or, les autorités algériennes ne s’attendaient pas à ça, le choléra ne faisait certainement pas partie des hypothèses initiales lors des premiers diagnostics cliniques. Il a fallu rechercher la bactérie dans les selles des patients ce qui suppose nécessairement un délai. Par ailleurs, une prise d’antibiotiques a pu, comme cela a été dit sur place, interférer avec le diagnostic initial », explique-t-elle.

Enfin, Mme Quilici exclut la probabilité de propagation de l’épidémie au-delà des frontières algériennes. « Pour qu’il y ait une propagation dans d’autres pays, il faudrait que des personnes contaminées se déplacent et rencontrent localement des conditions favorables à la transmission. Il n’y a pas eu jusqu’à aujourd’hui de signalement d’autres foyers de propagation. En France, sur les 45 dernières années, nous avons en moyenne 3 à 4 cas importés par an, de personnes qui reviennent généralement de pays où il y avait du choléra. C’est habituel, cela n’a rien d’extraordinaire. C’est quelque chose qu’on gère bien. Nous avons un système de surveillance au niveau du territoire français avec des centres nationaux de référence. Nous n’avons jamais eu de cas de transmission secondaire localement », conclut-elle.

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