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Consommation de carburants et d’électricité : une autre bombe à retardement pour l’Algérie

Abdelmoumen Ould Kaddour a félicité, dimanche 15 octobre, les équipes qui sont à pied d’œuvre sur le projet de réhabilitation de la raffinerie de Baraki, dans la wilaya d’Alger. Le PDG de Sonatrach a également assuré ces équipes “de son entière disponibilité et de celle de tout le management de Sonatrach à lever toutes les entraves qui pourraient surgir afin que cette infrastructure stratégique soit achevée dans les meilleurs délais”. La raffinerie rénovée devrait être opérationnelle au début de l’année 2018.

Voici une quinzaine de jours, M. Ould Kaddour avait également annoncé, à l’occasion de la visite du premier ministre Ahmed Ouyahia à Arzew, que « des appels d’offres seront lancés prochainement pour la réalisation des raffineries de Hassi Messaoud et de Tiaret ». « Tous ces projets permettront d’augmenter la production des carburants afin de répondre aux besoins nationaux », a-t-il assuré.

De son côté, Ahmed Ouyahia avait indiqué en présentant fin septembre son plan d’action devant le Conseil de la nation : « L’Algérie produit 11,5 millions tonnes de carburants pour une consommation de 15 millions de tonnes par année. Pour combler ce déficit, un volume de 3,5 millions de tonnes de carburants/an est importé actuellement pour un milliard de dollars ».

Face à une demande de carburants en constante augmentation, la solution est donc toute trouvée et semble couler de source pour les responsables politiques et économiques algériens. On va augmenter sensiblement la capacité nationale de production de carburants. Les raffineries de Hassi Messaoud et de Tiaret devraient avoir une capacité de 5 millions de tonnes chacune et leur entrée en production est prévue pour 2020, selon des informations données voici quelques jours par la secrétaire générale du ministère de l’Énergie.

Un coût financier considérable

Personne cependant ne songe apparemment à nous renseigner sur le coût de ces investissements qui interviennent dans une période où les ressources financières en devises du pays seront particulièrement sous pression.

À propos de la raffinerie d’Alger, une publication spécialisée, Euro pétrole, indique une capacité de production initiale de 2,75 millions de tonnes qui doit être portée à 3,4 millions de tonnes au terme de la réhabilitation en cours. Les mêmes sources précisent que Sonatrach a signé le 6 décembre 2016 un contrat de près de 380 millions d’euros (environ 450 millions de dollars) avec le groupe d’ingénierie chinois CPECC pour sa réhabilitation et sa modernisation.

Le contrat avait été initialement remporté par le français Technip mais il a été résilié en juin 2015 à la suite d’une bataille de procédures entre Sonatrach et le groupe français. À sa signature en 2010, le projet de réhabilitation de la raffinerie d’Alger avait été estimé à 908 millions de dollars. Des chiffres qui renseignent, s’agissant de la réhabilitation d’une raffinerie déjà existante, sur le coût très élevé des investissements à réaliser.

On ne connait pas encore le coût des projets de raffineries de Hassi Messaoud et de Tiaret. Mais différentes sources évoquent, compte tenu des capacités prévues de ces 2 nouvelles raffineries, une facture globale qui pourrait s’élever au minimum à 6 ou 7 milliards de dollars. Notons qu’en route, certainement pour des raisons financières, les autorités algériennes semblent avoir reporté à des jours meilleurs le projet de raffinerie de Biskra dont les responsables du secteur ne parlent plus.

Cette démarche des autorités algériennes ne concerne pas seulement la production de carburants mais également celle de l’énergie électrique. Le ministre de l’Energie, Mustapha Guitouni, qui est un ancien PDG de Sonelgaz au sein de laquelle il a effectué une grande partie de sa carrière professionnelle, annonçait voici quelques semaines qu’« en 2018, il faudra mettre en place 2.000 MW d’électricité en plus. Cela nous coûtera un investissement global compris entre 3 à 4 milliards de dollars ». Un investissement qu’il faudra renouveler chaque année pour pouvoir suivre la courbe actuelle d’évolution de la demande.

Pression sur la balance des paiements

On peut ajouter que ces montants financiers considérables, en l’absence presque complète de capacités de réalisation nationales dans ces domaines très complexes, seront presqu’entièrement transférés à l’étranger sous forme de prestations de services ou d’importations d’équipements.

Ces transferts réalisés au cours des 3 ou 4 prochaines années (2018-2021) dans le but d’accroire la production nationale d’électricité et de carburants devraient atteindre au minimum, compte tenu des différents projets annoncés, un montant de près de 20 milliards de dollars. Ils vont donc peser considérablement sur la balance des paiements à un moment ou cette dernière est particulièrement fragilisée avec des réserves de change du pays qui vont continuer de connaître une réduction importante et pourrait même faire face à un épuisement précoce.

Le diagnostic sans ambiguïté de Guitouni

Dans cette situation compliquée, le ministre de l’Énergie  a « fait son job » en s’exprimant avec une franchise inhabituelle pour un responsable politique. Au moment où le PDG de Sonatrach annonçait les appels d’offres pour de nouvelles raffineries, Mustapha Guitouni déclarait  début octobre devant les sénateurs : « Le Gouvernement subventionne le carburant, l’électricité, le gaz, l’eau, Etc. Même si nous avons des milliards et des milliards de dollars, ça ne nous suffira pas ».

Quelques jours après sa prise de fonction, le ministre avait fait une intervention  remarquée dans le débat économique national en livrant quelques chiffres très précis sur le gap entre les prix de l’énergie, électricité et carburants, pratiqués dans notre pays et ceux des pays voisins.

« En Algérie, le litre d’essence ou de gasoil est vendu en moyenne près de 3 fois moins cher qu’au Maroc  et plus de 2 fois moins cher qu’en Tunisie . Les carburants importés nous coûtent 125 DA le litre et on le vend dans les stations de services à 30 dinars .Qui va nous payer cette différence ?», interrogeait le ministre de l’Énergie.

L’écart avec le reste du monde est encore plus sensible pour le prix de l’électricité. En Algérie, toujours selon M. Guitouni, le kw/ heure est facturé cinq fois moins cher qu’au Maroc pour la première tranche de consommation et encore 4 fois moins cher pour les « gros consommateurs » de la quatrième tranche qui ne sont pourtant pas dans le besoin.

 | LIRE AUSSI : L’énormité des subventions énergétiques devient le problème numéro 1 de l’économie algérienne

Une croissance fulgurante de la consommation

La croissance de la consommation des produits énergétiques, stimulée par des prix dérisoires, est carrément vertigineuse.  Plus de 10%  par an jusqu’en 2015 pour les carburants selon des chiffres officiels. Pour l’électricité, le tableau est identique.

Mustapha Guitouni  pointe du doigt le gaspillage qui pousse Sonelgaz à produire des quantités « supplémentaires qui lui coûtent des milliards de dollars par an, alors même que l’Algérie dispose déjà d’une puissance électrique installée de 14.000 MW, le Maroc 6.000 MW et la Tunisie 4.000 MW ». Le diagnostic de Mustapha Guitouni est sans ambiguïté : « Ce sont  les prix de l’énergie trop bas en Algérie qui incitent à la consommation ».

Les économies d’énergie renvoyées à plus tard   

L’existence d’un « décalage de perception » entre les responsables du secteur de l’énergie et les décideurs politiques est devenue un classique de la gouvernance économique de l’économie algérienne au cours des dernières années. Les appels de plus en plus pressants à une augmentation des tarifs de l’électricité et des prix du carburants ont jusqu’ici reçu très peu d’échos.

Face à cette pression croissante, la Loi de finances 2016 avait commencé par tenir une promesse qui datait déjà de plusieurs années. Elle mentionnait pour la première fois le coût des subventions énergétiques pour la collectivité.

Un coût énorme : plus de 1500 milliards de dinars, soit plus de 15 milliards de dollars répartis à égalité entre subventions aux carburants et subvention du prix de l’électricité. Le texte introduisait une augmentation symbolique des prix des carburants et de l’électricité.

L’opération a été renouvelée en 2017, mais elle n’a concerné cette fois que le prix des carburants qui ont augmenté en moyenne d’environ 4 dinars au premier janvier dernier.

Une  Loi de finances 2018 très timorée

Mustapha Guitouni avait évoqué, le 28 août dernier, une « réflexion au niveau du ministère, applicable à moyen ou à long terme », pour que les tranches à très forte consommation électrique paient le prix de cette énergie à “son juste prix”, c’est-à-dire sans subvention. Le ministre de l’énergie restait toutefois très prudent : « Les couches défavorisées vont continuer à payer le prix subventionné mais les riches doivent payer le juste prix », avait-il expliqué.

On connait la suite. Le projet de Loi de finances 2018 ne prévoit aucune augmentation des tarifs de l’électricité pour la deuxième année consécutive. Pour les carburants, les choses sont un peu différentes. Le projet prévoit une augmentation de la Taxe sur les produits pétroliers (TPP) applicable sur les carburants. Cette hausse sera de 5 DA/litre pour l’essence et de 2 DA/litre pour le gasoil. À la pompe cela devrait donner une augmentation de 6 dinars pour l’essence et de 2,5 dinars pour le gasoil.

Alors que l’exposé des motifs de la prochaine Loi de finances évoque « un ajustement des tarifs destiné à rationnaliser la consommation »,  on reste encore très loin de mesures qui pourraient avoir un impact significatif sur la réduction de la consommation et le gaspillage des ressources particulièrement dans le cas du gasoil qui représente plus des ¾ de la consommation nationale de carburants.

Au cours des prochaines années, la course- poursuite absurde entre des capacités de production nationales toujours « insuffisantes » et une consommation stimulée par des prix très fortement subventionnés va donc continuer.

En plus de son coût financier colossal, elle aura également un impact important sur nos réserves d’hydrocarbures et le surplus exportable. Plus de 50 % du pétrole brut produit en Algérie est déjà transformé en carburants pour la consommation locale. C’est également le cas de 35 à 40% de la production gazière qui est déjà consommée localement.

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