
Après presque une année de détention pour « atteinte à la sûreté de l’État, à l’intégrité du territoire national et à la stabilité des institutions », l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal est remis en liberté à la faveur d’une grâce que lui a accordée le président Abdelmadjid Tebboune, conformément à ses attributions constitutionnelles.
L’annonce faite officiellement ce mercredi 12 novembre balise la voie à l’enclenchement d’un processus de reprise du dialogue entre Alger et Paris. Après Bruno Retailleau, c’est un autre gros verrou, qui bloquait toute possibilité de sortie de crise, qui saute.
A lire aussi : Imane Khelif dément sa retraite et accuse son ex-manager de trahison
Cette affaire, survenue en novembre 2024, a compliqué la relation bilatérale, déjà entrée dans une phase de brouille depuis juillet de la même année.
A lire aussi : Visas diplomatiques : l’Algérie accuse la France de « mauvaise foi »
La réaction de Sébastien Lecornu
La réaction de Paris à l’annonce de la grâce présidentielle a été immédiate. Le Premier ministre Sébastien Lecornu s’apprêtait à répondre à une question d’un député lorsqu’il a appris la nouvelle de la libération de cet écrivain proche de l’extrême droite.
A lire aussi : L’Algérie instaure un triple contrôle des importations
« Avant de répondre à votre question, vous me permettrez de réagir au nom du gouvernement et de la République, en exprimant notre soulagement à l’annonce des autorités algériennes d’avoir gracié Boualem Sansal et nous souhaitons qu’il puisse rejoindre ses proches au plus vite et être soigné », a déclaré le Premier ministre français. « Je tiens à remercier du fond du cœur celles et ceux qui ont contribué à cette libération, fruit d’une méthode faite de respect et de calme », a-t-il ajouté, suscitant une longue ovation des parlementaires.
La précision n’est pas de trop. Elle signifie que là où le rapport de force et le ton comminatoire de l’ancien ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau et de tout le camp anti-algérien ont lamentablement échoué, la méthode de la raison, qui a repris le dessus après le remaniement ministériel de début octobre en France, a produit un effet presque instantané.
Libération de Boualem Sansal : le camp anti-algérien mis en échec
La remise en liberté de Boualem Sansal survient en effet alors que la France a un nouveau ministre de l’Intérieur, Laurent Nunez, qui s’est publiquement démarqué de son prédécesseur et décrété l’échec de sa méthode du « bras de fer ».
Laurent Nunez a multiplié les déclarations apaisées et révélé avoir reçu une invitation de son homologue algérien.
Dans la foulée, le président Emmanuel Macron a écrit à son homologue algérien à l’occasion de la commémoration du 71e anniversaire du déclenchement de la révolution le 1er novembre 1954, pour la première fois depuis plusieurs mois.
Bruno Retailleau et ses soutiens, comme l’ancien ambassadeur à Alger Xavier Driencourt, ont investi les plateaux pour tenter de convaincre que si l’ancien ministre de l’Intérieur n’a pas obtenu de résultats avec Alger, que ce soit sur cette affaire Sansal, celle des OQTF ou autres, c’est parce qu’il a été « empêché » de mettre en œuvre son « rapport de force », comprendre par le président Emmanuel Macron et son ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot.
Avec cette remise en liberté de l’écrivain, le camp Retailleau est définitivement défait, du moins dans ce dossier instrumentalisé à outrance de la relation avec l’Algérie.
Le message dans ce sens est d’une limpide clarté : l’Algérie ne marche pas aux menaces et au chantage et est prête à travailler avec ceux qui, en France, respectent son histoire et sa souveraineté.
Le courant anti-algérien en embuscade
L’Algérie a tenu à le signifier aussi par la forme qu’a prise la libération de Boualem Sansal. Elle n’a pas cédé à une injonction de Paris mais a accédé à une demande du président d’un « pays ami », l’Allemagne, qui a sollicité un geste humanitaire de son homologue algérien.
Par ce geste, Alger ne fait pas que casser l’un des derniers verrous qui empêchait la reprise du contact avec Paris. Il permet aussi de raffermir davantage les liens déjà forts avec l’Allemagne, un poids lourd de l’Union européenne dont le soutien pourrait s’avérer déterminant lors d’éventuelles négociations avec ce bloc et sur d’autres questions.
Il reste d’autres verrous à débloquer pour un dégel effectif de la relation franco-algérienne notamment les dossiers de l’agent consulaire algérien arrêté en France, le journaliste français Christophe Gleizes, condamné à sept ans de prison ferme en Algérie, et dont le procès en appel est prévu en décembre prochain.
Sur le premier Paris serait prête à discuter, mais il faut rester prudent. Le courant anti-algérien en France a démontré sa capacité à saboter les tentatives de rapprochement entre les deux pays.