
Mieux vaut tard que jamais. Alors que la relation Algérie – France se dirigeait droit vers l’abîme, le président Emmanuel Macron a parlé. Il avait été invité à le faire début février par son homologue algérien Abdelmadjid Tebboune, comme préalable à la reprise du dialogue politique “quasiment interrompu” entre les deux capitales.
Macron n’a pas évoqué l’Algérie depuis le 6 janvier. Il l’a fait vendredi 28 février à Lisbonne, livrant un message d’apaisement qui tranche avec la rhétorique belliqueuse de la droite et de l’extrême-droite, et notamment de son ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau. Des analystes en France ont même cru y déceler un désaveu limpide à Bruno Retailleau et sa croisade contre l’immigration algérienne et l’accord de 1968.
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Le long silence du président français n’a pas aidé à atténuer la crise, au contraire attisée par le champ libre laissé aux tenants d’une ligne dure vis-à-vis de l’Algérie, représentés au sein du gouvernement par Bruno Retailleau. L’intervention d’Emmanuel Macron s’est faite in extremis, alors que la pression du courant anti-Algérie a fait de l’effet et était sur le point de provoquer l’irréparable.
Macron va-t-il éviter la rupture entre la France et l’Algérie ?
“L’extrême-droite française revancharde et haineuse aura réussi son pari”, a déploré le ministère algérien des Affaires étrangères dans sa réaction à l’ultimatum doublé de menaces lancé par le Premier ministre français pour la reprise par l’Algérie de ses ressortissants expulsables.
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Le Premier ministre François Bayrou s’est donné “un mois, six semaines” avant de procéder à la remise en cause des accords franco-algériens sur l’immigration, en tête desquels l’accord de 1968.
Cet ultimatum est perçu par les observateurs comme l’acte le plus grave à l’égard d’Alger qui précède la situation extrême de rupture. Un tel scénario est-il pour autant écarté avec la sortie du président Macron ?
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Le message d’apaisement qu’il a envoyé le laisse en tout cas penser, au moment où la volonté de sauver la relation est partagée. “L’Algérie n’a pris l’initiative d’aucune rupture”, a assuré la diplomatie algérienne dans son dernier communiqué.
Relation avec l’Algérie : quelle marge de manœuvre pour Emmanuel Macron ?
Surtout que le président français semble avoir désavoué toute l’orientation imprimée au dossier de la relation avec l’Algérie ces derniers mois. Alors que son Premier ministre a évoqué la révocation de l’accord de 1968, sans le citer, Macron a clairement écarté l’éventualité. “Ça n’a aucun sens”, a-t-il dit, jugeant que les commentaires faits autour de cet accord sont “factuellement faux”.
Par les propos tenus à Lisbonne, Emmanuel Macron a signifié la nécessité de reprendre langue avec l’Algérie et cesser de se “parler par voie de presse”. Alger avait fait part de la même disposition par la voix du président Tebboune dans son entretien au journal l’Opinion, début février.
La volonté de se parler y est de part et d’autre, mais le président français risque de buter en interne sur l’opposition du courant hostile à l’Algérie qui pourrait mettre en péril le très précaire équilibre gouvernemental, plus que jamais à la merci du Rassemblement national (RN). La marge de manœuvre de Macron n’est plus celle qu’il avait lorsqu’il avait entamé de régler le contentieux mémoriel et écrire un nouveau chapitre avec l’Algérie.
En France, le dossier Algérie est, en effet, devenu un sujet de politique intérieure et est instrumentalisé à outrance par l’extrême-droite et ceux qui chassent sur son terrain.
La relation algéro-française est “prise en otage” par “l’extrême droite française revancharde et haineuse” et “aura été mise au service de basses œuvres politiciennes indignes d’elle”, a regretté jeudi dernier le ministère algérien des Affaires étrangères.
Cette instrumentalisation est aussi dénoncée par le président français. “Les choses se font bien quand elles se font avec exigence, avec engagement, mais il ne faut pas qu’elles fassent l’objet de jeux politiques”, a-t-il déclaré à Lisbonne, indirectement à l’adresse de Bruno Retailleau qui lorgne la présidence des Républicains dans la perspective de la présidentielle de 2027.
Reste à savoir si Emmanuel Macron pourra résister à la droite et l’extrême-droite plus qu’il ne l’a fait face à la pression que lui avait mise le même courant pour rééquilibrer sa politique maghrébine en faveur du Maroc et reconnaître la “marocanité” du Sahara occidental. Toute la crise actuelle avec l’Algérie était partie de là.