
Malgré une mobilisation exceptionnelle de l’appareil diplomatique marocain et les démarches de plusieurs eurodéputés socialistes espagnols pour infléchir et édulcorer le projet de résolution du Parlement européen, la crise de Ceuta a désormais franchi le cadre bilatéral entre Madrid et Rabat pour s’imposer comme une question européenne.
Un basculement politique majeur, dont les conséquences seront dommageables pour le Maroc.
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Crise de Ceuta : le Parlement européen adopte une résolution contre le Maroc
Dans ce contexte, le Parlement européen vient d’adopter, par 339 voix contre 225 et 16 abstentions, la résolution intitulée « Attaques hybrides récentes et instrumentalisation des migrants à Ceuta ».
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Le texte condamne avec fermeté les entrées massives depuis le Maroc et qualifie l’instrumentalisation de la migration irrégulière d’outil de « guerre hybride » contre l’intégrité territoriale d’un État membre.
Il demande à Rabat d’assumer ses responsabilités et de respecter ses engagements en matière de contrôle des frontières, de retours et de coopération migratoire.
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Sur le terrain financier, la résolution demande également à Bruxelles de mettre en place des mécanismes permettant de suspendre des versements à un pays tiers et de récupérer les fonds déjà versés en cas de défaut de coopération ou lorsque les intérêts de l’Union ou de ses États membres sont menacés.
Cette évolution avait été préparée par le débat du 15 septembre au Parlement européen. La protection des frontières extérieures, « l’instrumentalisation des flux migratoires et les menaces hybrides » avaient été placées au cœur des échanges. Le rôle de Frontex et la coopération avec les pays tiers avaient également été évoqués. Le choix de ces termes a donné au dossier une dimension sécuritaire qui dépasse désormais celle d’une simple crise migratoire.
Dans le même temps, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a enfoncé le clou en donnant à cette évolution une portée politique supplémentaire, en déclarant : « Ceuta est Espagne. Ceuta est l’Europe. Et l’Europe sera à vos côtés. »
Cette déclaration constitue un avertissement politique direct et ferme à l’adresse de Rabat, alors que les autorités espagnoles dénoncent les pressions et les manœuvres liées à la gestion des flux migratoires.
Ce qui change pour Rabat
À Bruxelles, le ministre espagnol des Affaires étrangères, José Manuel Albares, a à son tour porté le dossier en demandant notamment une présence permanente de Frontex à Ceuta et Melilla, et une prise en compte renforcée de la situation particulière de ces deux villes dans les politiques européennes.
Au fond, le dossier de Ceuta et Melilla se trouve désormais placé au croisement de trois enjeux : la protection de la frontière extérieure de l’Union, l’instrumentalisation des flux migratoires et la réponse européenne aux menaces hybrides.
À ce titre, la résolution marque une nouvelle étape dans l’européanisation du dossier de Ceuta.
Pour Rabat, le changement ne tient pas seulement au vocabulaire employé à Strasbourg. Il se traduit aussi par la mise en place de mécanismes européens susceptibles de conditionner la coopération et les financements qui lui seraient accordés.
Reste enfin à souligner l’exercice d’équilibriste des socialistes espagnols, dont la ligne consiste à reconnaître la gravité de la dimension sécuritaire de la crise tout en s’opposant au texte porté par la droite européenne, afin de préserver la relation avec Rabat et d’éviter de nouvelles crispations.
*Ancien Ambassadeur