
Mis à nu par l’évasion collective de sa jeunesse qui fuit la misère et le manque de liberté vers Ceuta, le régime marocain se couvre doublement de honte en cherchant à coller la faute à l’Algérie, son bouc émissaire éternel.
Pour faire diversion, il charge Tahar Ben Jelloun, l’écrivain du roi, de s’en prendre au voisin de l’est, illustrant une fois de plus l’obsession marocaine de l’Algérie.
A lire aussi : Jamel Debbouze : son restaurant à Paris épinglé pour vente de vins israéliens
Il est vrai que les images impressionnantes de grappes humaines défiant la mort pour quitter le royaume le jour de la “fête du trône” font très mal à la monarchie.
A lire aussi : Le Sahara occidental au Ticad 2025 : nouveau revers pour le Maroc
Plus grave encore, des analystes du monde entier pointent du doigt les services marocains comme étant les instigateurs de cet assaut pour faire pression sur le gouvernement espagnol, pour son propre compte ou pour celui de son allié israélien.
Le Makhzen ne se contente donc plus d’entretenir les inégalités, mais il instrumentalise en plus la misère ainsi produite pour la lancer sur ses adversaires politiques sous forme de bombes humaines. Rarement un État ne s’est retrouvé face à pareille mise au pilori.
A lire aussi : Gaza : l’ONU déclare officiellement l’état de famine et accuse Israël
“L’image du Maroc est de nouveau sur les écrans mondiaux. Une image hideuse, insupportable”
La propagande marocaine ne sait plus par quel bout prendre cette nouvelle calamité. Admettre que le royaume est loin d’être ce paradis décrit seulement la veille par Mohamed VI dans son discours de la fête du trône ? Inenvisageable.
Nier les motivations sociales des jeunes migrants et soutenir qu’ils ont été juste actionnés pour punir un gouvernement étranger ? Impensable. Pour certains propagandistes du roi, la parade est vite trouvée, quitte à se couvrir, après la honte, de ridicule : accuser l’Algérie.
L’écrivain du roi, Tahar Ben Jelloun, est prêt à tout pour épargner l’image de la monarchie, même à détruire la sienne et à dilapider sa crédibilité, s’il lui en restait encore. Dans un texte publié sur Instagram, Ben Jelloun a dit toute sa “honte” de ce qu’il s’est passé à Ceuta fin juillet et sa colère face au fait que l’évasion collective ait fait des morts par dizaines, dont une jeune footballeuse de 20 ans. “L’image du Maroc est de nouveau sur les écrans mondiaux. Une image hideuse, insupportable”, admet-il.
Tahar Ben Jelloun ou comment la flagornerie peut aveugler un prix Goncourt
Mais la mission de l’écrivain est de dire que tout cela, ce n’est pas de la faute de son roi ni du Makhzen, mais de l’Algérie. Comment ? “On me dit que 60% parmi eux sont Algériens”, écrit le romancier. Certaines sources parlent d’un assaut de 70.000 migrants. Le Maroc était-il donc envahi par les Algériens ? Par où étaient-ils passés alors que la frontière terrestre entre les deux pays est hermétiquement fermée ? Pourquoi les forces de sécurité marocaines n’ont rien vu ?
Qu’importe, tant que ça règle la première partie du problème pour le Maroc. La jeunesse marocaine ne vit pas en enfer et ne cherche pas à fuir.
Mais il reste le grief fait par des analystes sérieux sur le chantage migratoire de Rabat. Ben Jelloun ne nie pas qu’il y ait instrumentalisation, mais elle serait encore, selon lui, l’œuvre de l’Algérie. L’écrivain propose une lecture qui en dit long sur sa disposition à se faire hara-kiri pour épargner le roi.
“Le Premier ministre espagnol s’est rendu en visite officielle à Alger le 20 juillet 2026 pour sceller la normalisation des relations bilatérales après quatre années de crise diplomatique (…) cette visite a eu des conséquences” et “des avantages conséquents auraient été proposés aux dirigeants espagnols pour leur faire changer de politique.”
La suite ? “Comme en 2021, on aurait appuyé sur le bouton ‘Invasion migratoire’”. Oui, c’est Tahar Ben Jelloun qui soutient que l’Algérie a lancé une bombe migratoire sur Pedro Sanchez via le Maroc au moment même où elle a arrondi les angles avec lui et réussi à lui faire “changer de position”. Comme quoi, on peut être prix Goncourt et aveuglé par la flagornerie.