
Contre toute attente, Boualem Sansal, à peine remis en liberté après une année de détention en Algérie, a enfoncé son « ami » Bruno Retailleau.
Pour son agitation et son ton belliqueux vis-à-vis de l’Algérie lorsqu’il était ministre de l’Intérieur, Retailleau a été plusieurs fois désigné comme une source de blocage pour la libération de l’écrivain franco-algérien.
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Cette fois, c’est Sansal lui-même qui le pense. Le président des Républicains a décidément touché le fond. Sansal a été remis en liberté le 12 novembre sur une mesure de grâce humanitaire décidée par le président de la République Abdelmadjid Tebboune.
Dimanche 23 novembre, il a donné sa première interview à France 2. Évidemment, l’écrivain a été interrogé sur son « ami » Bruno Retailleau.
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« On s’est téléphoné, c’est mon ami, il est évidemment très content de savoir que j’étais libre », a-t-il répondu.
Mais à la question de savoir s’il ne pensait pas que l’ancien ministre de l’Intérieur était un obstacle à sa libération, Boualem Sansal a livré une réponse totalement inattendue. « Je pense que oui, d’une certaine manière », a-t-il dit.
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Le fait que la question soit posée démontre déjà que l’idée est largement partagée en France, y compris donc par Sansal lui-même, à en juger par sa réponse sans détours.
Alors que Bruno Retailleau utilisait sa « manière forte » et s’attaquait quotidiennement à l’Algérie pour obtenir la libération de celui qu’il présentait comme son ami, de nombreuses voix se sont élevées pour signifier que cette manière d’agir ne servait pas la cause de l’écrivain.
D’autres ont carrément soupçonné le ministre de l’Intérieur d’avoir d’autres objectifs et que le sort de Sansal était le moindre de ses soucis.
La méthode Retailleau critiquée, y compris par Boualem Sansal
En mars dernier, l’archevêque d’Alger, Jean-Paul Vesco, a fustigé frontalement Bruno Retailleau.
« Avoir fait de l’arrestation de Boualem Sansal un casus belli entre deux États ne lui a pas rendu service et rend plus compliqué un geste humanitaire de la part des autorités algériennes qui ne se laisseront jamais dicter une règle de conduite », a-t-il déclaré dans le journal français La Croix.
À la même période, le député de La France Insoumise (LFI) Manuel Bompard, est encore allé plus loin.
« Tout le monde a compris que M. Retailleau est monté dans une escalade vis-à-vis de l’Algérie pour servir ses propres ambitions personnelles. En faisant ça, en vérité, M. Retailleau n’en a rien à faire de la libération de Boualem Sansal », a estimé l’élu de gauche sur LCI.
Lors de son passage dimanche sur France 2, Boualem Sansal s’est aussi en quelque sorte démarqué de tout le courant extrémiste qui a instrumentalisé à outrance son arrestation.
« Je ne suis d’aucun parti (…) Je suis encarté nulle part, je ne cherche à m’encarter nulle part, je ne brigue rien du tout, je ne suis candidat à rien du tout, je suis un homme libre et je veux parler avec qui je veux », a-t-il déclaré.
Contre l’avis de ce courant, il a affirmé sans ambages que son souhait est « que la France et l’Algérie soient de grands amis, au nom de l’histoire ».
À noter aussi cette grosse déception des médias de la galaxie Bolloré qui n’ont pas apprécié que Sansal s’exprime après sa sortie de prison sur France Télévisions et pas chez eux.
« Boualem Sansal a été plutôt attaqué sur France Inter et beaucoup attaqué sur France Télévisions, et il vient sur France Inter et sur France Télévisions », s’est emporté Pascal Praud sur CNews.