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Démonstration de force des médecins résidents à Alger : le jour d’après

Les médecins, pharmaciens et dentistes résidents ont pu, ce lundi 12 février, organiser un rassemblement spectaculaire à Alger, malgré le déploiement d’un impressionnant dispositif de sécurité.

En réussissant à tenir leur sit-in tout au long de la journée, les résidents ont brisé le tabou des manifestations dans la capitale, interdites depuis 2001.

Dès le début de la matinée, des milliers de manifestants ont pu atteindre le lieu de rassemblement malgré le filtrage systématique des citoyens qui se dirigeaient vers la Grande poste ou vers l’APN.

« Tous les jeunes, hommes ou femmes, médecins ou non, surtout ceux qui marchaient en groupe étaient arrêtés par les policiers, questionnés sur leur destination et sur leur métier. Les sacs étaient fouillés et tous ceux sur qui ont été trouvés des blouses blanches ont été embarqués », affirme le Dr Nahlil Boussaad, membre du bureau national du Collectif autonome des médecins résidents algériens (Camra).

Filtrage

Par ce filtrage, les policiers ont pu intercepter plusieurs dizaines de manifestants, dès les premières heures de la matinée. Ceux-ci ont été embarqués dans deux bus, l’un s’étant dirigé vers Blida et l’autre vers Bouira, où les résidents ont été abandonnés au bord de la route les laissant rejoindre Alger par leurs propres moyens. Une opération dénoncée par les résidents qui l’ont qualifiée de « déportation illégale et inhumaine ».

Lors de la spectaculaire démonstration de force des résidents, quelques bousculades et échauffourées ont été signalées sans qu’elles ne provoquent de blessures graves parmi les manifestants.

« Nous avons recensé quelques résidents qui ont subi des blessures légères qui ont été surtout provoquées par les bousculades, mais dans l’ensemble, la police n’a pas eu recours à la force comme lors de nos précédentes actions », constate le Dr Nahlil.

En début d’après-midi, des députés, dont Khaled Tazaghart du Front El-Moustakbal ainsi que Ramdane-Youssef Tazibt et Nadia Chouitem du Parti des Travailleurs sont sortis de l’APN et sont allés à la rencontre des résidents.

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Plus tard, les mêmes députés, ont insisté pour que le président de l’APN rencontre les délégués nationaux du Camra, ce qui sera fait et aboutira à une proposition de médiation de la part de Said Bouhadja qui a promis aux résidents de « transmettre leurs doléances au Premier ministre ».

« Nous avons convenu de nous retrouver jeudi avec le président de l’Assemblée Populaire Nationale, nous lui remettrons notre plateforme de revendications et nos commentaires sur ce qui a été proposé par la commission interministérielle afin qu’ils soient transmis au Premier ministre », a déclaré le Dr Nahlil.

Rencontre avec Bouhadja

Le Camra n’a pas commenté le démenti apporté par M. Bouhadja quant à sa proposition de médiation. La rencontre de jeudi n’a pas été annulée, pour le moment.

Le membre du bureau national du Camra et représentant des résidents du CHU de Tizi-Ouzou a toutefois regretté le « manque de maîtrise du dossier de la part du président de l’APN qui a affirmé n’avoir qu’une vague connaissance des revendications des médecins résidents ».

Un constat se répète à chaque nouvelle négociation, pour le délégué national du Camra. « Nous avons constaté la même chose avec la commission intersectorielle dont les membres n’avaient aucune connaissance de nos revendications. A chaque fois qu’on nous appelle pour négocier, nous devons répéter nos revendications, les expliquer, comme si chaque organe de l’Etat travaillait seul ».

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Démission collective

Pour ce qui est de la suite du mouvement de protestation des résidents qui entameront bientôt leur quatrième mois de grève, il se poursuivra « jusqu’à la satisfaction pleine et entière des revendications », a insisté le Dr Nahlil qui n’écarte pas un éventuel recours à une démission collective des 15 000 résidents grévistes si la situation n’est pas débloquée prochainement.

Dans les hôpitaux, la situation reste tendue même si les résidents continuent à assurer un service minimum. Dans certains centre hospitaliers, les salaires des résidents, dus pour le mois de janvier ont été gelés ou ponctionnés. Une mesure qui n’inquiète pas le Camra, selon un membre de son bureau national qui a assuré que « le gel des salaires  est une mesure illégale que rien ne justifie et qu’il n’affectera pas le mouvement de protestation ».

Quant à la commission intersectorielle installée par le ministre de la Santé et chargée de négocier avec les médecins résidents, il est peu probable que le Camra continue à l’avoir comme interlocuteur. « Cette commission n’a pas les prérogatives nécessaires pour négocier avec nous, elle n’a aucun pouvoir et son rôle est de temporiser », a regretté le Dr Nahlil.

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