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Encore des millions d’Algériens dans la rue : le pouvoir doit cesser de manœuvrer

Encore des millions d’Algériens dans la rue : le pouvoir doit cesser de manœuvrer

Commençons par corriger cette erreur d’appréciation faite lors de la marche du 8 mars : la forte présence de la gente féminine n’était pas due à la coïncidence de la manifestation avec la journée internationale des droits de la femme.

Ce 15 mars, quatrième vendredi de colère pacifique partout en Algérie, elles étaient tout aussi sinon plus nombreuses à marcher dans les rues, notamment à Alger, pour scander le même slogan, avec une légère nuance : cette fois, il s’agit de dire non au prolongement du quatrième mandat de Bouteflika, synonyme de cinquième mandat déguisé.

Beaucoup de femmes donc, certaines avec leurs enfants dans les bras ou dans des poussettes, ont donné encore plus de couleurs à la fête qui a commencé dès la matinée, sous un doux soleil printanier.

Beaucoup de femmes, mais aussi beaucoup d’hommes de tous âges. Nous l’avons écrit la semaine passée et nous voilà contraints de le répéter : chaque vendredi fait oublier celui qui le précède. Les Algériens sont de nouveau sortis par millions.

Vers 16h, à Alger, les manifestants marchaient déjà depuis plus de deux heures vers le siège de la présidence de la République et les principales artères du centre-ville étaient toujours noires de monde. La Rue Hassiba, le Boulevard Amirouche, la rue Charas, la rue Ben M’hidi, la Grande poste, la place Audin, sans oublier l’incontournable boulevard Mohamed V qui mène vers les hauteurs.

La mobilisation est encore plus forte que tous les vendredis précédents et toujours le même calme, le même civisme, plus d’organisation, de détermination, de joie. Et le soleil en plus.

Ceux qui croyaient éteindre le feu de la contestation avec les annonces faites lundi dernier sont encore passés nettement à côté. C’est peut-être même c’est cette arnaque flagrante qui a rendu les Algériens plus déterminés.

Lundi 11 mars, deux jours après les manifestations historiques du 8, le président Bouteflika a annoncé son renoncement au cinquième mandat et le report de l’élection présidentielle du 18 avril. Les Algériens ont vite compris qu’il s’agit d’un recul et non d’une énorme concession comme voulaient le faire croire le pouvoir et ses relais médiatiques : Bouteflika, qui sollicitait un improbable cinquième mandat a trouvé le moyen de l’obtenir sans passer par les urnes.

Sur les réseaux sociaux, les jeunes ont promis une réponse pour ce vendredi 15 mars. La réponse est donc non. Leur slogan phare est légèrement revu pour la circonstance : « Pas une minute de plus pour Bouteflika » après la fin légale de son mandat. Et pour tout le système en place.

Des images encore plus fortes ont été vues à travers tout le pays. A Béjaïa, un policier a ôté sa casquette pour se joindre à la foule et crier des slogans hostiles au pouvoir. La vidéo a déjà fait le tour du monde. Dans la semaine, des corporations jusque-là considérées comme étroitement liées au pouvoir politique, comme celle des magistrats, sont descendues dans la rue. Même les handicapés ont battu le pavé.

La veille de cette marche historique du 15 mars, le pouvoir algérien a peut-être compris qu’il est en train de perdre le contrôle de tout. Le derby de football d’Alger entre l’USMA et le MCA a été boycotté par les supporters pourtant au chauvinisme sans pareil, sous le magnifique slogan : « On ne fait pas la fête quand sa mère est malade ». Même l’opium qui a servi pendant des décennies à distraire la jeunesse de l’essentiel ne fait plus d’effet.

L’heure est grave pour le pouvoir. Que lui reste-t-il maintenant à faire ? Sans doute qu’il a des cartes, plus sérieuses, à abattre, car jusque-là, il n’a fait que manœuvrer. Remplacement d’un Premier ministre impopulaire par un affidé du cercle présidentiel, rappel aux affaires d’un diplomate ayant peut-être une aura internationale mais qui n’a jamais rechigné à servir le pouvoir en place, maintient de Bouteflika à son poste sans date butoir pour la fin de la transition…

Après plus de trois semaines de forte mobilisation, le pouvoir n’a toujours pas affiché le moindre signe qui laisse penser qu’il a l’intention de partir. Jusque-là, il n’a rien lâché de concret, le fera-t-il après l’énorme démonstration de de ce vendredi ? Une chose est sûre, il lui sera difficile de concocter un autre leurre.

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