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Énergie : pourquoi l’Algérie doit changer son modèle de consommation

L’ancien ministre de l’Energie, Abdelmadjid Attar, livre un diagnostic inquiétant sur le modèle énergétique de l’Algérie qui menace d’étouffer les exportations à l’horizon 2035.

Énergie : pourquoi l’Algérie doit changer son modèle de consommation
Énergie : pourquoi l’Algérie doit changer rapidement de modèle. | Par hrui - Adobe Stock
Karim Kebir
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Alors que les hydrocarbures continuent de constituer l’essentiel des recettes du pays en devises et assurent le financement des importations, le modèle de consommation énergétique national pèse de plus en plus lourdement sur ces ressources.

La hausse continue de la demande intérieure réduit progressivement les volumes disponibles à l’exportation, rendant la maîtrise de la consommation un enjeu économique autant qu’énergétique vital pour le pays.

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Modèle énergétique en Algérie : le diagnostic inquiétant de l’ancien ministre Abdelmadjid Attar

 

La situation est d’autant plus préoccupante que l’Algérie est confrontée à une baisse de ses réserves, à un recul de certaines productions, à d’importants retards dans le développement des énergies renouvelables ainsi qu’à des actions jugées insuffisantes en matière de rationalisation de la consommation.

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Le constat n’est ni d’un opposant politique, ni d’un critique des politiques publiques, mais de l’ancien ministre de l’Énergie, Abdelmadjid Attar, lors d’une table ronde consacrée au thème « Quel modèle de consommation énergétique algérien ? », organisée récemment par le Club Energy, dont il est vice-président.

S’il n’a pas formulé de recommandations détaillées, préférant laisser ce travail aux autres experts et intervenants, Abdelmadjid Attar a livré un diagnostic particulièrement préoccupant de la situation énergétique nationale, appelant implicitement à un changement de cap.

Les hydrocarbures demeurent le « cœur » de l’économie algérienne

Pour Abdelmadjid Attar, les hydrocarbures demeurent, qu’on le veuille ou non, « le cœur de l’économie algérienne ». Ils représentent encore plus de 90 % des recettes en devises et constituent la principale source de financement des importations.

S’appuyant sur des chiffres officiels émanant du ministère de l’Energie, l’ancien PDG de Sonatrach rappelle que les réserves prouvées s’élèvent à environ 12 milliards de barils de pétrole et 2 300 milliards de mètres cubes de gaz naturel conventionnel. À cela s’ajoutent des ressources encore à explorer : près de 22 000 milliards de mètres cubes de gaz de schiste techniquement récupérables, ainsi qu’un potentiel considérable en énergies renouvelables.

Aussi, le potentiel solaire et éolien de l’Algérie est compris entre 212 000 et 242 000 térawattheures (TWh). Mais ces atouts ne doivent pas masquer les difficultés.

Evoquant les travaux menés par le Club Energy, il rappelle qu’en 2021, cette association qui avait organisé un colloque sur la sécurité et la souveraineté énergétiques avait tiré la sonnette.

Les bilans des vingt années précédentes que le club avait établis alors faisaient déjà ressortir une baisse des réserves, un recul de la production, des retards dans les programmes d’énergies renouvelables et une politique insuffisante de maîtrise de la consommation.

Le Club Energy avait alors adressé un plaidoyer aux pouvoirs publics, jusqu’à la Présidence de la République, contenant un certain nombre de recommandations et proposant une stratégie pour préserver la sécurité énergétique du pays. Cinq ans plus tard, Abdelmadjid Attar se contente d’interroger : « Est-ce que les choses ont changé ? »

Hydrocarbures, une consommation intérieure exponentielle 

Au registre de la consommation, l’ancien ministre de l’Energie s’appuie sur le bilan énergétique officiel de 2024. Cette année-là, l’Algérie a produit 169 millions de tonnes équivalent pétrole (TEP), consommé près de 75 millions de TEP et exporté environ 93 millions de TEP. 

Selon lui, le véritable sujet d’inquiétude réside dans l’écart qui se creuse entre une production relativement stable et une demande intérieure qui progresse rapidement. 

Le gaz naturel constitue la principale ressource de consommation en Algérie. Il représente 37 % de la consommation énergétique totale, tandis que l’électricité en absorbe 32 %.

Or, l’électricité est elle-même produite quasi exclusivement à partir du gaz naturel. Au total, près de 70 % de la consommation énergétique nationale repose donc sur cette seule ressource qui n’est pas renouvelable. 

La consommation finale d’énergie, qui s’élève à 57 millions de TEP, est même constituée à 71 % de gaz naturel, illustrant, selon Attar, la forte dépendance du pays à cette énergie. L’analyse sectorielle met en évidence un déséquilibre que l’ancien ministre juge préoccupant.

Le secteur résidentiel absorbe à lui seul 47 % de la consommation finale d’énergie, contre seulement 24 % pour l’industrie et le BTP. « Dans la plupart des pays industriels, c’est exactement l’inverse », souligne-t-il.

À ses yeux, l’effort de maîtrise de la consommation ne doit pas pénaliser les secteurs créateurs de richesse, mais cibler prioritairement les usages qui n’apportent pas de valeur ajoutée à l’économie.

Même constat pour les carburants. En 2024, l’Algérie a consommé 19 millions de TEP de carburants, GPL compris. Or, 45 % de ces carburants sont consommés par les ménages, contre 30 % par les transports et seulement 17 % par les matériaux de construction.

Energie en Algérie : « Ce n’est pas un modèle normal »

« Ce n’est pas un modèle normal », estime Abdelmadjid Attar. La situation est similaire pour l’électricité. Les logements représentent 46 % de la consommation électrique nationale, tandis que le gaz naturel alimente près de 63 % des usages énergétiques.

L’ancien patron de Sonatrach, aujourd’hui consultant indépendant, rappelle également que 99 % de la population algérienne est raccordée à l’électricité et près de 68 % au gaz naturel, un niveau qu’il juge exceptionnel à l’échelle mondiale.

Signe de l’accélération de la consommation : les scénarios élaborés en 2019 prévoyaient une consommation de carburants de 19 millions de TEP à l’horizon 2030. Ce seuil a finalement été atteint dès 2024, soit six ans avant les prévisions.

Plus largement, entre 2013 et 2024, la consommation nationale a connu une progression spectaculaire : +48 % pour le gaz naturel ; +67 % pour l’électricité et +47 % pour le GPL. Pour Abdelmadjid Attar, si cette tendance devait se poursuivre, les besoins en gaz pourraient croître de 50 % supplémentaires d’ici une dizaine d’années, réduisant fortement les capacités d’exportation.

Horizon 2035 : le scénario noir qui menace les exportations de gaz

En s’appuyant sur les projections de Sonelgaz et de la Commission de régulation de l’électricité et du gaz (CREG), l’ancien ministre présente trois scénarios d’évolution. 

Même dans l’hypothèse d’une faible croissance économique, premier scénario, le marché intérieur nécessiterait 64 milliards de mètres cubes de gaz en 2035.

Le scénario de référence, -second scénario-porte ce besoin à 87 milliards de mètres cubes. Enfin, dans un scénario de forte relance économique, le troisième, la demande atteindrait 105 milliards de mètres cubes, soit pratiquement l’équivalent de la production commerciale annuelle actuelle de gaz du pays.

Concernant l’électricité, Abdelmadjid Attar estime que la consommation pourrait atteindre 138 TWh à l’horizon 2035, contre environ 80 TWh en 2021.

Pour lui, le programme actuel de 15 000 MW d’énergies renouvelables apparaît « insuffisant » pour absorber cette hausse.

Il estime qu’il faudrait doubler cet objectif, afin de disposer d’une capacité capable de produire 22 à 31 TWh supplémentaires. Les carburants constituent, selon lui, un troisième défi majeur.

À l’horizon 2040, la demande pourrait varier entre 23 et 34 millions de TEP, selon les scénarios, ce qui imposerait un effort considérable de raffinage. Face à cette situation et à ces perspectives, Abdelmadjid Attar insiste sur la nécessité d’engager une réflexion de fond sur le modèle énergétique national.

Pour M. Attar, l’efficacité énergétique ne consiste pas à augmenter les prix de l’énergie, mais à améliorer les performances des équipements, des systèmes et des usages.

Il plaide également pour davantage de sobriété énergétique, qu’il définit non comme une réduction uniforme de la consommation, mais comme un redimensionnement de l’affectation de l’énergie.

Autrement dit, il s’agit d’orienter davantage les ressources vers les secteurs qui créent de la richesse, comme l’industrie, et de limiter les consommations peu productives.

L’ancien ministre évoque également la nécessité de développer massivement les énergies renouvelables afin de préserver les ressources fossiles, ainsi que d’engager des réformes politiques et publiques. Il laisse toutefois aux autres experts ayant participé à la table ronde le soin de formuler les recommandations concrètes.

 

 

 

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