
L’enlèvement du président vénézuélien Nicolas Maduro par les États-Unis pourrait impacter durablement le marché pétrolier et l’Algérie qui tire l’essentiel de ses recettes en devises de l’exportation des hydrocarbures.
Le pétrole a chuté ce lundi matin en Asie, deux jours après l’attaque du Venezuela par les États-Unis de Donald Trump dans la nuit du samedi 3 janvier et l’enlèvement par les forces américaines du président Nicolas Maduro. En Asie, le baril de brut de la mer du Nord a reculé jusqu’à 60 dollars.
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Samedi, Donald Trump a presque assumé que son objectif est de mettre la main sur les immenses réserves pétrolières de ce pays d’Amérique du Sud, estimées à 300 milliards de barils soit autour de 18 % des réserves mondiales, bien plus que celles de l’Arabie saoudite.
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“Nos très grandes compagnies pétrolières américaines, les plus importantes au monde, vont se rendre sur place, dépenser des milliards de dollars (…) et commencer à faire gagner de l’argent au pays”, a-t-il déclaré en conférence de presse quelques heures après l’assaut.
Ce grave développement de la crise entre Washington et Caracas pourrait-elle avoir un impact sur l’Algérie, en tant que pays producteur et exportateur de pétrole et de gaz ? La question a été posée par TSA à l’économiste Brahim Guendouzi.
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Ce professeur d’économie à l’université de Tizi-Ouzou répond d’emblée par l’affirmative, estimant que cette “nouvelle donne géopolitique” va “modifier carrément le jeu des acteurs pétroliers, dont l’Algérie”.
Le professeur d’économie à l’université de Tizi-Ouzou relève ensuite ce qu’il considère comme un “paradoxe”. Bien que vécue comme un “séisme géopolitique”, l’enlèvement du président vénézuélien par la plus grande puissance militaire et économique de la planète, n’a pas provoqué une flambée des cours du pétrole, “alors que le marché international nous a habitués à réagir au moindre événement ressenti mondialement”.
L’économiste à une explication. Selon lui, la prime de risque géopolitique avait déjà été intégrée dans les cours du brut lors des semaines passées, au fil des annonces de Trump à propos du Venezuela.
Situation au Venezuela : les conséquences probables sur le marché pétrolier et l’Algérie
Aussi, ajoute Brahim Guendouzi, le marché pétrolier connaît une “offre surabondante relative” qui rend “marginale” la part de production du Venezuela qui se limite, faute d’investissements, à 900.000 barils/jour.
L’impact le plus probable sera justement sur la production vénézuélienne qui pourrait être relancée dans les semaines à venir “sous contrôle américain avec l’intervention des géants pétroliers américains qui apporteront les ressources nécessaires pour reconstruire l’infrastructure du pays”, prévoit Brahim Guendouzi.
Dans ce cas, estime-t-il, le risque de surproduction pétrolière à moyen terme est réel, impactant les cours du brut qui risquent de passer sous la barre des 60 dollars le baril.
“Cela réduirait la capacité de l’Algérie à faire face à ses dépenses publiques et accentuerait son déficit commercial”, analyse l’économiste pour qui, “chaque dollar en moins en dessous des 60 dollars le baril, creuserait le déficit budgétaire déjà important” de l’Algérie.
Notre pays pourrait par ailleurs ressentir l’impact que subirait l’OPEP du fait d’une éventuelle “alliance énergétique Etats-Unis – Venezuela”. Une telle situation “affaiblirait le pouvoir de négociation des pays membres de l’OPEP, dont l’Algérie, réduisant ainsi la cohésion du cartel qui pourrait alors peser moins sur le marché”.
Et pour éponger le surplus de pétrole vénézuélien et éviter un effondrement total des cours, l’OPEP risque de n’avoir d’alternative que de retourner à la réduction des quotas de production, indique Brahim Guendouzi.
Dans ce cas, l’Algérie, un pays “structurellement vulnérable à toute instabilité qui pèse sur les prix du baril”, risque de subir “la double peine” : réduire (ou geler) sa propre production dans le cadre de l’Opep+ pour stabiliser le marché, tout en voyant ses revenus diminuer à cause de la faiblesse des prix.
“Au demeurant, tempère toutefois le professeur d’économie, l’Algérie entretient d’excellentes relations avec les majors américaines (ExxonMobil, Chevron et Conoco Phillips) avec lesquelles plusieurs contrats ont été signés ces derniers mois pour développer l’amont pétrolier et gazier, y compris en off-shore.”
Opep+ : les pays du groupe des “huit”, dont l’Algérie, se concertent
Ce dimanche 4 janvier, une réunion a été tenue par visioconférence entre les ministres de l’Energie du groupe des huit pays dans le cadre de l’OPEP+, qui comprend l’Algérie, l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, l’Irak, le Kazakhstan, le Koweït, la Sultanat d’Oman et la Russie.
La été représentée par Mohamed Arkab, ministre des Hydrocarbures et des Mines, en présence du PDG Sonatrach et du directeur d’Alnaft, l’agence algérienne de valorisation des ressources en hydrocarbures.
Le ministère des Hydrocarbures et des Mines a indiqué dans un communiqué que cette réunion s’inscrit dans le cadre du “suivi régulier de la situation du marché mondial du pétrole et du renforcement de la coordination entre les huit pays participant à l’accord de coopération (OPEP+), qui appliquent des ajustements volontaires à leurs niveaux de production.”
Les participants ont procédé à un “échange approfondi sur les perspectives du marché pétrolier à court terme, dans un contexte économique international caractérisé par l’incertitude et un niveau de demande modéré en cette saison”, ajoute la même source, précisant que les discussions ont également porté sur “les dernières évolutions des fondamentaux du marché, ainsi que sur les perspectives pour les mois à venir”.
Un pétrole à 56 dollars en 2026
Mohamed Arkab a souligné l’importance d’une “vigilance accrue et d’un renforcement de la coordination étroite”, tant au sein du groupe des huit pays qu’avec l’ensemble des pays participant à la déclaration de coopération, lit-on dans le communiqué. Le ministre a également réaffirmé l’engagement de l’Algérie à respecter les décisions collectives prises, qu’il a jugées “cohérentes et adaptées aux conditions actuelles du marché”, tout en soulignant la nécessité de préserver l’efficacité et la crédibilité du mécanisme de coopération.
“À l’issue de la réunion, les participants ont réaffirmé leur engagement à poursuivre les consultations de manière régulière et à agir de manière responsable et proactive, dans l’intérêt de la stabilité du marché mondial du pétrole”, conclut le ministère des Hydrocarbures. La crise vénézuélienne n’a pas été évoquée directement dans le communiqué.
Selon les prévisions de la banque américaine, Goldman Sachs, les prix du brut devraient être au-dessous de 60 dollars (56 $) et la production du Venezuela devrait rester stable à 900.000 barils par jour en 2026.