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Entretien. Ségolène Royal raconte les coulisses du dégel franco-algérien

Dans cet entretien, Ségolène Royal pose les fondements d’une nouvelle relation entre la France et l’Algérie et évoque le rôle qu’elle a joué dans le dégel franco-algérien.

Entretien. Ségolène Royal raconte les coulisses du dégel franco-algérien
Ségolène Royal pose les fondements d’une nouvelle relation entre la France et l’Algérie/Facebook Ségolène Royal
Hamid Guemache
Durée de lecture 4 minutes de lecture
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Ségolène Royal pose les fondements d’une véritable réconciliation entre l’Algérie et la France, et exprime son rêve de voir, un jour, les jeunes des deux pays échanger des visites.

Dans cet entretien à TSA, la présidente de l’Association France – Algérie (AFA) raconte comment elle a joué un rôle clé dans le réchauffement des relations entre les deux pays après plusieurs mois de crise.

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L’ancienne ministre dévoile une partie des entretiens qu’elle a eus avec le président Abdelmadjid Tebboune le 27 janvier dernier et déplore les accusations des nostalgiques de l’Algérie française.

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La finaliste socialiste de la présidentielle de 2007 refuse de faire de la politique fiction et d’évoquer l’éventualité de l’arrivée de l’extrême droite à l’Elysée en 2027.

L’Algérie et la France ont entamé un processus de réchauffement après près de deux ans de crise inédite. Ce processus a-t-il une chance d’aboutir ?

 Ségolène Royal : Les relations entre la France et l’Algérie se réchauffent et j’en suis très heureuse parce que c’était attendu depuis longtemps et notamment par les binationaux et par nos entreprises ici et sur l’autre rive de la Méditerranée.

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Si j’ai pu jouer un rôle dans ce dégel, et bien cela correspond, tout simplement, à l’intérêt général de nos deux pays. Il reste encore beaucoup à faire bien sûr. Tous les pays d’Europe s’entendent avec l’Algérie et pas la France ? C’est absurde.

Il reste une année à Emmanuel Macron pour essayer de remonter la pente dans ce domaine, de faire les gestes qu’il faut pour vraiment renouer les liens entre nos deux peuples.

Non seulement les liens culturels, les liens économiques, les liens en termes de sécurité, les liens en termes de reconnaissance, les liens en termes de travail mémoriel, la restitution aussi des biens spoliés et des archives.

Il y a des gestes si simples qu’on se demande pourquoi ce n’est pas encore fait alors qu’ils sont éminemment symboliques. Ils permettraient justement de se projeter vers l’avenir parce que la question du passé aura été traitée avec sérénité et avec justesse.

Donc j’espère que ces perspectives vont s’ouvrir maintenant et en tout cas je ferai tout pour aider les démarches qui sont en cours.

Quels sont les actes qui doivent être posés par le président Macron ?

 Ségolène Royal : Je crois que les actes à poser doivent s’inscrire dans une relation égalitaire et dans une relation gagnant-gagnant pour les deux peuples. Et si on applique ce principe, on voit qu’on peut régler beaucoup de choses.

On peut régler en particulier les questions de la mémoire, des relations économiques et énergétiques, des relations culturelles, des binationaux, de ce que demande aussi l’Algérie.

En bonne intelligence, on est capables, j’en suis certaine, de gérer sereinement les choses pour que les jeunesses des deux rives de la Méditerranée puissent à nouveau croire dans un avenir relationnel positif.

 Êtes-vous confiante dans cet avenir ?

Ségolène Royal : Oui. Ce réchauffement est encore fragile, mais je pense qu’il faut y croire. Parce que c’est quand on enclenche des dynamiques positives et affectueuses que l’impossible devient possible.

Je suis confiante parce que je vois, des deux côtés de la Méditerranée, les chefs d’entreprise, comme le CREA avec Kamel Moula et toutes les entreprises qu’il m’a faites rencontrer, qu’il y a une vraie attente, une vraie demande, une vraie proximité.

C’est l’intérêt aussi du secteur économique français de renouer avec le secteur économique algérien dans le domaine de l’énergie, de l’agriculture, de l’intelligence artificielle, de la santé, etc. Au fond, on a des proximités évidentes.

Et je rêve qu’un jour proche, les étudiants des deux rives de la Méditerranée puissent faire des échanges, apprendre ensemble. Les étudiants français partant en stage en Algérie, et réciproquement en créant une émulation qui symboliserait la solidarité, la créativité, le développement durable économique conjoint des deux rives de la Méditerranée.

Vous avez été élue présidente de l’association France – Algérie en décembre dernier et vous avez aussitôt commencé à travailler sur le réchauffement des relations algéro-françaises. Le 27 janvier dernier, vous avez été reçue par le président Abdelmadjid Tebboune. Vous avez joué un rôle dans le dégel algéro-français. Quelle est votre recette ?

Ségolène Royal : J’ai tout simplement écouté. Je suis venue sans poser de condition, sans faire de bruit, sans faire d’esbroufe, en écoutant les attentes des autorités algériennes. En respect et sans préjugés. En ayant beaucoup travaillé pour comprendre le passé et le présent.

Et cela d’autant plus qu’au début de son premier quinquennat en 2017, il y avait eu un réchauffement entre Emmanuel Macron et le président Abdelmajid Tebboune. Donc il n’y avait aucune raison que les choses ne repartent pas dans le bon sens.

Et l’essentiel que j’ai retenu du président Tebboune, c’est quand il m’a dit que le ministre de l’Intérieur avait été le premier à demander de renouer les partenariats avec l’Algérie notamment sur les problèmes de sécurité.

À partir de là, j’ai montré, pour répondre aux détracteurs, que la France avait besoin de l’Algérie. Il n’y avait pas que l’Algérie qui aurait besoin de la France, comme on l’entendait sous prétexte « qu’avant la colonisation il n’y avait rien ». C’est absurde. On a besoin les uns des autres.

Et en effet, quand le président Tebboune m’a dit : « Le ministre (Laurent Nunez) est le bienvenu, mais pourquoi poser des conditions ? », puisque quelques jours avant, Laurent Nunez avait dit : « Je viens si Christophe Gleizes est libéré », mais ça ne se passe pas de cette façon d’État à État.

À mon retour à Paris, j’ai alors dit à Monsieur Nunez que l’Algérie est un État souverain, et vous ne pouvez pas poser des conditions pour venir et que vous ne le feriez pas à l’égard d’autres pays.

Et Laurent Nunez, qui est une personne positive et qui a vraiment eu envie de renouer avec l’Algérie, a écouté ce conseil. C’est ce qu’il m’a dit, et m’a même remercié. Il est venu en Algérie sans poser de conditions. Et à partir de là, les relations politiques et diplomatiques se sont dégelées.

L’extrême droite pourrait accéder à l’Elysée en 2027. Quel serait l’impact d’un tel scénario sur les relations franco-algériennes ? Une rupture brutale est-elle possible ?

 Ségolène Royal : Je ne fais pas de politique-fiction. Parce que dès que vous évoquez une possibilité comme celle-ci, vous lui donnez une crédibilité. Et moi, je ne donne jamais de crédibilité à des hypothèses que je ne veux pas voir arriver dans mon pays.

En France, un puissant courant est hostile à toute réconciliation avec l’Algérie. Est-ce que c’est pour des raisons électoralistes ? 

Ségolène Royal : Parce qu’il existe une nostalgie de la période coloniale. Mais plus les relations vont s’améliorer, plus les nostalgiques de la colonisation verront cette rente se rabougrir.

Il y a une rentabilité politique à exploiter, parce que cela mobilise des voix chez ceux qui n’ont pas accepté l’accession de l’Algérie à l’indépendance.

Ce sont aussi des générations qui ont été influencées par certains récits, et c’est triste à voir parce qu’instrumentaliser électoralement des souffrances n’a pas de sens et ce n’est pas digne. Il faut être très solide et très fort pour développer les projets d’avenir entre nos deux rives. C’est notre devoir envers les jeunes.

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