
Chems-Eddine Hafiz est de nouveau attaqué en France par la droite identitaire et l’extrême-droite.
Il est reproché cette fois au recteur de la Grande mosquée de Paris (GMP) une revendication qu’il n’a jamais exprimée. La nouvelle polémique qui le cible est en fait le résultat d’une déformation flagrante de ses propos.
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Chems-Eddine Hafiz : « Un banquet où l’on exclut ceux qui ne ressemblent pas »
Dans une vidéo publiée fin avril, Chems-Eddine Hafiz a estimé que la consommation de la viande de porc lors des banquets géants organisés par l’entreprise « le Canon français » est une manière d’exclure de ces événements une partie importante de la population française, les musulmans, à qui leur religion interdit la consommation de la viande de cet animal.
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« Le 18 avril, 4.000 convives autour d’un cochon à la broche, un banquet présenté comme la célébration des valeurs françaises… Un banquet où l’on chante à la gloire d’une figure politique en excluant symboliquement ceux qui ne ressemblent pas. Il y a une différence entre une communauté qui se rend visible parce qu’elle a souvent été invisible, et une communauté qui se rend visible pour rappeler aux autres qu’ici, en France, ils ne sont pas chez eux », a dit le recteur dans sa vidéo.
Chems-Eddine Hafiz dénonce l’exclusion de fait des musulmans et aucunement la consommation de la viande de porc. Mais pour quelqu’un qui est attendu au tournant, la déformation de ses propos était inévitable et l’accusation toute prête.
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Marion Maréchal Le Pen : « Vous pouvez toujours aller vivre ailleurs… »
« Nous sommes en France : ici, nous mangeons du porc sous toutes ses formes, toujours et partout. Si cela ne vous convient pas, vous pouvez toujours aller vivre ailleurs, par exemple dans un pays qui applique la charia », a écrit sur X la petite-fille de Jean-Marie Le Pen, Marion Maréchal.
« Que cherche-t-il ? À interdire les banquets où ce qu’on consommerait ne serait pas halal ? Il y a là une dérive que je qualifie de séditieuse, car elle est de nature à accélérer le processus d’affrontement communautaire », a accusé pour sa part Gilles Platret, le maire de droite de Chalon-sur-Saône, sur Sud Radio. Le maire a annoncé à l’occasion qu’il s’apprêtait à accueillir le Canon Français dans sa ville, « et ce sera d’ailleurs pour un banquet ».
L’extrême-droite a une autre raison de réagir en chœur aux propos du recteur : la société qui organise ces banquets est très liée à ce courant politique. Le Canon français est financé par l’homme d’affaires d’extrême-droite Pierre-Édouard Stérin, et le banquet organisé le 18 avril a été marqué par des propos racistes et des saluts nazis qu’un journaliste de France Inter a rapporté. Mais cela n’a pas fait réagir cette mouvance extrémiste et ses médias qui se sont acharnés sur le recteur de la Grande mosquée de Paris.
Le Canon français : racisme et saluts nazis au menu
Les banquets géants qu’il organise à travers toute la France, censés valoriser le terroir français, constituent en effet des rassemblements de la mouvance extrémiste où se mêlent dérives racistes et saluts nazis. Des dérives dénoncées régulièrement par les partis de gauche, comme La France Insoumise (LFI) et le Parti socialiste.
Certains maires de France refusent d’accueillir ces banquets dans leurs villes. C’est le cas de la maire socialiste de Quimper, Isabelle Assih, à laquelle son refus d’autoriser la tenue d’un événement du Canon français a valu une campagne de haine de l’extrême-droite.
Son cas a été soulevé au Sénat par le sénateur socialiste Jean-Luc Fichet qui a interpellé le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez.
« Depuis plusieurs semaines, nos concitoyens constatent la multiplication de faits inacceptables lors de certains banquets du Canon français. Propos racistes, appel à la violence, gestes rappelant les heures les plus sombres de notre histoire », a dénoncé le sénateur, signalant aussi les menaces qui ont ciblé la maire de Quimper.
« Ce qu’il s’est passé à Quimper est absolument ignoble […] La maire a reçu des insultes sur les réseaux sociaux qui sont absolument abjectes. Ce sont des insultes racistes, des propos ignobles. Le préfet est venu en soutien évidemment et si la justice est saisie, le préfet assurera la protection de cette élue », a répondu Laurent Nuñez.