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Grande mosquée d’Alger, visas, travailleurs nord-coréens : entretien avec l’ambassadeur de Chine en Algérie

Yang Guangyu est ambassadeur de la Chine en Algérie. Dans cet entretien, il revient sur les relations entre les deux pays, la réalisation de la Grande mosquée d’Alger, les visas, les travailleurs nord-coréens…

L’Algérie et la Chine entretiennent des relations historiques. Comment les qualifiez-vous actuellement ?

L’Algérie et la Chine sont unies par un partenariat stratégique global, qui a été fondé en 2004 par les dirigeants des deux pays. Nos relations bilatérales sont de très haut niveau. Notre amitié remonte aux années 50. Elle n’a pas connu de problème. Le partenariat stratégique global entre les deux pays est en réalité le résultat très logique du développement de nos relations, lesquelles ont connu un nouvel essor depuis le début de ce siècle.

La Chine est le premier fournisseur de l’Algérie, mais son 15e client. Une balance commerciale largement en votre faveur. Comment l’expliquez-vous ?

Je suis tout à fait d’accord avec vous. La Chine est le premier fournisseur de l’Algérie. Je dis même que la Chine est le premier partenaire économique de l’Algérie. Nous avons un partenariat économique très fort qui couvre pratiquement l’ensemble des secteurs. Cela étant dit, je suis aussi d’accord avec vous concernant le déficit commercial côté algérien. Nous en sommes conscients et prêts à prendre des mesures pour améliorer les choses. Mais il faut prendre conscience aussi que les exportations algériennes sont constituées en grande partie (95%) d’hydrocarbures. Au vu de la longue distance qui sépare nos deux pays, il est quand même difficile pour la Chine de s’approvisionner en hydrocarbures à partir d’Algérie.

Du côté chinois, l’on pense qu’il faut continuer d’accroître nos échanges commerciaux et renforcer nos liens économiques. On pourrait jouer un rôle plus important dans le domaine des investissements et du transfert des technologies.

Il y a actuellement une tendance vers l’accroissement des investissements chinois en Algérie. Nous avons déjà investi 2,6 milliards de dollars dans les domaines pétrolier, gazier et minier. Au fur et à mesure que l’Algérie met en place cette politique de diversification économique, de nouvelles opportunités apparaîtront notamment dans les secteurs du tourisme, de l’automobile et de l’électronique. La Chine saisira ces opportunités pour renforcer ses investissements en Algérie.

Y-a-t-il des projets en discussion avec les autorités algériennes ?

Il y a deux projets dans le domaine de la téléphonie mobile. Par ailleurs, plusieurs constructeurs automobiles chinois sont candidats aux projets de montage automobile. Certains sont toujours dans l’attente d’obtenir leur agrément. C’est un marché important pour les constructeurs automobile chinois qui ont l’intention de faire de l’Algérie un tremplin pour exporter vers d’autres pays de la région. L’Algérie est un marché attrayant pour le secteur automobile chinois.

Comment trouvez-vous le climat des affaires en Algérie ?

Des efforts tout à fait louables ont été faits. Nous les apprécions à leur juste valeur. Ensuite, il faut poursuivre les efforts. En Chine aussi, nous essayons d’attirer les investisseurs. Je pense que l’Algérie a intérêt à améliorer le climat des affaires pour attirer plus d’investissements étrangers.

Le climat des affaires en Algérie est-il favorable aux investisseurs chinois ?

Il est difficile de dire s’il est favorable ou pas. Pour certaines grandes entreprises chinoises, le problème ne se pose pas vraiment. Elles cherchent des partenariats en Algérie. Mais c’est vrai que la situation est plus difficile pour les PME.

Avez-vous soumis ce problème aux autorités algériennes ?

Nous sommes en discussion permanente avec les autorités algériennes, et le milieu des affaires.

La règle 51/49 constitue-t-elle un handicap pour les investissements chinois ?

Le problème se pose pour les PME, mais pas pour les grandes entreprises qui ont les capacités d’assumer les risques.

L’Union européenne a critiqué les mesures de restriction sur les importations prises par l’Algérie pour faire face à la crise économique. Comment la Chine a accueilli ces mesures ?

Il s’agit pour moi de mesures tout à fait logiques. Lorsqu’on a moins de revenus, on essaie de faire attention aux dépenses. Ces mesures ont pour le moment peu d’impact sur les produits importés de Chine. C’est peut-être parce que nos produits sont compétitifs et nécessaires.

Des entreprises chinoises activant en Algérie ont été la cible d’accusations de corruption. Il y a eu le scandale de l’autoroute Est-Ouest dont la réalisation a été confiée en partie aux Chinois. La qualité de leurs travaux fait l’objet de critiques…

L’autoroute Est-Ouest a été mise en service depuis au moins six ans. Elle joue un rôle fondamental aussi bien dans le domaine économique que social. Est-ce qu’il y a eu des irrégularités dans ce projet ? C’est le travail de la justice.

Une autoroute qui a connu des réparations peu après sa mise en service…

J’ai emprunté cette autoroute à plusieurs reprise surtout les tronçons centre et ouest (qui ont été réalisés par le groupement chinois Citic-Crcc). Je pense qu’elle est d’une qualité bonne et satisfaisante. Si des problèmes de qualité surgissent, il faut poser la question aux autorités algériennes. Je voudrais souligner que pour ce genre de projets, l’entretien est important durant les premières années de l’exploitation de l’autoroute. Les entreprises chinoises se sont toujours montrées disponibles pour assurer l’entretien et souvent avec leurs propres frais. Est-ce que des travaux d’entretien ont été engagés les trois à cinq premières années qui ont suivi la mise en service de cette autoroute ? Je ne sais pas. Il faut essayer d’être objectif.

Lors de l’inauguration de la Foire internationale d’Alger le 8 mai dernier, le premier ministre Ahmed Ouyahia a transmis aux Chinois le souhait du président de la République d’inaugurer la Grande Mosquée avant la fin 2018. Est-ce que c’est possible ?

Pour l’instant les travaux avancent normalement et plutôt bien. Je pense que la société chinoise est tout à fait confiante pour la livraison de ce projet d’ici la fin de l’année.

Est-ce qu’elle va livrer l’ensemble du projet ?

Il y a eu un accord entre la société chinoise et le maître d’ouvrage sur ce qui va être livré fin 2018.

Quel est l’état d’avancement du grand port du Centre. Avez- vous contesté le choix des partenaires algériens ?

C’est un projet stratégique. Un projet présidentiel. Il jouera un rôle déterminant dans le développement économique de l’Algérie. Côté chinois, nous sommes heureux de pouvoir accompagner l’Algérie dans ce projet. Pour les partenaires algériens, nous avons toujours respecté le principe de non-ingérence.

Pour l’avancement du projet, nous sommes toujours en discussion. L’Algérie a souhaité une nouvelle étude de faisabilité pour vérifier si ce qui a été fait est correct. On est dans l’attente des résultats.

Des entreprises chinoises sont connues pour recruter et faire travailler des Nord-Coréens à l’étranger, y compris en Algérie. Est-ce que c’est toujours le cas ?

700 Nord-Coréens travaillaient effectivement en Algérie. Mais ces derniers sont tous partis. Il y a eu un accord entre l’Algérie et la Chine pour rapatrier ces travailleurs. La décision a été prise après les sanctions décidées par l’ONU.

Est-ce que l’Algérie a bloqué les visas pour les travailleurs chinois à cause de ce problème ?

Le problème a été réglé très amicalement. Il n’y a eu aucune tension. Tout s’est passé dans la sérénité.

La Chine a-t-elle durci les conditions d’octroi des visas aux Algériens ?

Pas du tout. Comme d’habitude, on délivre 20.000 visas par an. On essaie de faciliter l’octroi de visa aux Algériens souhaitant se rendre en Chine.

Il y a combien de travailleurs chinois en Algérie ?

Je dirais 40.000 environ.

La Chine est-elle prête à coopérer avec l’Algérie pour lutter contre la surfacturation des produits importés de votre pays ?

Bien sûr. La Chine est un pays ami et frère de l’Algérie. Si les autorités algériennes nous formulent la demande, nous serons prêts à coopérer.

Cette demande a-t-elle été formulée ?

Il y a toujours des discussions et des échanges entre les deux pays dans ce cadre.

Le conflit au Sahara occidental connaît un regain de tensions entre le Maroc et le Front Polisario. Nous n’avons pas entendu vraiment la voix de la Chine…

L’ambassade a fait récemment un don humanitaire au Croissant-Rouge sahraoui à l’approche du Ramadan. Beaucoup de réfugiés vivent dans des conditions extrêmement difficiles. C’est un geste pour apporter un peu d’aide, de chaleur et de soutien aux réfugiés. Il faut trouver une solution politique aux problèmes du Sahara occidental. Il faut que cette solution soit acceptée par toutes les parties du conflit. Une solution qui soit en accord avec le droit international et les résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies.

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