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Iran – Maroc : les calculs de Mohamed VI

Iran – Maroc : les calculs de Mohamed VI

La coïncidence est troublante. Au lendemain d’une intervention du premier ministre israélien Benjamin Netanyahu affirmant qu’Israël disposait de « preuves concluantes » d’un programme secret iranien pour se doter de l’arme nucléaire, le ministre marocain des Affaires étrangères utilisait le même langage pour mettre en cause Téhéran dans une autre affaire. Nasser Bourita a convoqué, ce mardi 1er mai, la presse pour annoncer détenir des « preuves irréfutables » contre Téhéran et le Hezbollah.

« Le Maroc dispose de preuves irréfutables, de noms identifiés et de faits précis qui corroborent cette connivence entre le Polisario et le Hezbollah contre les intérêts suprêmes du royaume », a affirmé le chef de la diplomatie marocaine. Nasser Bourita n’a présenté aucune des preuves dont il parle et il est peu probable qu’il le fasse un jour. Mais qu’importe : le Maroc a décidé de rompre ses relations diplomatiques avec l’Iran. Au passage, il formule de graves accusations contre l’Algérie. Notre pays est accusé d’avoir facilité ces livraisons d’armes au Front Polisario.

Ce n’est pas la première fois que le Maroc accuse le Front Polisario de liens avec des groupes armés considérés comme « terroristes » par les États-Unis. Il a déjà essayé, sans succès, de créer un lien entre le mouvement sahraoui et Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi). Aujourd’hui, il tente avec le Hezbollah. Or, le mouvement chiite, engagé sur plusieurs fronts difficiles en Syrie et en Libye, a sans doute besoin de toutes ses armes. Il a lui-même besoin de s’armer. Il est peu probable qu’il soit capable d’armer le Front Polisario.

Mais dans cette affaire, Rabat se soucie peu de la crédibilité de ces accusations. Le Maroc cherche surtout à tirer profit d’un contexte international défavorable à l’Iran, à quelques jours d’une décision importante de Donald Trump sur le nucléaire iranien.

En établissant un lien militaire entre le Front Polisario et l’Iran, le Maroc cherche à discréditer la cause sahraouie auprès des États-Unis. Au passage, il s’attaque également à l’Algérie, principal soutien du Front Polisario et qui entretient de bonnes relations avec l’Iran. La question du Sahara occidental va revenir devant le Conseil de sécurité en octobre prochain et les Américains ont averti lors du vote de la dernière résolution : ils veulent une reprise des négociations et des progrès. Aujourd’hui, Rabat pense s’offrir un bon prétexte pour ne pas reprendre les discussions avec le Front Polisario.

En plus des États-Unis, Rabat espère, à travers cette annonce, améliorer ses relations avec l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis -c’est ce pays qui a financé la participation du Maroc à la guerre contre le Yémen-, les deux principaux adversaires de l’Iran dans la région.

« Les Marocains étaient écartelés entre business florissant avec le Qatar (importants investissements) et des pressions énormes de la part de l’Arabie saoudite. Le Roi a même évité de se déplacer en Arabie pour le dernier sommet arabe. Il voulait y effectuer une visite de travail annoncée même par la presse marocaine, mais le jeune prince BMS a convaincu son père que le Maroc doit choisir son camp », souligne un connaisseur du dossier. Aujourd’hui, c’est chose faite.

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