
TRIBUNE. La diaspora algérienne est aujourd’hui l’une des plus importantes au monde. Selon plusieurs estimations relayées par Algeria Connect et différents médias spécialisés, elle représenterait entre 5 et 7 millions de personnes à travers le monde, dont près de 89 % vivent en Europe.
Pendant longtemps, la relation entre l’Algérie et sa diaspora a été pensée autour d’une seule question : faut-il rentrer définitivement ou rester à l’étranger ?
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Pourtant, cette vision ne correspond plus aux nouvelles réalités économiques et professionnelles. Une nouvelle génération d’Algériens installés en France, au Canada, au Royaume-Uni ou dans les pays du Golfe développe désormais une approche plus mobile, plus hybride et surtout plus africaine.
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Aujourd’hui, certains cadres, entrepreneurs et experts algériens ne regardent plus uniquement l’Europe ou l’Amérique du Nord comme des espaces d’opportunités.
Ils commencent également à regarder l’Afrique subsaharienne. Demain, il sera probablement normal de voir un Algérien formé à Montréal travailler quelques années à Dakar, accompagner un projet technologique à Kigali, puis revenir former des étudiants à Alger ou Oran.
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Même si les exemples d’Algériens officiellement installés professionnellement au Sénégal, au Rwanda ou en Guinée restent encore peu médiatisés, la dynamique existe déjà à travers plusieurs formes de coopération, de conseil, de formation et d’investissement.
Ce phénomène s’inscrit dans une transformation plus large du continent : l’Afrique devient progressivement un espace de circulation des compétences.
De nombreux membres de la diaspora algérienne entreprennent aujourd’hui en Europe non pas toujours par choix initial, mais parfois par nécessité.
Derrière certaines success stories se cache une réalité plus complexe : celle de diplômés qualifiés qui peinent à accéder à une stabilité professionnelle durable ou à obtenir ce « trophée » que représente encore le CDI pour beaucoup. Cette situation pousse une partie de la diaspora vers l’entrepreneuriat, le consulting ou les activités indépendantes.
Mais cette contrainte produit également une génération particulièrement adaptable, capable d’évoluer entre plusieurs marchés, plusieurs langues et plusieurs cultures professionnelles.
Compétences majeures
La diaspora algérienne dispose aujourd’hui de compétences majeures dans les domaines des ressources humaines, de la finance, de l’intelligence artificielle, du numérique, de la santé, de l’ingénierie ou encore de l’entrepreneuriat.
Des initiatives concrètes commencent déjà à émerger. Le réseau Algeria Connect rassemble depuis plusieurs années des entrepreneurs algériens de la diaspora souhaitant investir et développer des projets en Algérie.
Des cadres algériens installés à l’étranger interviennent également dans des universités algériennes afin d’accompagner les jeunes générations. L’association Djazpora, par exemple, a lancé des programmes de mentorat et de coaching technologique avec l’Université de Bab Ezzouar afin de soutenir l’innovation et l’entrepreneuriat étudiant.
Cette logique hybride est probablement l’un des modèles les plus réalistes pour les années à venir. Tout le monde ne rentrera pas définitivement, mais beaucoup souhaitent contribuer autrement : former, transmettre, investir, accompagner ou créer des ponts économiques entre plusieurs pays africains.
Au sein du Club DiasporAfrica, cette réflexion est également portée par Karim Osmani, spécialiste en ressources humaines et Franco-Algérien basé à Dubaï.
Pour lui, l’enjeu dépasse largement la question du retour individuel. Il insiste sur la nécessité de structurer les talents algériens à l’échelle internationale et de créer davantage de passerelles entre les différentes initiatives associatives, économiques et institutionnelles africaines.
Selon lui, l’Afrique ne pourra réellement tirer profit de sa diaspora que si les réseaux cessent de fonctionner en silo. Il appelle ainsi à une coopération plus forte entre associations, experts RH, entrepreneurs, universités et acteurs publics afin de construire ensemble une vision commune des compétences africaines de demain.
Cette réflexion est d’autant plus importante que plusieurs pays africains ont déjà commencé à structurer leur stratégie diaspora.
Le Sénégal parle désormais de sa diaspora comme d’une véritable « 15ᵉ région ». La Côte d’Ivoire développe des dispositifs spécifiques pour accompagner les investisseurs issus de la diaspora. Le Rwanda, quant à lui, travaille sur des plateformes de connexion entre diaspora et institutions locales afin de faciliter le transfert de compétences et l’innovation.
L’Algérie possède un potentiel considérable
L’Algérie possède elle aussi un potentiel considérable. Le président Abdelmadjid Tebboune rappelle régulièrement l’importance de la communauté nationale à l’étranger dans le développement du pays et dans le rayonnement africain de l’Algérie.
Cette dynamique sera justement au cœur du prochain Africa Talent Bridge Forum qui se tiendra à Istanbul en juin 2026. Cet événement réunira des responsables des ressources humaines, des dirigeants d’entreprise, des experts de la mobilité internationale ainsi que des représentants de plusieurs diasporas africaines afin de réfléchir ensemble aux stratégies d’attractivité des talents africains.
Des acteurs venus d’Algérie, du Sénégal, de Guinée, du Rwanda ou encore de Côte d’Ivoire échangeront autour de sujets clés : transfert de compétences, mobilité africaine, employabilité, structuration des talents de la diaspora, leadership africain et coopération économique continentale.
L’objectif n’est pas simplement de parler migration. Il s’agit surtout de comprendre comment l’Afrique peut mieux organiser sa circulation des compétences et transformer sa diaspora en levier stratégique de compétitivité, d’innovation et de développement.
Le choix d’Istanbul n’est d’ailleurs pas anodin. La Turquie occupe aujourd’hui une place de plus en plus importante dans les relations économiques avec l’Afrique et particulièrement avec l’Algérie.
Ces dernières années, les échanges commerciaux, industriels et diplomatiques entre Alger et Ankara se sont considérablement renforcés.
Cette dynamique a été illustrée par la visite officielle que le président Abdelmadjid Tebboune a entamée mercredi 6 mai en Turquie, à l’invitation de son homologue turc Recep Tayyip Erdoğan.
Les deux chefs d’État ont coprésidé la première session du Conseil de coopération stratégique de haut niveau algéro-turc afin de renforcer davantage les partenariats économiques, industriels et diplomatiques entre les deux pays.
Dans un contexte de recomposition des équilibres économiques mondiaux, la relation entre la Turquie, l’Algérie et l’Afrique ouvre de nouvelles perspectives pour les investissements, la mobilité des compétences et les coopérations Sud-Sud.
Car au fond, la diaspora africaine n’est pas un problème migratoire à gérer. Elle représente probablement l’une des plus grandes opportunités stratégiques de l’Afrique du XXIᵉ siècle.
Important : Les tribunes publiées sur TSA ont pour but de permettre aux lecteurs de participer au débat. Elles ne reflètent pas la position de la rédaction de notre média.
* Présidente du Club DiasporAfrica