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« L’Algérie de Abane doit rencontrer la France de Audin »

« Aucune repentance ne pourra effacer les affres des crimes contre l’humanité perpétrés par la France colonialiste en Algérie », écrit Lahcène Seriak, haut fonctionnaire à la retraite, dans son…

« L’Algérie de Abane doit rencontrer la France de Audin »
Ladjouzi Nassim
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« Aucune repentance ne pourra effacer les affres des crimes contre l’humanité perpétrés par la France colonialiste en Algérie », écrit Lahcène Seriak, haut fonctionnaire à la retraite, dans son nouveau livre « Crime contre l’humanité, Macron a raison », publié aux éditions Ags Corpus et Bibliographie à Alger.

L’auteur garde de mauvais souvenirs de l’époque coloniale en Kabylie. « Enfant de six ans dans le village d’Ait Allouane, au cœur de l’Akfadou, j’ai assisté à l’assassinat à la machette, devant les femmes et les enfants du village rassemblés, de «Na Khelidja » après son viol par les militaires français…Comme j’ai assisté à la « tranche à la hache » de la tête de l’imam Cheikh Rachid. Une autre fois, nous avons assisté à l’égorgement de quarante Moussebels dans le village Ikedjane comme des moutons de l’Aïd et devant cela, dans le haouch du village, l’épouse d’un « fellaga » avait été reconnue et arrêtée. Les militaires français lui avaient ouvert le ventre car elle était enceinte en pariant si le fœtus était garçon ou fille, après l’avoir torturée et assassinée », relate-t-il.

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« Lorsque mon père était en prison dans le camp militaire de Taourirt, dénoncé par un fidaï torturé, j’accompagnais ma mère chaque matin au lieudit « Azrou Ibranis » (Le rocher du burnous) pour examiner les cadavres torturés et jetés dans ce ravin. Pour voir si mon père ne figurait pas parmi les cadavres… », poursuit-il. Lahcène Seriak, qui a quitté la Kabylie pour Alger après la destruction de son village par l’armée française, explique avoir trouvé de « l’affection et de la bonté » auprès d’instituteurs français à l’école des Orangers à Birkhadem.

Des centres de déportation en Algérie

« Une réalité totalement différente de celle des colons et de l’armée coloniale qui avait détruit notre village…Mais, l’école des Orangers demeurait mon seul point de rencontre avec la civilisation. Mes parents indigènes, « réfugiés » habitaient un « Diar laârab », sans eau, sans électricité et sans égouts dans le quartier misérable des indigènes, loin des quartiers européens ».

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Les autorités coloniales ont créé, à partir de 1955, des centres de déportation dans toute l’Algérie, affirme l’auteur. « Le commissariat aux actions d’urgence de la puissance occupante a avancé le 1er avril 1961 le chiffre discutable de 2362 centres de regroupement. Ben Youcef Ben Khedda alors président du GPRA a évalué le nombre des Algériens regroupés à trois millions de personnes(…) Ces déportations-concentrations ont naturellement été suivies de milliers de personnes abattues, de milliers de personnes disparues et des centaines de villages rasés ».

Citant le rapport de l’historien Michel Cornaton, établi en 1958, il l’auteur avance le chiffre de 500 enfants qui « mourraient chaque jour dans ces centres pour manque de soins et absence de nutrition ». Dans son livre « Les camps de regroupement de la guerre d’Algérie », Michel Cornation a rapporté que 40 % de la population algérienne a été déplacée par les autorités coloniales. « Tout a été fait, des deux côtés de la Méditerranée, pour qu’on n’en parle plus une fois la guerre finie », a-t-il mentionné.

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 Une pratique systématique de la torture

Rappelant les aveux du général Paul Aussaresses, coordinateur des Services de renseignement de l’armée à Alger en 1957, et les déclarations des généraux Massu et Bigeard, faits en 2000, ainsi que le témoignage de la moudjahida Louisette Ighilahriz, l’auteur revient également sur « la pratique systématique » de la torture par les militaires français durant la guerre de libération nationale. Il accuse l’ancien président français François Mitterrand d’avoir fait éteindre, au début des années 1980, le débat sur la torture pratiquée en Algérie.

Mitterrand, alors ministre de la Justice, avait refusé les grâces pour les algériens condamnés à mort comme Babouche Said. Selon l’auteur, les nostalgiques de l’Algérie françaises et l’extrême droite françaises sont contre toute idée de reconnaissance de la torture durant la guerre d’indépendance algérienne. Il rappelle qu’une douzaine d’intellectuels français, dont Pierre Vidal Naquet et Henri Alleg (auteur de l’essai « La question »), ont signé un Appel, en octobre 2000, pour « la condamnation officielle de la torture ». Il rappelle aussi que Maurice Audin, qui s’est joint au mouvement de libération national, a été torturé jusqu’à la mort en 1957. Son corps n’a jamais été trouvé.

« L’exécution » d’Abane téléguidée par la France coloniale

D’après Lahcène Seriak, l’exécution de Larbi Ben M’hidi et d’Abane Ramdane a été « téléguidée » par l’Etat colonisateur français. « La promotion Lacoste par exemple fut la consécration de la stratégie d’infiltration de l’ALN par le système colonial. Après la désertion d’un groupe d’officiers algériens de l’Armée française que Krim Belkacem a rattaché à son ministère, ils furent chargés d’appliquer la stratégie du commandant Idir (Mouloud Idir, adjoint de Krim) qui n’avait pas pris en compte les réalités du terrain, et avait placé ces officiers à la tête de bataillons. Mais, les moudjahidine les ont refusés et ont chassé certains d’entre eux. L’instance de la direction de la Révolution, après l’élimination de Ben M’Hidi et l’assassinat de Abane Ramdane, a imposé ces officiers et a causé l’éclatement de plusieurs tentatives de rébellion, à l’instar de la rébellion de Djebel Châambi ou encore la reddition de Ahmed Hambli. C’est dans ce contexte que tous « les coups bas » ont été orchestrés par la France colonialiste », affirme-t-il.

L’auteur s’est appuyé sur un témoignage de l’ancien président Chadli Bendjedid, ancien officier de l’ALN. Selon l’auteur, Abane Ramdane a été assassiné parce qu’il avait menacé d’écarter « les féodaux » de la Révolution, « les extérieurs vautrés dans le luxe des résidences et des réceptions », et de reprendre en main les choses.

« Les menaces de Abane ont été enregistrées et communiquées aux « féodaux » par un machiavélique stratagème dirigé par les services militaires colonialistes qui ont trouvé là une occasion en or de faire assassiner Abane par ses propres frères croyant agir ainsi pour leur intérêt et celui la guerre de libération alors que la mort de Abane Ramdane en profitera exclusivement qu’aux potentats du néo-colonialisme par l’escamotage de l’indépendance conçue dans le congrès de la Soummam », ajoute Lahcen Seriak.  Abane Ramdane a été assassiné le 27 décembre 1957 au Maroc, étranglé avec un fil de fer par ses compagnons d’armes.

La « mort » de l’indépendance

« La France coloniale venait de réussir l’un de ses plus beaux complots contre l’Algérie », souligne l’auteur. L’élimination de Abane a, selon lui, accentué les divergences entre les dirigeants de la Révolution marqué notamment par le démantèlement de la base de l’Est et « le complot des colonels » (mars 1959).

« L’affrontement entre le GPRA et l’état-major de l’armée a consacré la « mort » de l’indépendance et le bon fonctionnement des mines meurtrières posées en Algérie par le système colonialiste français ». L’auteur détaille « la guerre » entre le colonel Boumediène, alors chef de l’Armée des frontières, et le GPRA de Benyoucef Benkhedda, les rébellions de Mohand Oulhadj, l’insurrection d’Aït Ahmed, la dissidence de Mohammed Châabani, le renversement de Ben Bella et le coup d’Etat raté de Tahar Zbiri.

Selon lui, le colonel Châabani a été condamné et exécuté (par le régime de Ben Bella) parce qu’il avait demandé de « nettoyer » l’armée des « éléments infiltrés connus pour leur appartenance à la France coloniale ». Le système colonial, selon l’auteur, a arrangé l’indépendance de l’Algérie avec l’élimination de Abane, de Ben M’Hidi, Châabani et les leurs compagnons, le gel des dispositions du Congrès de la Soummam et l’exclusion des « français républicains » qui pouvaient « gêner les visées néocoloniales fatales à l’Algérie depuis 1962 à nos jours ».

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