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L’annonce de la démission de Bouteflika ne résout pas la crise

L’annonce de la démission de Bouteflika ne résout pas la crise

Le président Bouteflika démissionnera avant la fin de son mandat actuel, le 28 avril. La décision n’a rien d’une surprise. Elle était même attendue depuis l’annonce de la composante du nouveau gouvernement.

Le maintien du général Ahmed Gaïd-Salah dans le gouvernement comme vice-ministre de la Défense, au lendemain de son appel à l’application de l’article 102, était interprété comme le signe d’un « compromis » trouvé entre l’état-major de l’ANP et le cercle présidentiel pour trouver une issue à la crise sans sortir du cadre constitutionnel.

La solution consensuelle est donc la démission du président avec quelques réajustements dans les institutions en prévision de la transition. Les deux parties avaient sans doute le souci de sortir un plan qui ne risquerait pas d’être perçu par le peuple qui manifeste depuis le 22 février comme une énième manœuvre pour vider ses revendications de leur substance.

Bedoui, un choix qui n’est pas irréversible

Selon le communiqué de la présidence, le chef de l’État, avant de démissionner, « devrait prendre d’importantes mesures pour assurer la continuité du fonctionnement des institutions de l’État durant la période de transition ».

« La nomination du nouveau gouvernement en date du 31 mars 2019 par son Excellence M. Abdelaziz Bouteflika, Président de la République, sera suivie par d’importantes décisions qu’il prendra, conformément aux dispositions constitutionnelles, à l’effet de permettre d’assurer la continuité du fonctionnement des institutions de l’État durant la période de transition qui s’ouvrira à la date à laquelle il décidera sa démission », précise la présidence.

Avant de partir, Bouteflika prendra donc des décisions en lien direct avec la période de transition. Il a encore quatre semaines pour tenter de sauver le plan de sortie de crise du pouvoir, d’autant plus que ses prérogatives constitutionnelles lui laissent une certaine marge de manœuvre dans ce sens.

Légalement, même le choix de Noureddine Bedoui comme Premier ministre de la transition n’est pas irréversible. Si le président avait démissionné, l’exécutif resterait en place jusqu’à l’élection d’un nouveau président de la république. Mais ce n’est pas encore le cas. Bouteflika est toujours en poste et il peut toujours placer une personnalité indépendante à la tête du gouvernement.

Pour le moment, une telle option demeure peu probable, mais le président pourra toujours céder sur ce point si le peuple demeure intransigeant de son refus de voir Bedoui gérer l’exécutif de la transition. À défaut de sacrifier l’ancien ministre de l’Intérieur, qui demeure une garantie de sortie en douce pour son cercle, le président pourra toujours revoir la composante du gouvernement en relevant certains ministres qui font déjà l’objet de violentes critiques sur les réseaux sociaux.

Remplacer Bensalah à la tête du Sénat

Pour rassurer et laisser des chances au plan de sortie de crise d’être accepté, le chef de l’État a aussi la possibilité d’apporter un réaménagement au niveau du Conseil de la nation dont le président, conformément à l’article 102 de la Constitution, sera de facto chef de l’État par intérim pendant 90 jours.

Légalement, Bouteflika a toutes les cartes en mains pour faire en sorte que la transition ne soit pas gérée par Abdelkader Bensalah que rejettent unanimement l’opposition et les manifestants. Il reste sept sièges vacants dans le tiers présidentiel et il suffira de nommer sénateur une personnalité consensuelle, ou même issue de l’opposition, pour ensuite l’élire comme président de la chambre haute. Son élection par les sénateurs, en majorité issus du FLN et du RND ou désignés par le président, ne sera qu’une simple formalité.

Pour convaincre de sa bonne foi, Bouteflika pourra aussi effectuer des changements au niveau de certaines institutions importantes, comme les médias publics, la Banque d’Algérie…

Cela si l’on considère que l’état-major et la présidence ont réellement trouvé un compromis pour une sortie de crise qui prenne en compte la nécessité de rendre le pouvoir au peuple comme le stipule la Constitution. Mais les événements qui s’accélèrent laissent penser que la crise est loin de connaître son épilogue. Les vives tensions du jour, avec l’implication de la justice contre des hommes d’affaires proches du cercle présidentielle, montre que le consensus est très fragile.

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