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Le FMI critique sévèrement la politique économique du gouvernement

Le FMI critique sévèrement la politique économique du gouvernement

On attendait depuis plusieurs mois et avec beaucoup de curiosité la réaction du FMI au virage économique effectué par les autorités algériennes à l’automne dernier. La réaction est venue de la mission d’experts qui viennent d’achever une visite de 15 jours en Algérie. Elle est sans ambiguïtés.

Le communiqué signé par le Chef de mission, Jean-François Dauphin, s’apparente en termes à peine mesurés à un véritable réquisitoire contre la démarche mise en œuvre par le gouvernement depuis un peu plus de 6 mois.

Changement de stratégie

Les experts du FMI commencent par prendre acte des nouvelles orientations économiques algériennes et du nouvel agenda imposé par les échéances électorales.

« Depuis la fin 2017, les autorités ont modifié leur stratégie macroéconomique à court terme. Pour stimuler la croissance et la création d’emplois, elles ont adopté un budget expansionniste pour 2018, dont le déficit sera financé principalement par la banque centrale, et ont renforcé les barrières à l’importation. Elles entendent reprendre la consolidation budgétaire à compter de 2019, en vue de rétablir l’équilibre budgétaire en 2022 ».

Le point de vue du FMI sur ce virage économique ne laisse pas beaucoup de place au doute. Il risque purement et simplement d’aggraver les déséquilibres dont souffre déjà l’économie algérienne.

Un point de vue exprimé avec une franchise très inhabituelle et presque brutale : « La mission partage le double objectif des autorités de stabiliser l’économie et promouvoir d’une croissance plus durable et plus inclusive, mais elle considère que le nouveau dosage de politique économique à court terme est risqué et pourrait entraver la réalisation de ces objectifs. Les nouvelles mesures risquent d’aggraver les déséquilibres, accentuer les tensions inflationnistes et accélérer la perte de réserves de changes. En conséquence, il se peut que l’environnement économique ne devienne propice ni aux réformes, ni au développement du secteur privé ».

Mise en garde contre le recours à la planche à billets

Les experts venus de Washington ont eu l’occasion de développer ces positions lors d’une conférence de presse qui s’est tenue hier. Parmi les sujets évoqués principalement, le premier a été celui de la planche à billets.

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Pour la mission du FMI les choses sont claires : « Il est possible de renforcer les finances publiques graduellement. La consolidation budgétaire est nécessaire pour ajuster le niveau des dépenses au niveau réduit des recettes, mais elle peut se faire à un rythme régulier sans recourir au financement monétaire de la banque centrale ».

Jean François Dauphin précise en conférence de presse : « Les expériences internationales montrent que le financement monétaire du déficit budgétaire entraîne un risque d’accélération de l’inflation ».

Si l’État est forcé d’y recourir « il convient de limiter les montants empruntés et la durée de l’endettement ». Il ajoute que, dans une telle situation, « la Banque centrale doit jouer son rôle de garant de la stabilité des prix en réabsorbant une partie de la liquidité créée par le financement monétaire ».

L’alternative à la planche à billets est également rappelée. « Il s’agit de recourir à un large éventail d’instruments de financement, notamment l’émission de titres de dette publique au taux du marché, des partenariats publics-privés, des ventes d’actifs et, idéalement, d’emprunts extérieurs pour financer des projets d’investissements bien choisis ».

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Dinar et commerce extérieur : de mauvais choix

La mission du FMI n’est pas convaincue non plus par la politique menée depuis plus de 18 mois par les autorités monétaires algériennes qui s’appuie sur la stabilisation du taux de change officiel du dinar vis-à-vis du dollar et ignore les développements en cours sur le marché parallèle.

Elle rappelle sur ce chapitre la position classique de l’institution qui préconise « une dépréciation progressive du taux de change combinée à des efforts visant à éliminer le marché parallèle des changes qui favoriserait aussi l’ajustement ».

Les experts expriment également leur scepticisme à propos des récentes décisions concernant le contrôle des importations : « La politique commerciale doit avoir pour objectif principal d’encourager les exportations plutôt que d’imposer des barrières non tarifaires aux importations, barrières qui créent de distorsions ».

Précisions de Jean François Dauphin : « Les mesures de restriction des importations prises de manière quantitative et administrative sont souvent sources de tensions inflationnistes et se révèlent fréquemment inefficaces du fait qu’elles sont contournées sur le marché intérieur d’une manière ou d’une autre ».

Des réformes structurelles sans tarder

Dans un contexte marqué par la temporisation des autorités algériennes face au dossier les plus lourds de réforme de l’économie algérienne les experts du FMI affirment enfin de nouveau qu’ « une masse critique de réformes structurelles est nécessaire pour promouvoir l’émergence d’une économie tirée par le secteur privé et diversifiée, et réduire ainsi la dépendance au pétrole et au gaz ».

Il convient d’agir sans tarder sur plusieurs fronts pour simplifier la bureaucratie, améliorer l’accès au crédit, renforcer la gouvernance, ouvrir davantage l’économie à l’investissement étranger et améliorer le fonctionnement du marché du travail.

En conférence de presse, le Chef de mission revient sur le sujet sensible des subventions énergétiques : « Les subventions mises en place avec un objectif social sont en réalité profondément injustes. En Algérie, les 20% de la population les plus riches consomment en moyenne 6 fois plus de produits énergétiques que les 20% les plus pauvres. Plus le citoyen est riche plus il en est bénéficiaire du système actuel de subventions ».

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