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Le Maroc et l’axe émirati-israélien en Libye : quels enjeux pour l’Algérie ?

Sur fond d’alliance avec les Émirats, Israël, le Maroc accélère son rapprochement avec le camp du maréchal Haftar qui contrôle l’est libyen. Décryptage des enjeux pour l’Algérie.

Le Maroc et l’axe émirati-israélien en Libye : quels enjeux pour l’Algérie ?
Coalition Maroc – Israël – Emirats en Libye : Amar Belani décrypte les enjeux pour l’Algérie | Par Zerophoto / Adobe Stock
Amar Belani
Durée de lecture 3 minutes de lecture
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Le Maroc a accéléré ces derniers mois son rapprochement militaire et sécuritaire avec le camp de Khalifa Haftar, dans l’est de la Libye. Cette évolution intervient sur fond de rivalités régionales et de recomposition des rapports de force autour de la succession du maréchal libyen.

Elle s’inscrit également dans une dynamique de coordination tripartite entre Rabat, Abou Dhabi et Israël, dont les intérêts convergent autour du camp Haftar.

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Du 11 au 15 octobre, Khaled Haftar, chef d’état-major des forces de l’Est libyen, a effectué une visite officielle au Maroc. Reçu par l’inspecteur général des Forces armées royales, il a visité des installations militaires et une base aérienne.

 

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La Libye, au cœur des jeux d’influence des puissances régionales

 

Cette séquence a été suivie, le 22 octobre, d’une réunion sécuritaire de haut niveau à Benghazi, coprésidée par le directeur général de la DGED marocaine et le chef du renseignement libyen. La présence de Saddam Haftar, à cette occasion, souligne la dimension politique de cette rencontre, au-delà de son programme officiel consacré au terrorisme et à la criminalité organisée.

La dimension émiratie apparaît dans le soutien historique d’Abou Dhabi aux forces de Khalifa Haftar. Elle prend aujourd’hui une importance accrue dans les enjeux de succession.

Saddam Haftar cherche à élargir ses relations internationales, tandis que ses frères disposent de leurs propres réseaux militaires et politiques, notamment auprès de l’autre « puissance tutélaire » autoproclamée, l’Égypte, qui est l’autre soutien majeur du camp de l’Est. Cette compétition familiale offre aux puissances étrangères plusieurs canaux d’influence sur l’avenir libyen.

La visite de Saddam Haftar au Caire, les 25 et 26 octobre, intervient après la ratification par le Parlement libyen de l’Est de l’accord maritime de 2019 avec la Turquie, contesté par l’Égypte. Le fils du maréchal Haftar cherche visiblement à préserver les relations avec Le Caire malgré ce différend et la mise à l’écart d’Aguila Saleh, proche de l’Égypte.

Le Caire pourrait parallèlement s’appuyer sur Khaled et Belgacem Haftar pour contrebalancer l’autonomie et l’influence de Saddam. Leur rapprochement avec Aguila Saleh lors de la crise parlementaire offre à l’Égypte d’autres relais au sein du clan.

Le volet israélien mérite une attention particulière. Le 29 septembre, des médias internationaux ont rapporté une rencontre entre Benjamin Netanyahu et Saddam Haftar à Abou Dhabi.

Abou Dhabi apporte un soutien historique aux forces de Haftar, tandis qu’Israël développe des contacts avec certains membres de la famille. Le Maroc, lié à Israël par les accords de normalisation de 2020 et partenaire stratégique des Émirats, renforce parallèlement ses relations militaires et sécuritaires avec le commandement de l’Est libyen.

Cette convergence d’intérêts rapproche ainsi Rabat, Abou Dhabi et Tel-Aviv autour de Benghazi et favorise l’émergence d’une coopération politique et sécuritaire aux implications régionales.

L’Est libyen occupe une position stratégique entre la Méditerranée, l’Égypte, le Sahel et les routes reliant la Libye au Soudan. Le contrôle de ses infrastructures militaires et de ses corridors logistiques intéresse plusieurs puissances régionales. Les rivalités autour de la succession de Khalifa Haftar s’inscrivent ainsi dans une compétition plus large pour l’influence sur les institutions, les ressources énergétiques et les forces armées du pays.

Pour Rabat, le rapprochement avec Benghazi offre un accès direct à un centre de pouvoir militaire important. Il intervient également dans un contexte de rivalité avec notre pays et de concurrence diplomatique autour de l’avenir politique libyen.

Alors que la fragmentation institutionnelle libyenne persiste, cette recomposition intervient alors qu’Alger renforce son dispositif sécuritaire au Sahel afin de protéger ses frontières méridionales, ses intérêts énergétiques et de contenir les menaces transfrontalières. 

 

Quels enjeux pour l’Algérie ?

 

Le déploiement de troupes algériennes au Niger marque une évolution majeure du dispositif sécuritaire algérien dans la région. Toutefois, les modalités de cette opération et ses éventuelles implications pour la région restent à déterminer et il serait donc prématuré de présenter une implantation militaire algérienne précise géographiquement dans cette zone comme un fait acquis.

Les forces de Khalifa Haftar soutenues par l’alliance tripartite (Emirats, Maroc et Israël) contrôlent Sebha, une grande partie du Fezzan et plusieurs axes de circulation transfrontalière. Leur implantation dans cette région, combinée au soutien émirati dont elles bénéficient, donne une portée régionale au rapprochement entre Rabat et Benghazi.

Dans ce contexte, Rabat s’inscrit comme partenaire, de second rang, des Emirats et d’Israël dans des rapports de force qui détermineront la succession de Khalifa Haftar et plus globalement l’architecture politique de la Libye.

La multiplication des contacts entre Rabat, Benghazi et Abou Dhabi, conjuguée aux démarches de Saddam Haftar auprès de responsables israéliens, révèle une convergence d’intérêts entre ces acteurs, dont les actions alimentent une dynamique hostile à l’égard de l’Algérie.

 

 

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