
TRIBUNE. Il est des paroles qui, au-delà des convictions de celui qui les porte, peuvent contribuer à apaiser une société. Dans une France traversée par les doutes, les crispations et les fractures, la voix du pape Léon XIV a choisi de rappeler une évidence trop souvent oubliée : la laïcité et la religion ne sont pas condamnées à s’affronter.
Après son voyage en Algérie en avril dernier, qui a constitué un temps important de rencontre et de dialogue, sa présence aujourd’hui à Metz s’inscrit dans cette même volonté de rapprocher les convictions, les cultures et les communautés.
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Le pape, la laïcité et les religions
Avec courage et discernement, le pape a su faire bouger les lignes et rappeler des principes essentiels : le respect de la diversité religieuse, le caractère sacré de la vie, mais aussi la nécessité de sortir d’une opposition artificielle qui voudrait faire de la laïcité l’ennemie de la religion, ou de la religion une menace pour la laïcité.
Cette confrontation permanente ne repose bien souvent que sur des incompréhensions, des malentendus et des stéréotypes. À force de les entretenir, nous prenons le risque d’affaiblir ce qui nous unit et de fragiliser davantage notre cohésion nationale.
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En rappelant que le dialogue est possible, le pape ne s’est pas adressé aux seuls catholiques. Il a porté une parole qui concerne toutes les traditions religieuses, tous les croyants, mais aussi tous ceux qui, croyants ou non, reconnaissent à la spiritualité une place dans la vie de l’homme et de la société.
C’est dans cette perspective que l’appel lancé ce lundi 29 septembre à Metz prend toute sa portée.
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Alors que le dialogue interreligieux connaît en France une période de repli, dans un contexte international particulièrement tendu, marqué par les guerres, les violences, les crispations identitaires et la radicalisation de certaines franges religieuses, la rencontre de Metz prend une dimension particulière.
Un signal important
La présence, autour du pape, de représentants des différents cultes constitue un signal important : malgré les désaccords, malgré les blessures et malgré les tensions, nous pouvons encore nous parler, nous écouter et construire ensemble.
Le dialogue interreligieux n’est ni une naïveté ni une faiblesse. Il ne consiste pas à effacer les différences ou à nier les convictions de chacun. Il suppose, au contraire, de les reconnaître, de les respecter et de créer les conditions d’une coexistence pacifique. Dans une République laïque, chacun doit pouvoir croire, ne pas croire, changer de conviction ou vivre sa spiritualité librement, dans le respect des lois et de la liberté d’autrui.
À quelques mois de l’élection présidentielle de 2027, la visite du pape constitue ainsi une occasion précieuse pour la France et pour l’ensemble des Français. Elle l’est aussi pour les responsables politiques, auxquels incombe une responsabilité particulière dans le climat qu’ils contribuent à créer.
Lorsque le débat public est tenté par la simplification, la stigmatisation ou le rejet, il est utile que des voix rappellent que la cohésion d’un pays ne se construit pas en désignant sans cesse des adversaires, mais en créant des espaces de dialogue.
La France a besoin de débats, de désaccords et même de confrontations démocratiques. Mais elle a aussi besoin de moments de hauteur. Elle a besoin de femmes et d’hommes capables de rappeler que nos différences ne doivent pas nécessairement devenir des fractures.
À Metz, le pape Léon XIV nous rappelle ainsi une chose essentielle : le dialogue entre les religions n’est pas seulement une affaire de croyants. Il est une contribution au bien commun et à la paix civile.
Dans une période où les peurs cherchent trop souvent à prendre le dessus sur la raison, faire vivre le dialogue, c’est déjà choisir de ne pas renoncer à l’idée que nous pouvons encore construire un destin commun… InschâAllah.
*Azzédine Gaci est le ecteur de la mosquée de Villeurbanne
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