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L’engagement sans suite de Bouteflika et le manque de vision de Bouterfa : chronique des années gâchées dans le renouvelable

Il y a un peu plus de six ans, en décembre 2010, le président Bouteflika effectuait une visite officielle en Allemagne, durant laquelle il avait lancé l’Algérie de manière décisive dans les énergies renouvelables à travers Desertec. « Nous travaillerons dans les énergies nouvelles à travers un projet colossal qui s’appelle ‘Projet Desertec’, que nous allons approfondir d’un commun accord », avait déclaré Bouteflika à Berlin suite à sa rencontre avec la chancelière, Angela Merkel. Desertec est un énorme projet porté par des entreprises allemandes visant à fournir l’Union européenne en électricité provenant notamment de l’énergie solaire du Sahara algérien.

L’engagement de Bouteflika

Mais l’engagement de Bouteflika est resté sans suite. Le gouvernement n’a pas suivi. Le renouvelable n’a jamais été une priorité pour les ministres qui se sont succédé à la tête du département de l’Énergie. Il y a eu le nucléaire que Chakib Khelil a tenté en vain de développer, puis les hydrocarbures de schiste. Le prédécesseur de Bouterfa à la tête de l’Énergie, Youcef Yousfi, était d’ailleurs un fervent partisan de l’exploitation du gaz de schiste. Son enthousiasme à défendre les hydrocarbures non conventionnels a fini par conduire à une crise inédite en 2015 avec la population d’In Salah et de la région sud qui a fini par lui coûter son poste de ministre. Les bons sentiments du gouvernement envers le gaz de schiste ne se sont cependant pas dissipés avec le départ de Yousfi. Pas plus tard qu’en novembre dernier, le premier ministre Abdelmalek Sellal plaidait pour le développement des ressources d’hydrocarbures, qu’il s’agisse des ressources classiques ou du gaz de schiste.

Volte-face

Le 18 avril 2017, coup de théâtre. En marge d’une conférence à Koléa dans la wilaya de Tipaza, Nourredine Bouterfa, annonce un changement radical dans sa position. Pour le ministre de l’Énergie, l’exploitation du gaz de schiste n’est pas une priorité. Cap sur les énergies renouvelables.

| LIRE AUSSI : Gaz de schiste et énergie renouvelable : Boutarfa change radicalement de position

Ses propos représentent une volte-face spectaculaire, tant dans la politique énergétique du gouvernement comme dans la position personnelle du ministre sur la question. Le ministre de l’Énergie a en effet maintes fois affirmé publiquement que « les énergies renouvelables ne sont pas une priorité ». « Aujourd’hui, nous sommes sous contraintes financières, si nous devons réaliser le programme des énergies renouvelables, nous aurons besoin de 100 milliards de dinars par an », avait-il déclaré en avril 2015, alors qu’il occupait la fonction de PDG de Sonelgaz. Après sa nomination à la tête de l’Énergie en juin 2016, il n’a pas changé d’avis, jusqu’à cette semaine.

Le changement de position de Bouterfa au sujet des énergies renouvelables semble trouver sa source dans le projet d’énergie solaire de 4000 Mégawatt que l’Algérie compte lancer « incessamment » et pour lequel le gouvernement cherche à solliciter les investisseurs dans un contexte peu favorable.

Les déclarations de Bouterfa ne relèvent pas donc d’une stratégie réfléchie pour développer le renouvelable et préparer l’après pétrole. Ce qui aurait été étonnant de la part d’un ministre, sans vision, ni stratégie.

Pour l’Algérie, ce revirement représente la consécration d’au moins sept années de tâtonnement gouvernemental dans la politique énergétique du pays.  Des années précieuses perdues à changer de stratégie au gré du vent et des pressions politiques, internes comme externes.

Raisons obscures

Pour des raisons encore obscures aujourd’hui, l’ambitieux projet Desertec a été totalement abandonné par les autorités algériennes. Certaines rumeurs susurrent que le projet aurait été torpillé par l’ancienne puissance coloniale, d’autres évoquent les pressions des groupes pétroliers face à l’éventualité qu’un tel projet d’énergie propre puisse voir le jour. Quelle que soit la raison, le projet Desertec, qui était censé permettre à l’Algérie de s’extirper de sa dépendance énergétique aux hydrocarbures et de devenir un grand fournisseur d’électricité de l’Europe, demeure au point mort.

La politique de la girouette

Élément symptomatique de la girouettisation de la politique énergétique du gouvernement algérien, est l’affirmation de Nourredine Bouterfa que « l’Algérie a adopté en la matière une stratégie qui s’adaptera à tous les cas de figure, suivant les études qui seront réalisées et les besoins des marchés mondiaux ».

En d’autres termes, le gouvernement n’est absolument pas convaincu de la voie des énergies renouvelables qu’il est en train de prendre, et semble d’ores et déjà prêt à changer de direction. À force de suivre le sens du vent, le gouvernement ferait peut-être mieux de se spécialiser dans l’énergie éolienne.

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