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Les habitants de Ouargla manifestent : « Nous demandons notre part de la fiscalité pétrolière »

Les habitants de Ouargla manifestent : « Nous demandons notre part de la fiscalité pétrolière »

Un sit-in a été organisé ce samedi 15 septembre à la place El Houria (El Hadjra) de Ouargla par des milliers de personnes pour protester contre le manque de projets de développement dans cette wilaya pétrolière du Sud du pays.

Ce sit-in, initié par des associations et des activistes de la société civile, est intervenu quelques jours après un rassemblement durant lequel des habitants de Ouargla ont dénoncé les propos tenus par le ministre de la Santé et de la Population, Mokhtar Hasbellaoui, le 4 septembre 2018, après le décès de l’universitaire Aicha Aouissat, suite à une morsure de scorpion.

©DR

Au lieu de reconnaître la mauvaise prise en charge de la patiente à l’hôpital en raison du manque de sérum antiscorpionique , le ministre a préféré botter en touche en évoquant  « le gentil monde animal ». « L’animal fait du mal à l’Homme quand il est menacé », a-t-dit.

Des déclarations qui ont provoqué beaucoup de moqueries sur les réseaux sociaux mais aussi une vague de colère à Ouargla et dans toutes les régions où les piqûres de scorpions font des ravages, notamment en été.

Un projet de CHU gelé

La question de l’absence d’un grand hôpital dotée de tous les équipements nécessaires a été mise en avant par les protestataires. « À Ouargla, le projet d’un CHU est gelé depuis 2013. À cette date, il y a eu des manifestations à Ouargla. Ce projet n’est finalement que l’encre sur du papier. L’hôpital Mohamed Boudiaf manque de spécialistes et de matériel. C’est un ancien hôpital qui souffre d’exiguïté. On évoque aussi des affaires de corruption liées à sa gestion. Les gens en parlent à Ouargla », souligne Abdelmalek Ibek, un des animateurs du mouvement citoyen à Ouargla. Selon lui, il n’y a qu’une seule faculté de médecine dans toute la wilaya de Ouargla.

Une banderole qui évoque le chômage à Ouargla-©DR

Les manifestants ont également demandé la création d’un centre anticancéreux, la construction d’un hôpital pour les grands brûlés, la réactivation du centre des services médicaux de la CNAS et l’instauration du régime 24/24 dans les centres sanitaires des zones éloignées.

« Où est l’instruction Sellal ? »

Les manifestants ont brandi des pancartes critiquant les sociétés pétrolières qui ne recrutent pas les jeunes de la région. Ils ont appelé à l’application de l’instruction d’Abdelmalek Sellal (ex-Premier ministre) de mars 2013 relative à la gestion de l’emploi dans les wilayas du sud du pays. Cette instruction ordonne aux entreprises implantées dans les wilayas, « y compris celles dont les sièges sociaux se trouvent hors de ces wilayas » de recruter de la main d’œuvre locale en priorité et d’assurer la formation aux agents « insuffisamment qualifiés ».

Le droit à la vie réclamé à Ouargla- ©DR

Selon le même document, le recrutement en dehors de la wilaya doit faire l’objet d’une dérogation exceptionnelle du wali dans le seul cas de « l’indisponibilité des profils demandés sur le marché du travail local ». « Où est l’instruction Sellal ? Les choses n’ont pas évolué. En 2013, le Comité des chômeurs (du Sud) avait demandé de revoir les textes coercitifs pour les entreprises qui ne respectent pas la loi. Et bien, il est toujours demandé à ces entreprises de payer des amendes dérisoires de 3 ou 5000 dinars. Nous demandons la révision de la loi sur le travail et le changement de la politique de l’emploi en impliquant les chômeurs », ajoute Abdelmalek Ibek.

©DR

Les manifestants ont évoqué l’échec de la gestion de l’antenne locale de l’ANEM (Agence nationale de l’emploi) et ont parlé de 1785 unités économiques pouvant embaucher 17000 chômeurs à Hassi Messaoud.

« les portes du dialogue fermées »

« Le grand problème est que les portes du dialogues demeurent fermées. Nous voulons discuter directement avec les autorités locales et nationales. En 2013, ils ont manœuvré pour dire qu’ils avaient trouvé un terrain d’entente avec les chômeurs. Ici, le wali est dépassé. Depuis plus de 5 ans, aucun logement n’a été distribué à Ouargla. Il y a une véritable mafia qui profite des projets. Les élus de l’APW et de l’APC font des affaires avec les entrepreneurs »,accuse Abdelmalek Ibek.

Une campagne de nettoiement a été organisée après le sit-in – ©DR

Dans une déclaration rendue publique après le sit-in, les contestataires dénoncent, la marginalisation de Ouargla et disent qu’ils ne sont prêts à discuter qu’avec les hautes autorités de l’État. « Nous sommes sortis pour refuser cette exclusion que nous avons constatée dans les propos de hauts responsables de l’État. Certains nous ont accusé d’être « un groupuscule », d’autres nous ont traité de « reptiles », de « rats » et de « perturbateurs ». Nous n’acceptons plus ces insultes. On veurt nous mettre dans le bas du tableau du développement alors que cette wilaya historique, arrosée par le sang des Martyrs (de la Guerre de libération nationale), est l’artère principal de l’économie nationale », est-il mentionné.

« Faire de Ouargla une capitale économique »

Il est rappelé que Ouargla est riche en pétrole et en eaux souterraines et possède de grandes réserves d’énergie solaire. « Tout pour faire de Ouargla la capitale économique de l’Algérie. Nous voulons être traités en tant que tels. Il y a du pourrissement dans les différentes directions exécutives de la wilaya, incapables d’accompagner le développement. C’est le résultat de la faiblesse des responsables locaux à leur tête le wali qui n’existe que dans les pages de Facebook. Nous demandons le départ du wali et de tous les responsables qui ont échoué », est-il souligné dans la même déclaration.  Un appel est lancé aussi pour faire de la date du 27 février 1962, une fête nationale « pour l’unité nationale ».

Une campagne de nettoiement a été organisée après le sit-in de Ouargla – ©DR

Le 27 février 1962 des manifestations populaires ont été organisées à Ouargla pour dénoncer le projet colonial français de séparer le Sahara du reste du pays. « Nous demandons aussi que les grandes installations pétrolières portent le nom de nos chouhada et nos moujahidine », est-il exigé dans la déclaration du 15 septembre.

Dans le même texte, il est demandé l’achèvement de la première tranche du tramway, la construction d’un aéroport civil et la poursuite du projet de chemins de fer.  « Nous voulons que vous récupériez le foncier agricole que vous avez donné à des exploitants en dehors de la wilaya en milliers d’hectares en gagnant des milliers de milliards (de centimes). Nous avons toutes les preuves. Aucun hectare n’a été exploité. Redonnez la terre aux fellahs de la wilaya et reprenez le soutien au palmier et aux travaux de forages », est-il revendiqué.

Plusieurs banderoles levées au sit-in de Ouargla – ©DR

Réhabiliter les cadres de Ouargla

Les manifestants demande aussi que les sièges sociaux des sociétés pétrolières soient transférés à Ouargla et que les cadres issus de la wilaya soient réhabilités en les nommant dans les postes supérieurs de l’État (ministres, ambassadeurs, walis, directeurs exécutifs).  « Les sociétés pétrolières n’ont jamais nommé un cadre de Ouargla dans un poste de directeur. Pourquoi cette exclusion ? (…) Nous demandons notre part de la fiscalité pétrolière, particulièrement la TAP (taxe sur l’activité professionnelle). Nous demandons aussi que les logements soient construits par des sociétés étrangères qualifiées selon les exigences et la nature de la région », est-il encore écrit dans la déclaration.

Les manifestants ont été empêchés, selon une source locale, d’organiser une marche vers le siège de la wilaya alors qu’un dispositif policier impressionnant a quadrillé les lieux. « Nous n’avons jamais vu cela par le passé. Toutes les rues ont été fermées. Habituellement, la police était présente en surveillant les lieux de loin. Sous pressions, les gens voulaient faire une marche. Ce n’était pas possible face à la forte présence policière », a relevé Abdelmalek Ibek.

Les protestataires menacent d’aller vers l’escalade « les prochaines semaines » si leurs revendications ne sont pas prises en charge par les autorités.

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