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Les propos de Messahel sur le Maroc créent des fissures parmi les partis du pouvoir

Le ministre des Affaires étrangères Abdelkader Messahel a provoqué un incident diplomatique le 20 octobre dernier, en accusant le Maroc de blanchir l’argent du haschisch en Afrique via ses banques…

Les propos de Messahel sur le Maroc créent des fissures parmi les partis du pouvoir
Aicha Merabet
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Le ministre des Affaires étrangères Abdelkader Messahel a provoqué un incident diplomatique le 20 octobre dernier, en accusant le Maroc de blanchir l’argent du haschisch en Afrique via ses banques et sa compagnie aérienne nationale. « Le Maroc recycle en réalité l’argent du haschisch via ses banques dans le continent », a affirmé Messahel lors d’un débat avec les chefs d’entreprises durant l’université d’été du FCE.

Le chef de la diplomatie algérienne a ajouté que la compagnie Air Maroc « ne transporte pas uniquement des voyageurs », une déclaration volontairement ambiguë qui ne précise pas quelle était la nature du contenu transporté.

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Sans surprise, les propos de Messahel ont déclenché l’outrage des autorités et médias marocains. Le chargé d’Affaires de l’Ambassade d’Algérie à Rabat a été convoqué par le ministère des Affaires étrangères marocain dès le soir des déclarations de Messahel. Des déclarations jugées par le Maroc de « gravissimes », « irresponsables », voire « enfantines ».

« Les propos tenus par le ministre algérien sur des institutions bancaires et la compagnie aérienne nationale, témoignent d’une ignorance aussi profonde qu’inexcusable des normes élémentaires du fonctionnement du système bancaire et de l’aviation civile, tant à l’échelon national qu’international », a affirmé la diplomatie marocaine. Le Maroc a en outre pris la décision de rappeler son ambassadeur à Alger pour consultation.

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Si l’outrage est clair et palpable du côté marocain, les propos du ministre des Affaires étrangères avaient cependant trouvé dans les jours qui suivent plusieurs soutiens du côté algérien. Le quotidien étatique El Moudjahid, porte-flingue du pouvoir sur les sujets trop sensibles pour être abordés publiquement, a ainsi repris sans ambiguïté à son compte les accusations du chef de la diplomatie, les qualifiant de « vérité concernant notre voisin de l’Ouest, connue et partagée par l’ensemble des organismes qui luttent contre le trafic de drogue de par le monde ».

Abdelkader Messahel a également trouvé un soutien de taille du côté de son Premier ministre, Ahmed Ouyahia. « Si nos voisins s’émeuvent, tant pis pour eux, et tant mieux pour nous », a déclaré Ouyahia dans un entretien accordé à la Radio Chaîne III, où il s’exprimait en tant que chef de son parti, le RND.

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Si un éventuel désaveu du Premier ministre envers l’un des ministres régaliens du gouvernement aurait fait l’effet d’une onde de choc quant à l’avenir de Messahel, le soutien apporté publiquement par Ouyahia ne permet toutefois pas de considérer que la situation de Messahel au gouvernement demeure stable. Plusieurs signaux envoyés par des satellites du pouvoir laissent en effet présager de potentielles conséquences.

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Un des signaux est parvenu de la part d’Abdelaziz Belaid, président du Front El Mostakbel, parti du système qui exerce une opposition de façade. Abdelaziz Belaïd a en effet critiqué les attaques d’Abdelkader Messahel contre le Maroc, affirmant que « la diplomatie est un art » et que « toutes les déclarations et propos doivent être étudiés, particulièrement avec un pays frère et voisin et lorsqu’il y a une grande sensibilité. Je pense que ce n’était pas le moment opportun ». Malgré les précautions et la diplomatie mis en place, le tacle contre le ministre est net.

Cependant, le signal le plus révélateur provient de Djamel Ould Abbes, leader du FLN, premier parti d’Algérie. Sur le sujet des propos de Messahel sur le Maroc, Ould Abbes a en effet fait preuve d’une grande prudence qui tranche par rapport à son zèle habituel. « Nous avons écouté ses déclarations et nous attendons l’évolution de la situation […] Messahel est responsable devant le président de la République qui dirige la diplomatie algérienne », a déclaré le secrétaire général du FLN.

Ould Abbes, dont l’allégeance maladive au président Bouteflika n’est plus à démontrer, aurait-il eu vent d’un éventuel agacement caractérisé de la présidence suite aux déclarations de Messahel ? À moins que la prudence du secrétaire général du FLN ne soit due au fait que les propos de Messahel soient à ce point difficilement défendables, surtout lorsque prononcés par celui qui est censé être le chef de la diplomatie algérienne ? Dans la réponse à ces questions réside peut-être le futur sort du ministre des Affaires étrangères.

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