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« Les réalités financières actuelles ne permettent plus de maintenir le niveau élevé de dépenses publiques »

« Les réalités financières actuelles ne permettent plus de maintenir le niveau élevé de dépenses publiques »

Quel est votre commentaire sur la composante de la nouvelle équipe gouvernementale ?

Kamal Kheffache, économiste. La nouvelle composante du gouvernement instituée par le président Abdelmadjid Tebboune, juste après son investiture, renferme des compétences avérées. C’est un exécutif technocrate. Dans l’immédiat, j’estime qu’il est prématuré d’apporter des jugements, donc à mon avis, il faut donner la chance à ce nouvel exécutif pour prouver son efficacité sur le terrain à relever les défis dans une conjoncture actuelle très délicate.

Les départements de l’industrie, du commerce et des finances sont particulièrement appelés à jouer dans cette conjoncture particulière. Quels sont les défis auxquels les nouveaux ministres seront confrontés ?

Dans le contexte actuel, où l’économie nationale très dépendante des hydrocarbures, vulnérable à toute chute durable du prix du baril et affectée par une administration statique qui a freiné le développement des entreprises et empêché l’émergence d’une économie diversifiée permettant de créer des emplois, les départements en charge de l’industrie, du commerce et des finances sont les plus sollicités pour jouer un rôle moteur pour relever les défis d’assurer la croissance du PIB, équilibrer la balance des paiements.

En matière d’industrie, le nouveau ministre est appelé à mettre en œuvre des stratégies de croissance du secteur orientées vers la diversification économique et le renforcement des capacités d’intégration économique et de création d’emplois dans le but de réduire la dépendance de l’économie nationale à l’égard des hydrocarbures, consolider le système productif et impulser ainsi un nouveau régime de croissance.

Il existe de nombreux gisements de productivité qui peuvent être mis à contribution dans une optique de pleine utilisation des capacités, particulièrement en ce qui concerne le facteur humain et l’outil de production.

Pour atteindre les objectifs de croissance du secteur industriel, il faudra impérativement instaura un climat des affaires favorable aux investissements de création, d’extension ou de réhabilitation, en commençant tout de suite par la révision des dispositifs réglementaires et administratifs existants.

En matière de commerce, le nouveau ministre est appelé à redynamiser la sphère commerciale par l’accélération de la réalisation d’un nombre important de marchés de gros et de proximité en vue de contribuer au renforcement des réseaux de distribution.

Aujourd’hui, le parc de marchés qui n’est constitué que de 2.000 espaces environ répartis à travers le territoire national est très insuffisant. Ce qui provoque des perturbations récurrentes constatées en matière de disponibilité des produits et des prix pratiqués. Pour répondre aux besoins des opérateurs et des populations, les responsables du secteur sont contraints de réaliser d’autres espaces commerciaux.

D’autres défis majeurs à relever notamment l’éradication du phénomène du commerce informel et la lutte contre les spéculations sur les prix de certains produits de large consommation non subventionnées spécialement les légumes.

L’autre défi auquel sont confrontés les responsables du secteur est la révision de la Stratégie Nationale d’Exportation en l’inscrivant comme une priorité nationale pour un redéploiement des exportations hors hydrocarbures. Aussi, il est recommandé de lever les contraintes à l’export pour stimuler activement les initiatives des opérateurs nationaux, instaurer un dispositif de services d’appui à l’export complet performant et mettre en place un système de gouvernance des activités liées à l’export.

Et enfin, en matière de finances, la nécessité de réduire le déficit budgétaire revêt un caractère d’urgence. Les réalités financières actuelles ne permettent plus de maintenir le niveau élevé de dépenses publiques, comme cela été le cas durant les années précédentes.

Depuis des années, les gouvernements successifs ont tenté d’initier des réformes et de rééquilibrer les finances publiques, mais en vain. Le ministre actuel est appelé à être plus transparent et à communiquer sur les difficultés financières du pays, à consulter le maximum possible d’acteurs socio-économiques et d’experts pour se concerter et trouver des solutions adaptées.

Les profils des trois titulaires de ces portefeuilles ministériels sont-ils adaptés aux missions qui leur sont dévolues ?

Il est encore trop tôt pour se prononcer sur l’évaluation des compétences des titulaires de ces trois portefeuilles ministériels. Néanmoins, à mon avis, leurs profils sont adaptés. Certes, les défis à relever et les enjeux sont importants, mais il faut leur faire confiance pour tenter de relancer l’économie nationale en mettant en place les politiques et les stratégies les plus appropriées, en s’appuyant sur les compétences tant en interne et qu’en externe.

Le nouveau gouvernement aura-t-il les coudées franches pour affronter les défis futurs ?

Aujourd’hui notre pays est devant des défis futurs majeurs qui consistent prioritairement en le recouvrement de la confiance de la population, puis en la relance de l’économie nationale pour rééquilibrer les principaux indicateurs macro-économiques, tels que le taux de croissance du PIB (Produit Intérieur Brut), le taux de chômage, le taux d’inflation et le niveau de balance des paiements. Pour affronter ces défis et sortir notre pays de la crise qu’il traverse, suite à la chute drastique du prix du pétrole, entamée depuis juin 2014 et qui n’arrive pas à se stabiliser aux prix favorables au redressement de l’équilibre de notre balance commerciale, le nouvel exécutif est appelé à collaborer avec l’ensemble des compétences nationales résidentes et non résidentes (la diaspora à l’étranger), et pour ce faire, il a fortement besoin d’avoir les coudées franches.

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