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L’urgence d’un gouvernement de vraies compétences

L’urgence d’un gouvernement de vraies compétences

Les Algériens s’apprêtent à manifester demain pour le seizième vendredi consécutif depuis le 22 février. Pour cette première manifestation populaire d’après-Ramadhan, la mobilisation devrait être au rendez-vous, avec toujours les mêmes slogans : le rejet d’une transition gérée par les symboles du système, incarnés par les 2B ; Abdelkader Bensalah et Noureddine Bedoui.

Au-delà des considérations politiques liées à la gestion de la transition, le départ de Noureddine Bedoui et de son gouvernement constitue désormais une urgence au regard de la situation économique. Les derniers indicateurs dévoilés cette semaine le confirment : la situation est grave.

Les réserves de change continuent de fondre à un rythme inquiétant, légèrement au-dessus de 71 milliards de dollars actuellement, selon nos sources. Les diminutions annuelles des réserves de change, liées aux déficits du solde global de la balance des paiements, traduisent, selon la Banque d’Algérie, l’excès de la dépense intérieure brute de l’ensemble des agents économiques sur le revenu national, c’est-à-dire l’excès des importations sur les exportations. C’est une autre manière de souligner l’échec total du gouvernement en matière de réduction des importations.

Pour ne rien arranger, les cours du pétrole plongent : le baril a perdu plus de 8% de sa valeur ces cinq derniers jours. En mai, il a enregistré sa première baisse mensuelle en 2019 (-15%).

Les données de la géostratégie internationale ne plaident pas pour une embellie à court et même à moyen termes. L’économie chinoise, l’un des premiers facteurs dopants des prix du pétrole, est affectée par la guerre commerciale avec les Etats-Unis de Donald Trump. Ce dernier, qui a bâti sa campagne en 2016 sur entre autres la promesse d’un pétrole pas cher, s’apprête à annoncer cet été sa candidature pour un autre mandat sans doute avec le même engagement d’empêcher les prix de s’envoler.

En cela, Trump pourra toujours compter sur l’aide précieuse de l’Arabie saoudite, premier exportateur mondial d’or noir, hantée par l’épouvantail iranien. Riyad a besoin d’un nouveau mandat de quatre ans pour Trump. Il n’hésitera pas à inonder le marché pétrolier pour soutenir son candidat.

C’est donc logiquement que la Banque mondiale revoit ses calculs pour l’économie algérienne. Dans son dernier rapport publié cette semaine, elle prévoit un taux de croissance à 1.9% en 2019, soit -0,4% par rapport à la prévision de janvier dernier. Pour 2020 et 2021, les prévisions sont revues à la baisse à peu près dans les même proportions.

| LIRE AUSSI : Pourquoi les réserves de change vont continuer à diminuer rapidement

Un Exécutif qui traîne plus de boulets qu’il n’en a d’atouts

Dans ce contexte, les perspectives sont sombres pour l’économie nationale et le moins que l’on puisse dire est que le gouvernement actuel est très peu outillé pour redresser la barre et éviter au pays de foncer droit dans le mur. Il traîne plus de boulets qu’il n’en a d’atouts.

Il y a d’abord son impopularité qui a atteint des pics qu’aucun Exécutif n’a connus depuis l’indépendance. Nommé par Bouteflika la veille de sa démission le 2 avril, le gouvernement Bedoui est perçu par la rue comme un vestige du pouvoir de l’ancien président et son départ, avec celui du chef de l’Etat par intérim, est depuis en tête des revendications des manifestants chaque vendredi.

En trois mois, le Premier ministre n’a eu que deux activités publiques, une conférence de presse calamiteuse et un déplacement en Arabie saoudite, pendant que ses ministres se faisaient chahuter partout où ils mettaient le pied à travers le territoire national.

Le gouvernement Bedoui n’est pas seulement impopulaire, il pèche aussi par l’incompétence de ses membres. Un comble pour un cabinet censé être de « compétences nationales », tel que promis par Bouteflika le jour de son renoncement au cinquième mandat et la nomination de Noureddine Bedoui à la place d’Ahmed Ouyahia, le 11 mars.

Devant l’ampleur de la défiance populaire, les « compétences » ne se sont pas bousculées pour les maroquins de l’ancien ministre de l’Intérieur, contraignant ce dernier à constituer un cabinet mosaïque fait de fonctionnaires et de ministres excentriques.

L’échec le plus retentissant c’est celui du ministre du Commerce, un rescapé du gouvernement Ouyahia. Saïd Djellab a essuyé un pied de nez de la part des contrôleurs des prix qui ont fait grève le jour où devait entrer en vigueur son incompréhensible décision de plafonner les prix de certains produits alimentaires.

Pour la facture des importations, le gouvernement a plus tâtonné qu’agi avec stratégie. Depuis un an, ce même ministre a testé plusieurs formules, sans aucun succès : interdiction d’importer certaines marchandises puis ouverture total avec des taxes élevées sur certains produits… Pour les exportations, il a tout misé sur la Mauritanie et le Niger, deux pays qui ont plus besoin d’aide que d’être considérés comme des marchés à fort potentiel pour nos produits.

Par ailleurs, l’horizon économique et social s’assombrit davantage avec le climat de défiance généralisée induit par la vague d’arrestations dans les rangs des hommes d’affaires, dont certains sont de gros employeurs.

C’est toute la machine économique hors-hydrocarbures qui se trouve freinée par l’hésitation des managers à prendre des décisions lourdes, des banques à accorder des crédits et même des partenaires étrangers du pays à s’engager sur quoi que ce soit dans un climat d’incertitude politique.

Sans être une panacée, le changement de gouvernement s’impose pour laisser une chance à la situation politique de se décanter et à la machine économique de reprendre au moins le rythme d’avant le 22 février.

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