
Discours émouvant et historique prononcé ce samedi par le maire de Paris Emmanuel Grégoire en hommage aux victimes des massacres du 17 octobre 1961, avec une mise garde claire dans un contexte de montée en puissance du discours de haine et de l’extrême droite en France.
La cérémonie de commémoration de ce massacre a eu lieu au Pont Saint-Michel, dans la capitale française, en présence de parlementaires, dont le sénateur écologiste Akli Mellouli, et de nombreuses personnalités, parmi lesquelles Ségolène Royal et Chems-Eddine Hafiz, le recteur de la Grande mosquée de Paris.
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Un jour particulier “pour l’Algérie, pour la France et pour Paris”
Dans un long discours, le maire socialiste a évoqué un jour “si particulier pour l’Algérie, pour la France et pour Paris”, une date où l’histoire commune entre l’Algérie et la France “s’est écrite, comme tant d’autres fois, dans le sang”.
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Il y a 65 ans, a-t-il rappelé, entre 20 000 et 30 000 hommes, femmes et enfants d’origine algérienne, ont quitté “les bidonvilles dans lesquels on les a parqués” pour monter à Paris dénoncer un “couvre-feu illégal” qui leur était imposé exclusivement.
Ils étaient “des Français Musulmans d’Algérie comme on les appelle alors, qui sont français depuis presque 100 ans, mais qui ne seront jamais des citoyens à part entière”, a encore souligné l’élu. Deux semaines plus tôt, a-t-il encore rappelé, le préfet de police Maurice Papon déclarait aux obsèques d’un policier assassiné : “Pour un coup donné, nous en porterons dix”.
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“Une rafle comme aux pires heures de notre histoire”
“Ce soir-là, les forces de l’ordre n’ont pas attendu qu’un coup soit donné pour en porter dix, cent, mille, des dizaines de milliers de coups qui pleuvent sur un peuple en quête de reconnaissance et de liberté”, a dénoncé le premier responsable de la capitale française.
Le maire décrit une violence qui “se déchaîne”, “les coups, les corps à terre et le sang qui commence à couler”, “une rafle comme aux pires heures de notre histoire”, “un bain de sang qui est la marque du maintien de l’ordre colonial”.
Au total, 11 578 personnes sont arrêtées. Soixante-cinq ans après, il manque toujours le nombre de morts “100, 200 ou plus encore”, “le nom de ces femmes et de ces hommes, leur identité, leur histoire” et “les circonstances exactes de leur mort”.
Ce qui manque aussi aujourd’hui, “c’est une voix, celle de la France”, a dit Emmanuel Grégoire, estimant qu’il ne s’agit pas d’un oubli, mais d’un “effacement, une dissimulation, un mensonge d’État pour cacher un crime d’État”.
Cette même violence revient aujourd’hui “attisée par le discours de haine”
Réitérant l’appel qu’il a lancé cette semaine avec une trentaine de maires pour “la reconnaissance pleine et entière du massacre du 17 octobre 1961 comme un crime d’État”, Grégoire a indiqué qu’il faut “regarder notre histoire en face, même quand elle nous fait honte”, car, a-t-il poursuivi, “prolonger le silence qui a suivi le massacre des Algériens, c’est faire de nous les complices de ce crime quand nous n’en sommes que les héritiers”.
Le maire a invoqué l’histoire avec un clin d’œil à l’actualité en rappelant que “ce massacre n’est pas seulement lié à la guerre d’indépendance algérienne”, mais “remonte bien plus loin dans la culture française de l’autorité et de l’ordre, dans l’histoire de l’extrême droite”.
C’est cette même violence qui “revient aujourd’hui décomplexée, débridée, attisée par les discours de haine qui ne retiennent plus leurs mots”. Or, a mis en garde le maire de Paris, “quand on ne retient plus ses mots aujourd’hui, on ne retiendra pas ses coups demain”.
Alors que l’extrême droite est plus que jamais aux portes de l’Élysée, Emmanuel Grégoire a adressé un message à celles et ceux qui disent : « on n’a jamais essayé », en leur affirmant : « il faut leur rappeler l’affaire Dreyfus, il faut leur rappeler la ligue d’action française, il faut leur rappeler la collaboration, il faut leur rappeler Vichy, il faut leur rappeler l’OAS, il faut leur rappeler le 17 octobre 1961 ».
Pour Emmanuel Grégoire, le 17 octobre 1961, « doit entrer dans la mémoire de France comme elle a trouvé sa place dans la pierre de Paris ». « Le sang des Algériens qui a rougi la Seine ce soir-là, doit maintenant noircir les pages de nos livres d’histoire », a-t-il soutenu, en appelant à faire de ce 17 octobre un « jour de commémoration nationale ».
Présente sur les lieux, Ségolène Royal a salué le « message fort et émouvant » du maire de Paris Emmanuel Grégoire, pour les « nombreuses victimes algériennes et françaises de la sanglante répression, crime d’État du préfet Papon contre une manifestation« .