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Montage automobile : les leçons d’une nouvelle crise

Depuis une semaine, le secteur automobile est au cœur d’une nouvelle polémique. La publication par le ministère de l’Industrie des prix « sortie d’usine » des véhicules montés en Algérie a révélé des écarts importants entre ces derniers et ceux payés pour l’acheteur final. Ce qui a suscité des réactions de colère et d’indignation.

Les Algériens estiment qu’il est inconcevable de payer des voitures produites localement à des prix qu’ils jugent exorbitants surtout quand ils les comparent à ceux pratiqués dans d’autres pays.

En rendant publics les prix « sortie d’usine » des véhicules montés en Algérie, le gouvernement avait une idée derrière la tête : montrer du doigt les « vrais responsables » de l’emballement des prix sur le marché automobile. Et l’objectif est atteint. Ce n’est plus la stratégie du gouvernement qui est pointée du doigt mais les marges insolentes des acteurs du secteur.

Sur les réseaux sociaux, les appels au boycott des véhicules « made in bladi » se multiplient. Même si leur impact commercial a peu de chances d’être important, ces appels vont ternir encore plus l’image de l’industrie de montage que le gouvernement tente d’installer parfois contre toute logique industrielle ou économique.

L’activité de montage automobile partait déjà avec de nombreux handicaps – taux d’intégration très faible, coûts élevés… -, elle n’avait sans doute pas besoin d’une « nouvelle affaire ». Or, en publiant les prix sortie d’usine, le gouvernement a discrédité un peu plus cette activité à un moment où elle avait besoin d’être confortée et renforcée.

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Mais si le gouvernement a réglé un problème de communication, en dégageant sa responsabilité de la hausse des prix, cet épisode a illustré son incapacité à instaurer des systèmes de régulation fiables. En bloquant les importations et en limitant parallèlement le nombre de véhicules montés localement, le gouvernement a créé de fait une situation de pénurie, propice à la spéculation et à l’emballement des prix. Et on peut difficilement reprocher à des concessionnaires de chercher à gagner de l’argent. L’automobile n’est pas un produit de première nécessité dont les prix doivent être régulés. En Algérie, c’est un produit de confort, voire de luxe.

La situation actuelle illustre également les limites de la stratégie des autorités face au déficit de la balance commerciale. Comme pour le ciment et d’autres produits, le gouvernement a pensé pouvoir régler le problème des importations de véhicules en « produisant localement ».

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À première vue, l’équation est intéressante : produire localement en dinars va faire baisser mécaniquement la facture des importations. Mais les autorités n’ont pas pris en compte l’ensemble des paramètres : taux d’intégration très faible, surfacturation… Du coup, produire localement n’est pas forcément synonyme de réduction des coûts ni surtout de baisse de la facture des importations. Bien au contraire : un véhicule produit dans une usine de montage coûte plus cher que s’il était directement importé.

Le gouvernement affirme que c’est « le prix à payer pour asseoir une véritable industrie automobile compétitive et réelle ». C’est une logique qui peut être défendue à une seule condition : que ce prix qui sera payé donne des résultats concrets. Un objectif qui sera difficile à atteindre vu le mauvais départ qui a été pris.

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