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Mourir seul, loin de ses proches, une épreuve qui appelle notre solidarité

Azzédine Gaci, recteur de la mosquée de Villeurbanne, pose la problématique de la solitude des aînés qui meurent seuls en France et propose des pistes pour leur prise en charge.

Mourir seul, loin de ses proches, une épreuve qui appelle notre solidarité
Le recteur de la mosquée de Villeurbanne, pose la problématique de la solitude des aînés qui meurent seuls en France/pexels-kindelmedia-8172607
Azzedine Gaci
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À l’approche de la Toussaint, ce dimanche 1er novembre, des milliers de Français se rendent dans les cimetières pour honorer leurs défunts. Des fleurs déposées sur une tombe, un regard posé sur une pierre, des souvenirs qui resurgissent : ces gestes rappellent une vérité profonde. Nous ne sommes pas faits pour oublier ceux que nous avons aimés.

Mais que deviennent celles et ceux qui meurent sans personne à leurs côtés ? Sans une main à tenir, sans une voix familière pour les rassurer, sans un proche pour accompagner leurs derniers instants ?

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Mourir seul est déjà une épreuve douloureuse. Mais lorsque l’identité d’une personne demeure inconnue, que ses proches ne peuvent être retrouvés ou que ses dernières volontés ne sont pas connues, une difficulté supplémentaire apparaît : comment garantir le respect de sa dignité et de ses convictions jusque dans la mort ?

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Pour un musulman, cette situation peut également soulever la question de l’accomplissement des rites funéraires auxquels il était attaché.

Cette réalité concerne notamment des personnes âgées, des personnes immigrées, des personnes malades ou des individus progressivement coupés de leurs proches. Derrière ces situations, il y a des vies, des parcours et des histoires que l’isolement ne devrait jamais effacer.

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Mohamed, 78 ans, et le risque de mourir dans la solitude

Imaginons le cas de Mohamed, 78 ans, originaire de Batna, en Algérie, installé à Lyon depuis 1970. Un matin, alors qu’il sort acheter une baguette, il est percuté par une voiture. Transporté aux urgences, il meurt quelques heures plus tard. Sans document d’identité, son identité n’est pas immédiatement établie. Aucun proche ne se manifeste dans l’immédiat.

Derrière cet homme, il y a pourtant toute une vie : une enfance, des souvenirs, des années de travail, des joies et des épreuves, entre la France et l’Algérie.

Lorsqu’aucun proche ne peut être retrouvé ou mobilisé, les démarches nécessaires à l’organisation des obsèques peuvent devenir plus complexes. Sans informations sur l’identité, les convictions ou les volontés du défunt, il est plus difficile de s’assurer que ses souhaits seront pris en considération.

Qui veillera à ce que sa dépouille soit traitée avec respect ? Qui pourra organiser la toilette rituelle, la prière funéraire et l’inhumation selon le rite musulman ? Qui s’assurera que ses volontés soient prises en considération ?

La dignité ne s’arrête pas au dernier souffle

Dans la tradition musulmane, la dignité du défunt demeure une responsabilité pleine et entière pour les vivants. La toilette mortuaire, le linceul, la prière funéraire et l’inhumation témoignent du respect dû à la personne, quelle que soit son origine ou sa situation sociale.

L’absence de proches immédiats ne signifie pas pour autant que ces rites sont impossibles. Des mosquées, des associations et des professionnels peuvent y contribuer. Encore faut-il que les convictions du défunt soient connues et que les acteurs concernés puissent se coordonner.

Accompagner un défunt, c’est reconnaître qu’une vie a compté. Mais cette responsabilité ne peut reposer uniquement sur la bonne volonté de quelques bénévoles. Elle exige une organisation et une mobilisation durables.

Savons-nous repérer ceux qui ne fréquentent plus nos mosquées, qui vieillissent seuls, qui sont malades ou qui n’ont plus de contacts réguliers avec leurs proches ? Une communauté ne se mesure pas seulement à sa capacité de rassembler, mais aussi à l’attention qu’elle porte aux plus isolés.

Transformer la solidarité en action

Il est urgent de structurer notre action. Les mosquées et les associations musulmanes ont un rôle clé à jouer : renforcer les visites aux personnes isolées, désigner des référents pour les décès sans proches identifiés et nouer des partenariats pérennes avec les services sociaux, les établissements de santé, les collectivités et les professionnels du funéraire.

Il est également essentiel d’informer les fidèles sur les démarches permettant de faire connaître leurs volontés funéraires de leur vivant. Une meilleure coordination entre les acteurs concernés faciliterait leur prise en compte et le respect des convictions de chacun.

Ne laissons personne mourir dans l’oubli

La Toussaint nous invite à nous souvenir de nos morts, mais elle doit aussi nous inciter à regarder celles et ceux qui risquent de quitter ce monde sans témoin ni famille à leurs côtés. Nous ne pouvons empêcher toutes les morts solitaires, mais nous pouvons agir pour que l’isolement ne condamne personne à l’oubli.

Ne laissons pas nos frères et nos sœurs quitter ce monde dans l’anonymat, faute d’avoir su nous organiser pour eux. Faisons en sorte que leur dignité soit préservée et que la fraternité ne s’arrête pas au dernier souffle.

Car aucune vie humaine ne perd sa valeur lorsqu’elle s’achève. Personne ne devrait être abandonné dans l’indifférence au moment de quitter ce monde.

 

*Recteur de la mosquée de Villeurbanne

Lien permanent : https://tsadz.co/ehofu

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