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Niger : le plus dur commence après les soldats

Zaïm Bensaci, ancien président du Conseil national consultatif pour la promotion des PME, explique les enjeux économiques du déploiement d’unités de l’ANP au Niger

Niger : le plus dur commence après les soldats
Les enjeux économiques du déploiement de soldats de l'Armée algérienne au Niger / Photo : radioalgerie.dz
Zaim Bensaci
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CONTRIBUTION. Cinquante-trois ans. C’est le temps qu’il aura fallu pour que des soldats algériens servent de nouveau hors de nos frontières.

Le vote du Parlement dimanche 25 octobre est historique, et il a été salué presque à l’unanimité. Mais l’histoire ne retiendra pas le jour où l’ANP est partie. Elle retiendra ce que l’Algérie aura construit grâce à elle.

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Car ce déploiement n’est pas une fin. C’est un ticket d’entrée.

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Gazoduc transsaharien : 4 128 kilomètres de vérité

Le gazoduc transsaharien relie Warri, au Nigeria, à Hassi R’Mel. Il fait 4 128 kilomètres, dont 841 traversent le Niger. Il doit transporter 20 milliards de mètres cubes par an dans un premier temps, puis 30.

Côté algérien, les engins sont à l’œuvre depuis juin, à Aoulef. Côté nigérien, on en est encore aux relevés topographiques. Alger creuse, Niamey mesure. Tout l’enjeu tient dans cet écart.

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Ce tronçon nigérien est le maillon dont tout dépend. Sans lui, le plus grand projet énergétique du continent reste une belle carte accrochée au mur d’un ministère. Avec lui, l’Algérie devient le pont gazier entre l’Afrique de l’ouest et l’Europe.

La sécurité, première monnaie du Sahel

Un banquier ne prête pas dans le brouillard. Un investisseur ne signe pas là où personne ne garantit rien. Au Sahel, le premier capital n’est ni le gaz ni le pétrole : c’est la sécurité.

C’est précisément ce que l’Algérie apporte en protégeant les installations de Sonatrach, à la demande de Niamey et dans le cadre d’un accord en bonne et due forme. Le message adressé aux bailleurs, aux partenaires comme aux concurrents est limpide : ce corridor a désormais un garant.

Et la concurrence existe. Un autre tracé, atlantique, est proposé au Nigeria. Dans cette course, l’avance ne se proclame pas : elle se construit sur le terrain, kilomètre après kilomètre.

Le piège à éviter

Le Sahel a déjà connu des armées venues protéger des mines et des puits sans que la vie des habitants ne change. On connaît la suite : la méfiance, puis le rejet, puis le départ.

L’Algérie n’a pas le droit de reproduire ce scénario. Elle a un avantage que personne ne peut lui disputer : elle n’est pas une puissance lointaine, elle est un voisin. Une frontière commune, une histoire partagée, des familles des deux côtés. Cet avantage n’en restera un que s’il produit vite des résultats visibles.

Trois chantiers, tout de suite

L’emploi d’abord. Chaque puits foré à Kafra et chaque kilomètre de tube posé au Niger doivent créer des salaires, des formations et des contrats pour des entreprises nigériennes. Une infrastructure dont les populations profitent est une infrastructure qu’elles protègent elles-mêmes.

La route ensuite. La transsaharienne, le rail et la fibre optique ne sont pas des projets secondaires. Ce sont eux qui transforment un tuyau en marché. Le gaz traverse le Niger sans s’arrêter ; les camions, eux, s’arrêtent, déchargent et font vivre des villes.

Nos PME enfin, et c’est là que tout se jouera. Pour avoir présidé le Conseil national consultatif pour la promotion des PME, je connais à la fois leur potentiel et leurs freins. Sonatrach ouvre la voie, mais un grand groupe ne fait pas à lui seul une présence économique durable. Ce sont les PME qui font vivre un territoire : le BTP, la maintenance, la logistique, l’agroalimentaire, les services.

Encore faut-il leur donner les moyens d’y aller. Une PME ne s’aventure pas seule à Agadez ou à Niamey. Il lui faut une assurance-crédit à l’export adaptée au Sahel, des banques qui l’accompagnent de l’autre côté de la frontière, et la possibilité de se regrouper en consortiums pour répondre aux appels d’offres. Il faut aussi que la sous-traitance des grands projets algériens au Niger leur soit réservée en priorité. La diaspora, avec ses compétences, ses capitaux et ses réseaux, peut servir de passerelle naturelle. Elle n’attend qu’un signal.

Après les soldats, les bâtisseurs

L’ANP a ouvert la porte. Il reste à savoir qui va la franchir. Si ce sont seulement des soldats, ce déploiement restera une parenthèse sécuritaire de plus dans l’histoire du Sahel. Si ce sont aussi des ingénieurs, des entrepreneurs et des investisseurs, il marquera le début d’une ère algérienne en Afrique.

La première bataille, celle de la décision, est gagnée. La seconde, celle de l’économie, commence maintenant.

*Zaïm Bensaci est ancien président du Conseil national consultatif pour la promotion des PME


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