
Noureddine Melikechi, physicien à la Nasa, est membre du Haut Conseil des scientifiques de la communauté algérienne à l’étranger qui a été créé il y a une semaine par le président de la République, Abdelmadjid Tebboune. Ce Conseil a tenu sa première réunion dimanche 28 juin.
Dans cet entretien à TSA, M. Melikechi salue la création de cette structure et explique comment les scientifiques de la diaspora algérienne peuvent apporter leur contribution effective au développement de l’Algérie.
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Un Haut Conseil des scientifiques de la communauté algérienne à l’étranger vient d’être créé en Algérie. Quelle est votre réaction ?
Noureddine Melikechi : C’est une excellente nouvelle, et je m’en réjouis sincèrement. C’était un souhait que je portais depuis longtemps, comme beaucoup d’autres personnes d’ailleurs, aussi bien au sein de la diaspora qu’en Algérie.
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Pour moi, c’est un moment clé et historique dans la vie scientifique et technologique de notre pays. Il fallait créer un cadre structuré, crédible et durable permettant aux compétences scientifiques algériennes établies à l’étranger de contribuer plus efficacement au développement du pays.
Cette initiative du président de la République traduit une reconnaissance officielle du rôle que peut jouer la communauté scientifique algérienne à l’étranger.
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L’Algérie dispose d’un capital humain remarquable à travers le monde : des chercheurs, ingénieurs, médecins, universitaires, entrepreneurs technologiques et experts de très haut niveau. Beaucoup d’entre eux ont toujours gardé un lien fort avec leur pays d’origine et souhaitent apporter leur contribution.
Quelles sont les conditions de réussite de ce Haut conseil ?
Noureddine Melikechi : La création de ce Haut Conseil peut donc représenter une étape majeure. Elle répond à une attente réelle. Mais sa réussite dépendra de sa capacité à devenir un véritable instrument de réflexion, de conseil, de proposition et de mise en relation entre l’Algérie et ses compétences scientifiques à l’étranger. Il faudra veiller à ce qu’il ne soit pas seulement symbolique, mais qu’il produise des actions concrètes, utiles et mesurables au service du pays.
Cela n’enlève évidemment rien à l’apport immense d’autres composantes de notre diaspora, artistes, écrivains, intellectuels, entrepreneurs, professionnels de la culture, du sport, de l’économie et de bien d’autres domaines, qui contribuent, chacune à sa manière, au rayonnement de l’Algérie.
J’espère d’ailleurs qu’elles pourront, elles aussi, trouver les formes d’organisation qui leur conviennent le mieux pour renforcer leur lien avec le pays et contribuer à son développement.
Ce Conseil peut-il permettre aux scientifiques de la diaspora de participer au développement de l’Algérie ?
Noureddine Melikechi : Oui, absolument, mais à certaines conditions. La diaspora scientifique peut contribuer dans plusieurs domaines : l’enseignement supérieur, la recherche, l’innovation, la santé, l’intelligence artificielle, l’énergie, l’eau, l’environnement, l’industrie, les biotechnologies et bien d’autres secteurs stratégiques.
Mais pour que cette participation soit effective, il faut que le Conseil ait un mandat clair, des objectifs précis, un accès aux décideurs, et surtout un mécanisme de suivi.
Les scientifiques peuvent formuler des recommandations, proposer des projets, accompagner des réformes, aider à créer ou à faciliter des collaborations internationales et contribuer à renforcer une véritable culture du possible, une can do attitude.
À mon sens, c’est l’un des apports les plus importants de ce Conseil : aider à amplifier un nouvel état d’esprit, fondé sur la confiance, l’exigence, l’action, l’innovation et la conviction que l’Algérie peut produire de nouvelles connaissances, développer de nouvelles technologies et occuper une place bien plus grande dans les mouvements scientifiques et technologiques qui se dessinent.
Dans le contexte mondial actuel, extrêmement complexe, où la science, la technologie et l’innovation jouent un rôle majeur dans la souveraineté, la compétitivité et le développement des nations, cette dynamique est, à mon sens, primordiale.
Il faut éviter que ce Conseil devienne une simple instance honorifique. Sa réussite dépendra de sa capacité à produire des résultats concrets.
Ce Conseil peut-il jouer le rôle de trait d’union entre les scientifiques résidents en Algérie et ceux installés à l’étranger ?
Noureddine Melikechi : Je le pense sincèrement. Le Conseil peut jouer ce rôle de trait d’union, à condition que la relation soit fondée sur le respect, l’écoute et la complémentarité. Il ne faut surtout pas voir la diaspora comme une force extérieure qui viendrait donner des leçons.
Je suis convaincu qu’aucun membre de ce Conseil n’a cette attitude. La diaspora scientifique doit plutôt être considérée comme une extension du potentiel scientifique national, appelée à travailler avec les compétences présentes en Algérie.
Les chercheurs, ingénieurs, médecins et universitaires établis en Algérie connaissent les réalités du terrain, les contraintes institutionnelles, les besoins des universités, des laboratoires, des hôpitaux, des entreprises et de l’économie nationale.
Les scientifiques de la diaspora, eux, peuvent apporter des réseaux internationaux, des expériences différentes, l’accès à des plateformes scientifiques avancées, ainsi qu’une connaissance des standards mondiaux en matière de recherche, d’innovation et de formation.
Le Conseil peut donc aider à créer une passerelle utile entre ces deux mondes.
Mais l’essentiel est de rappeler qu’il ne s’agit pas de remplacer les compétences nationales, mais de les renforcer. Le développement scientifique et technologique de l’Algérie se fera avec les scientifiques qui travaillent en Algérie et avec ceux de la diaspora, dans une logique de confiance, de respect mutuel et de complémentarité.
Beaucoup d’Algériens de la diaspora, dont des scientifiques de renom, ont fait part de leur volonté de participer au développement de l’Algérie. Mais les actions concrètes ne suivent pas. Qu’est ce qui manque ?
Noureddine Melikechi : Je dirais que la volonté ne manque pas. Ce qui manque souvent, ce sont des mécanismes bien structurés. Beaucoup de scientifiques algériens à l’étranger veulent aider.
Mais ils ne savent pas toujours à qui s’adresser, comment proposer une contribution, quels sont les besoins prioritaires, ni comment leurs propositions seront examinées et suivies. De l’autre côté, les institutions algériennes ne disposent pas toujours d’une cartographie claire des compétences disponibles à l’étranger.
Ce Conseil pourrait réfléchir à proposer aux institutions algériennes les plus appropriées à créer des dispositifs concrets. Des exemples que d’autres pays ont choisis ne manquent pas : programmes de professeurs ou chercheurs invités, missions de courte durée, projets de recherche conjoints, co-encadrement de thèses, mentorat, soutien à l’innovation, liens avec les entreprises et plateformes numériques de collaboration.
Ce Conseil pourrait apporter de nouvelles idées en proposant des mécanismes adaptés aux réalités algériennes et à celles des scientifiques établis à l’étranger.
Enfin, et c’est essentiel à mon avis, tout cela demande de construire la confiance. La diaspora doit sentir que sa contribution est prise au sérieux, et les institutions nationales doivent sentir que cette contribution est utile, réaliste et respectueuse des priorités du pays. C’est cette confiance, associée à des mécanismes simples et efficaces, qui permettra de passer des bonnes intentions aux actions concrètes.