
Depuis des décennies, les musulmans sont désignés comme boucs émissaires dans le discours public français. Entre peurs amplifiées et stigmatisation politique, il est temps de réformer le discours musulman, de renforcer le dialogue et de construire une parole apaisée, fidèle aux textes et ouverte à la société.
L’exemple de Zohran Mamdani, premier maire musulman de New York, montre qu’identité et engagement citoyen peuvent pleinement coexister.
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Depuis des décennies, les partis politiques jouent avec les émotions collectives comme on manipule les pièces d’un échiquier. Ils fabriquent des récits, assignent des rôles, distribuent les bons et les mauvais points. Chaque époque a ses « gentils » et ses « méchants », ses figures à applaudir et ses visages à haïr.
Aujourd’hui, dans le discours public français, les musulmans occupent tragiquement ce rôle de bouc émissaire. On les accuse de menacer la République, de fragiliser la cohésion nationale, d’incarner le repli ou le danger. On les soupçonne d’entrisme, de séparatisme, de communautarisme. Ces accusations, souvent relayées par certains médias ou responsables politiques, reposent moins sur des faits que sur des peurs — construites, amplifiées, entretenues.
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Ce phénomène n’est pas anodin : il structure l’opinion, influence les politiques publiques et nourrit la défiance sociale. Derrière les mots, il y a des conséquences bien réelles : discriminations, soupçons, marginalisation, sentiment d’exclusion.
En stigmatisant une partie de la population, les partis ne cherchent pas à résoudre les problèmes de la société : ils cherchent à en détourner le regard. Car il est toujours plus facile de désigner un coupable que d’affronter les causes profondes du malaise collectif. Et tant que ce jeu cynique perdurera, d’autres « méchants » viendront prendre la relève.
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Alors, comment en sortir ?
Le discours musulman doit changer. Il doit évoluer, se transformer, se reformer, s’universaliser. Nous avons besoin d’une parole sereine, apaisée, confiante. D’un discours qui porte l’espérance, qui apaise au lieu de diviser, qui éclaire au lieu de réagir. Nous devons construire une pensée fidèle à l’authenticité des textes, mais attentive à la réalité sociale, économique et politique dans laquelle nous vivons.
Et cela, nous devons le faire non pas pour plaire, pour rassurer ou pour séduire les politiques, mais par conscience, par cohérence personnelle, et par responsabilité morale. Parce qu’un discours vrai, enraciné et universel, ne se construit jamais dans la peur ou la justification — il naît de la confiance et du courage.
L’exemple nous vient, encore une fois, d’ailleurs
Aux États-Unis, Zohran Mamdani, musulman, fils d’immigrés, n’a jamais caché ni ses origines ni sa foi. Il les porte fièrement, avec dignité, tout en se définissant comme Américain et démocrate. Son parcours, devenu maire de New York, rappelle que l’identité multiple n’est pas un obstacle, mais une richesse.
Il incarne cette idée simple et puissante : on peut être pleinement soi-même et pleinement citoyen, sans avoir à choisir entre les deux.
En France, le chemin est encore long
Les conditions ne sont pas encore réunies pour qu’un musulman accède à la tête de la mairie de Paris. Les attaques et discriminations dont sont victimes les ressortissants algériens, pourtant citoyens français depuis des décennies, montrent que les esprits ne sont pas encore prêts à accepter cela.
Ce constat n’est pas une fatalité : il appelle à un engagement constant pour déconstruire les préjugés, réformer le discours et bâtir une société où chacun peut pleinement participer à la vie publique, sans être stigmatisé pour ses origines ou sa foi.
Les voies de l’apaisement
Si les esprits ne sont pas encore prêts en France, qu’à cela ne tienne. L’essentiel n’est pas qu’un musulman devienne maire de Paris, mais de chercher les voies de l’apaisement, de renforcer le dialogue, et de construire une parole commune qui apaise, unit et inspire confiance.
Car c’est par l’écoute, la réflexion et l’action sereine que nous pourrons transformer nos sociétés et permettre à chacun d’exister pleinement, sans avoir à renier qui il est.
*Recteur de la mosquée « Othmane » de Villeurbanne