
C’est tout sauf une surprise. À peine sa décision d’entrer en lice pour la présidentielle française de 2027, Ségolène Royal est attaquée sur un point précis : ses positions assumées en faveur d’une meilleure relation avec l’Algérie.
Sur le JDD, journal de Vincent Bolloré, la finaliste socialiste de la présidentielle de 2007 est qualifiée sans ambages de “voix d’Alger à la présidentielle”. C’est Xavier Driencourt, ancien ambassadeur de France en Algérie, qui a ouvert le bal en faisant un procès d’intention à l’Algérie à laquelle il a prêté des velléités d’ingérence dans l’échéance électorale cruciale pour la France.
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Xavier Driencourt accuse l’Algérie de “soutenir un candidat”
Ségolène Royal n’est pas encore candidate à la présidentielle du printemps 2027. Le 10 juillet, elle a annoncé qu’elle se présente à la primaire du Parti socialiste (PS). Elle n’a pas caché qu’elle est motivée par sa volonté d’éviter que la première femme qui accédera à l’Elysée soit issue du courant extrémiste.
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La présidente de l’association France – Algérie s’est jetée dans la bataille trois jours après l’annonce de la candidature de Marine Le Pen, condamnée par la justice pour détournement de fonds publics mais donnée gagnante par les sondages.
Avant même l’annonce de Mme Royal, le courant extrémiste a pris le soin de mêler l’Algérie à la joute électorale. Xavier Driencourt, ancien ambassadeur en Algérie, a affirmé au Figaro que “l’Algérie va soutenir un candidat” et “manipuler” les électeurs franco-algériens, sans distinction.
Selon lui, le moyen “le plus radical” pour le faire, c’est la Grande mosquée de Paris. “Le recteur est déjà allé à Roubaix, dans une mairie LFI, et a fait des déclarations sur le vote utile. Tout ça est plein de messages”, a estimé le diplomate devenu l’une des voix les plus hostiles à l’Algérie.
Le JDD et CNews reprochent à Ségolène Royal son action pour la réconciliation avec l’Algérie
Le Journal du Dimanche (JDD) a cru identifier le candidat, ou plutôt la candidate, qui serait “sous influence algérienne” : Ségolène Royal. Pourtant, dans l’annonce de son entrée dans la course, l’ancienne ministre de l’Ecologie a listé plusieurs de ses priorités, l’urgence climatique et énergétique, le pouvoir d’achat, la lutte contre les violences, et point d’Algérie.
Si le JDD la qualifie de “voix d’Alger à la présidentielle” c’est seulement parce qu’elle a œuvré pour la réconciliation entre les deux pays, s’est déplacée plusieurs fois en Algérie ces derniers mois et appelé à des gestes mémoriels, comme la restitution des archives.
Dans ce qui ressemble à une action concertée, le journaliste d’extrême-droite Quentin Gerard a relu intégralement sur CNews son papier publié dans le JDD.
Quentin reproche à Ségolène Royal de présider l’Association France-Algérie, d’être à chaque fois “reçue en grandes pompes” à Alger, de réclamer que la France restitue les archives et le dossier complet des essais nucléaires au Sahara et d’appeler le président Emmanuel Macron à la réconciliation avec l’Algérie.
La plume extrémiste anticipe déjà la défaite de Ségolène Royal à la primaire socialiste. A cause précisément de ses positions sur l’Algérie, comme si le premier et le seul sujet qui détermine le choix des Français, c’est l’Algérie.
Ségolène Royal fait peur à l’extrême droite
Le journaliste du JDD a sorti les chiffres d’un sondage selon lequel les électeurs socialistes seraient favorables dans leur grande majorité à la “suspension des visas algériens pour forcer Alger à reprendre ses ressortissants” et estimeraient que “la France manque de courage face à l’Algérie”.
La précision n’est pas inutile : le sondage est commandé par trois médias parmi les plus hostiles à l’Algérie : CNews, Europe 1 et le JDD, tous propriété de Vincent Bolloré. Les mêmes voix se sont tues quand les ambassadeurs des Etats-Unis et d’Israël en France se sont immiscés publiquement dans la campagne présidentielle française.
En réalité, ce qui dérange ces médias d’extrême droite, est la capacité de mobilisation de Ségolène Royal qui bénéficie d’une certaine aura auprès des Français notamment de l’électorat de gauche au moment où le Parti socialiste peine à s’entendre sur un candidat consensuel, ainsi que ses positions tranchées sur plusieurs questions internationales comme la guerre à Gaza et les relations franco-africaines.
Si elle passe, Ségolène constituera une sérieuse rivale à Marine Le Pen dans la course à l’Elysée et l’extrême droite ne veut pas d’une candidate cabale de faire de l’ombre à sa protégée. Ce courant qui utilise l’Algérie comme ascenseur électoral sait à quel point les relations avec ce pays vont peser, dans la présidentielle de 2027 dans une France fortement divisée sur la question.
C’est elle aussi, avec ses talents diplomatiques, qui a pu enclencher la réconciliation entre l’Algérie et la France en février dernier, après une rencontre avec le président Abdelmadjid Tebboune à Alger.