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Présidentielle: Le pouvoir verrouille (déjà) la campagne électorale

Présidentielle: Le pouvoir verrouille (déjà) la campagne électorale

Le pouvoir a (déjà) verrouillé la prochaine élection présidentielle, bien avant la date butoir du dépôt des dossiers de candidatures à la candidature au Conseil Constitutionnel, prévue le 3 mars. C’est une véritable machine de propagande qui s’est mise en branle du côté de la direction de la campagne électorale du candidat de l’alliance présidentielle, alors que le recueil des signatures bat son plein.

En face, les partis de l’opposition restent bien timides, hormis les positions fermes et réaffirmées à plusieurs reprises du RCD et du FFS pour le boycott. Certains partis en sont encore à se poser des questions existentielles, s’il faut s’engager ou boycotter cette présidentielle, qui a déjà pris les tournures d’un plébiscite du 5e mandat.

Sinon comment interpréter les déclarations de Farouk Ksentini ? Mercredi, dans un entretien à TSA-Arabi, l’ancien président de la Commission nationale consultative de promotion et de protection des droits de l’Homme a affirmé que Bouteflika, s’il est élu ”ne sera pas obligé de prononcer l’intégralité du texte de la prestation de serment”. ”Il lui suffira, a-t-il dit, juste de dire : “Je jure par Dieu Tout Puissant”. C’était l’un des obstacles redoutés par les partisans du chef de l’État.

Moins d’une semaine après l’officialisation, dimanche 10 février de la candidature du chef de l’État, l’ambiance actuelle dans le camp du candidat du pouvoir est telle qu’il n’y a visiblement aucun doute que cette présidentielle est jouée. Les partisans de Bouteflika semblent déjà dans « l’après-18 avril ». Ils déclinent les promesses du président comme autant de projets déjà en route.

Réformer la Constitution

Jeudi, Abdelmalek Sellal a effectué, aux côtés du SG de l’UGTA dans une Maison du Peuple archi comble au 1er mai, une véritable démonstration de force. Le directeur de campagne de Bouteflika, qui a affirmé que la candidature du président ”n’a été rejeté ni en Algérie, ni à l’étranger”, a annoncé que ”Abdelaziz Bouteflika envisage de mener des réformes politiques et économiques profondes, s’il est réélu le 18 avril 2019”.

”Il n’est plus possible pour l’Algérie d’avancer vers l’avenir avec les lois actuelles et l’économie actuelle. Les réformes sont nécessaires”, a-t-il assuré, en dévoilant le programme du président. Mais, a-t-il dit, ”le président ne peut pas proposer ces réformes s’il n’existe pas un consensus national global de toutes les parties, de l’opposition, des autres partis et de tous les représentants du peuple algériens dont l’UGTA”.

”Des réformes globales et nécessaires seront menées”, a-t-il insisté, avant de détailler : « De grandes réformes nous attendent comme la révision de la Constitution, comme probablement le changement du modèle économique et comme des changements politiques ». « Bien sûr, ces réformes ”se feront en consultation avec tous les citoyens’ », a ajouté Sellal, qui a précisé que cette conférence nationale ”inclusive’ et de ”consensus” se tiendra cette année.

Mais même si les réformes envisagées par le candidat Bouteflika ne devraient pas vers ”une économie libérale”, et que la relance de l’économie se ferait ”sans toucher aux aspects sociaux”, beaucoup se posent la question de la nature de ce modèle économique envisagé. Le spectre d’un dérapage économique et social comme au Venezuela fait peur, d’autant que Sellal a assuré qu”’il faut un courage solide pour changer notre modèle économique” qui ne sera pas ”un retour au libéralisme”.

Bouteflika comparé à Mandela

Mais Abdelmalek Sellal ne dit mot sur ce mystérieux modèle économique que prépare pour les Algériens le candidat Bouteflika. Dans la foulée, il a rejeté les soupçons de l’opposition relatifs à l’auteur de la lettre-programme du 10 février dans laquelle le président sortant a annoncé sa candidature pour un 5e mandat. Sellal est affirmatif : cette lettre-programme a été écrite par Bouteflika, car ”il a lui-même choisi chaque mot pour qu’il soit clair et transparent.”

Dans une déclaration à TSA Direct, la secrétaire générale du Parti des Travailleurs (PT) avait émis des doutes, tout comme le président de Talaie El Hourryet Ali Benflis, sur la paternité de cette lettre-programme du candidat de l’alliance présidentielle au scrutin du 19 avril. Selon Louisa Hanoune, ”la lettre lui a été attribuée, c’est mon avis. C’est vrai, il y a des expressions qui rappellent la façon de penser d’Abdelaziz Bouteflika, mais d’autres passages, non. Comme lorsqu’il parle de dogmatisme. Nous savons qui a l’habitude d’utiliser ce terme et tout le monde le connait”, faisant référence à Ahmed Ouyahia, le patron de la seconde force politique du pays, le RND.

Abdelmadjid Sid Said, le SG de l’UGTA a tout naturellement défendu ce jeudi le bilan de Bouteflika. En détaillant certaines réalisations au cours des quatre mandats présidentiels de M. Bouteflika, Sidi Said est ainsi allé jusqu’à le comparer à celui qui a vaincu le régime d’Apartheid, Nelson Mandela. Devant ses militants, Sidi Said a déclaré : ”il y a eu un seul Nelson Mandela en Afrique du Sud. Et, il y a un deuxième, Abdelaziz Bouteflika”.

Les « ennemis de l’Algérie »

Du côté de l’administration, c’est toujours le même discours qui est servi à l’envie, avec ce combat surréel de l’ennemi extérieur. Le ministre de l’Intérieur Noureddine Bedoui a ainsi affirmé mardi que la réussite de la prochaine élection présidentielle “signera l’échec des ennemis de l’Algérie qui misent sur le fiasco de ce rendez-vous”.

“Nous sommes aujourd’hui devant une échéance décisive en termes de consécration de notre édifice démocratique, en l’occurrence la présidentielle qui focalise les regards au plan international et dont la réussite signera l’échec des ennemis de l’Algérie qui misent sur le fiasco de ce rendez-vous”, a-t-il affirmé devant les membres de l’Assemblée populaire nationale (APN).

M. Bédoui, qui a effectué des visites de travail au sein des différents services chargés de préparer ce scrutin, a également affirmé que “l’administration est neutre, responsable et prête pour les prochaines élections présidentielles”. ”C’est une responsabilité historique, on doit être H24”.

Mais malgré ces assurances, le doute persiste quant à la neutralité de l’administration. Plusieurs candidats à la candidature, dont Ali Ghediri, se sont plaints d’entraves de l’administration dans l’opération de collecte des signatures. Le gouvernement n’a pas apporté de réponses convaincantes à ces accusations.

Ce vendredi, Louisa Hanoune est allé encore plus loin. Elle a accusé les membres du gouvernement et le chef d’état-major de mener campagne en faveur du 5e mandat.

« Même le chef d’état-major, lui aussi est rentré dans la campagne politique pour un nouveau mandat pour le président de la République » a-t-elle lancé sur le ton de l’étonnement. Avant d’enchaîner : « Le chef d’état-major avait déclaré récemment que l’armée ne s’ingérera pas dans la politique et ne permettra à personne d’entraîner l’institution dans ce domaine en rappelant ses missions constitutionnelles ».

Saïd Sadi, leçon d’histoire

Dans ce contexte, dans le camp démocratique, les positions restent sensiblement orientées vers le boycott de cette présidentielle. Après les déclarations de positions du FFS et du RCD, et les pions avancés par le PT, le MSP et Talaie El Hourryet, le débat politique s’est enrichi, et il était temps, d’une intervention du Dr Said Sadi.

Dans une contribution adressée à TSA, sans mettre dos à dos adversaires et partisans d’un 5e mandat, l’ancien leader du RCD est remonté aux origines de la crise multidimensionnelle du pays. Pour lui, ”l’Algérie a manqué son départ d’après-guerre”. Et, ”afin de justifier une candidature fantasque et humiliante, pour lui-même et la nation, le président à vie n’a rien trouvé de mieux que de proclamer son ralliement à l’idée de procéder aux réformes de fond préconisées par l’opposition démocratique qu’il a combattues pendant vingt ans d’un règne que paieront, dans le meilleur des cas, deux sinon trois générations.”

Un constat que le Dr Sadi impute à une gestion autocratique des affaires du pays par le président Bouteflika. ”Les propositions les plus audacieuses assènent que le rejet d’un cinquième mandat, par ailleurs loufoque, suffirait à redonner crédibilité, stabilité et performance à l’État”, écrit l’ex-président du RCD, pour qui ”chaque clan assure que la machine qui a détourné le fleuve de l’espérance en 1962, broyant un destin promis à toutes les ambitions, serait un outil de progrès et une source de bonheur si les manettes lui en étaient confiées. La boucle est bouclée.

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”Nous sommes terrifiés”

Pour autant, au sein des partis de l’alliance présidentielle, on reste convaincus que le président Bouteflika peut encore exercer le pouvoir durant un 5e mandat, même si on concède que sa santé n’a pas évolué dans le sens annoncé au début de sa maladie. Seddik Chihab, porte-parole du RND l’a affirmé sur TSA Direct : « Le président a reconnu avec beaucoup de courage et de dignité qu’il est amoindri, qu’il n’a plus la santé d’avant. Il a cassé un tabou en 2014 en sortant devant les Algériens sur un fauteuil roulant. Ceci dit, on n’a pas remarqué que son état de santé l’empêchait d’accomplir ses missions constitutionnelles’ ».

Rappelant que « tous chantiers lancés par le président durant ses mandats précédents ont créé une sorte de plateforme pour que l’Algérie puisse décoller”, il a reconnu qu”’il y a eu des manquements”, et, du bout des lèvres seulement ”quelques problèmes, comme la bureaucratie, la corruption, les résistances au changement, les luttes internes (…) ». Rien que ça.

Faut-il alors s’étonner des propos de Louisa Hanoune, la SG du PT, lorsqu’elle avoue dans un entretien à TSA Direct qu’elle « terrifiée » par la prochaine élection. « Je suis terrifiée. Ce ne sont pas de simples élections, c’est un rendez-vous avec notre destin. Nous sommes terrifiés. On ne sait pas ce qui va se passer d’ici là (…) ».

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