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Sortie de Bouteflika à Alger : sur un air de campagne…

Sortie de Bouteflika à Alger : sur un air de campagne…

Ce lundi 9 avril n’est pas un jour ordinaire pour les Algérois. Pas seulement à cause de la fermeture du métro. C’est surtout le jour choisi par le président Bouteflika pour faire sa première sortie sur le terrain depuis 18 mois.

Sa dernière activité du genre remonte à octobre 2016, lorsqu’il avait inspecté le chantier de la Grande mosquée d’Alger. Curieuse coïncidence, c’est par un autre lieu de culte que le chef de l’État entame encore sa tournée dans la capitale : la mosquée Ketchaoua, dans la basse Casbah, dont les travaux de restauration, financés par le gouvernement turc, viennent à peine d’être achevés.

Embouteillages et métro fermé

L’entreprise du métro d’Alger a pris ses devants dès dimanche en annonçant la fermeture de la ligne de métro entre la Grande poste et El Harrach, officiellement pour l’inauguration des deux extensions vers la Place des Martyrs à l’Ouest et Aïn Naâdja, à l’Est. Comme service minimum, des bus sont prévus.

Dès les premières heures de la matinée donc, les premiers embouteillages, qui n’ont rien d’inhabituels pour les habitants du centre de la capitale, se forment. Des axes ne tarderont pas à être fermés, passage du cortège présidentiel oblige, et la circulation est détournée vers d’autres rues qui s’avèreront exigües pour contenir le flux supplémentaire de véhicules.

Devant une des nombreuses bouches du métro de la station de la Grande Poste, un homme rouspète devant l’affiche qui annonce la fermeture. Il est pris au dépourvu et ne sait quoi faire. Une dame, visiblement bien informée, se charge de lui expliquer. « Le président va prendre le métro de la Place des Martyrs jusqu’à Aïn Naâdja. Il doit inaugurer les nouvelles lignes. C’est pour cela qu’il l’ont fermé». Le bonhomme ne dit rien et s’éloigne.

Il est onze heures et les badauds, téléphone portable à la main, commencent à se rassembler sur les trottoirs, le long de l’itinéraire que doit arpenter le cortège. Le Boulevard Amirouche est vide. De même que le carrefour de la Grande Poste et tout le front de mer jusqu’à la Place des Martyrs. Les services de sécurité viennent de bloquer la circulation, signe que le président ne tardera pas à arriver.

La foule n’est pas nombreuse sur les trottoirs et les agents de l’ordre, présents en force le long de l’itinéraire, en tenue bleue ou en en civil, veillent au grain. Au loin, se fait entendre le chant déchirant d’une sirène. Les téléphones portables sortent des poches, prêts à immortaliser le moment. Fausse alerte, c’est un motocycliste de la police qui ouvre la voie au cortège.

Une autre sirène, un autre motard. Ce n’est qu’après la quatrième que le véhicule noir blindé et muni d’une kyrielle d’antennes passe, suivi par plusieurs autres voitures aux vitres teintées, roulant à vive allure. Cinq minutes plus tard, le chef de l’État arrive destination : la Place des Martyrs et la mosquée Ketchaoua.

« On veut voir le président ! »

Tous les accès vers la place avaient été fermés bien avant neuf heures. La foule promise la veille par le maire d’Alger-centre commence à se former dès les premières heures de la matinée. Des policiers sont chargés de fouiller les passants. Même les bouteilles d’eau sont interdites. Ceux qui souhaitent assister à l’inauguration doivent se tasser derrière les barrières métalliques.

Seuls quelques représentants de la société civile peuvent circuler au milieu de l’esplanade. Mais eux aussi seront contraints de se mettre derrière les barrières à l’approche de l’arrivée du président. À signaler aussi que seuls les journalistes des médias publics sont accrédités. Quelques exceptions sont faites, mais les autres doivent se fondre dans la masse.

Vers dix heures, le premiers officiels, dont le ministre de l’Intérieur et le wali d’Alger, arrivent et les premiers youyous fusent. Les présents sont sommés de ranger leurs téléphones portables. Pas question de prendre des photos de près. L’attente est longue pour ceux qui sont arrivés avant neuf heures.

Vers 11h35 donc, le chef de l’État arrive dans une Mercedes noire. Son frère Saïd est à l’arrière.

À la Place des Martyrs, qui jouxte l’endroit, presque tous les véhicules du cortège s’arrêtent, sauf deux ou trois, dont celui qui transporte le président qui n’accède pas à la mosquée via l’entrée principale. Son véhicule entre sous une tente plantée à l’entrée secondaire.

La foule est déçue. « On veut voir le président !», crie une femme. « Il ne viendra pas nous saluer ? », demande une autre à un agent de l’ordre, qui ne sait quoi répondre. Comme s’il l’a entendue, Bouteflika sort saluer la foule par l’entrée principale. Il apparaît en haut des marches de la bâtisse. Il est accueilli par des youyous et des slogans.

On frôle la bousculade. Les arcades étroites qui entourent la grande Place des Martyrs sont pleines à craquer. On y avance lentement, à coups de coude. Déjà, les jours ordinaires, elles grouillent de monde. Quotidiennement, des milliers d’habitants de la Casbah, de la Basse-Casbah mais aussi de Bab El Oued y transitent, car ne pouvant pas traverser la Place des Martyrs, fermée pour travaux pendant plusieurs années. Et avec cette visite présidentielle, elles sont noires de monde. Parfois impossible de faire ne serait-ce qu’un pas. Les plus pressés se plaignent. « Laisser-moi passer, je monte chez moi pour la pause déjeuner. Je travaille, moi », crie un jeune riverain. Mais personne ne semble l’écouter. On se met sur la pointe des pieds, on joue des coudes.

Au moindre mouvement devant la porte de la mosquée où est stationné le véhicule noir du président, c’est la bousculade. Les téléphones portables sortent simultanément. Sur la grande place, les cavaliers et autres troupes folkloriques tentent d’amuser l’assistance. Mais les fusils ont beau lâcher leurs détonations assourdissantes, les présents ne perdent pas de vue l’objet de leur venue.

« Tu penses qu’ils se représentera ? »

Certains parlent même politique, le moment étant plus que propice. « On dit qu’il se représentera pour un autre mandat, tu crois ? », dit un sexagénaire à son voisin de circonstance, un peu moins âgé.  Les deux bonhommes ne semblent pas se connaître, mais ils se lâchent.

« Maintenant c’est certain. Lorsque c’est Ould Abbas qui l’a annoncé, je n’y ai pas trop cru. Regarde cette banderole, ça ne te dit rien ? ». Il montre du doigt la façade du bâtiment qui fait face à la mosquée, recouverte d’un poster aux mesures surdimensionnées et sur lequel le portrait de Bouteflika est barré de cette phrase qu’on peut lire de très loin : « Ensemble pour une Algérie stable et prospère ». « N’est-ce pas un slogan de campagne ? », poursuit-il, sûr de lui.

Mais ses certitudes seront quelques peu ébranlées lorsque, le président ayant quitté la mosquée, ceux qui l’ont vu de plus près commencent à descendre vers la Place des Martyrs. « Je l’ai vu, il est très amoindri par la maladie. Il a les traits fatigués », dit un jeune homme. Mais un autre assure tout le contraire. « Il est comme on l’a toujours montré à la télé. Je pense qu’il se porte bien ».

On ne sait pas qui dit vrai, mais il est certain que toutes ces banderoles, ces troupes folkloriques, ces youyous stridents créent une atmosphère qui ressemble à s’y méprendre à une ambiance de campagne électorale.

Le bain de foule n’a pas eu lieu  

Un peu plus bas, en plein cœur de la Place des Martyrs, fraîchement restaurée et ornée des mêmes couleurs nationales, des mêmes posters à la gloire de Bouteflika, les mêmes scènes se répètent, avec cependant moins d’exigüité, donc moins de coups de coude.

Là aussi, le président s’est vite éclipsé, sous terre cette fois, dans la nouvelle station du métro d’Alger qu’il est venu inaugurer. La foule, tout aussi dense, qui attend dehors peut admirer la beauté de l’architecture de la nouvelle station, le pavé de la place qui reflète les rayons de soleil, ajoutant de la splendeur à la blancheur des lieux. On parle de tout. De la santé du président, de sa candidature pour un cinquième mandat, mais aussi de cette nouvelle ligne du métro d’Alger et du musée souterrain que les autorités ont décidé d’ouvrir au sein même de la station après la découverte des vestiges d’une vieille ville turque sur les lieux.

On a même l’impression que beaucoup de citoyens sont venus spécialement pour découvrir l’endroit et être les premiers, après Bouteflika bien sûr, à prendre le métro à partir de la Place des Martyrs. « Ouvrez-nous notre métro », crie un jeune à la face d’un policier impassible.

Une dame âgée insiste pour voir le chef de l’État. L’agent de l’ordre lui demande d’attendre. Mais cette fois, l’attente sera vaine. Bouteflika sortira du métro à l’autre bout de la capitale, à la nouvelle station de Aïn Naâdja. Le bain de foule annoncé n’aura pas eu lieu…

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