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Face à la sécheresse endémique, l’Algérie peut-elle recourir aux pluies artificielles ?

Face à la sécheresse, certains pays ont recours aux pluies artificielles. L’Algérie peut-elle utiliser cette technique ?

Face à la sécheresse endémique, l’Algérie peut-elle recourir aux pluies artificielles ?
L'Algérie peut-elle recourir aux pluies artificielles pour faire face à la sécheresse ?/ Par Pabkov / Adobe Stock
Djamel Belaid
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Face à la sécheresse est-il possible de déclencher des pluies artificielles en ensemençant les nuages ?

Pour l’Algérie qui fait face à une sécheresse endémique, la question peut paraître inopportune en cette période de chutes de neige et de pluie, mais globalement le pays manque d’eau, et passe une bonne partie de l’année sans précipitations.

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Pour la pluie artificielle, la technique pourrait évoluer avec l’intelligence artificielle et l’usage de drones. La Chine et les Émirats y croient. Quant à l’expérience algérienne, elle remonte aux années 1980.

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Les premières expériences de faire tomber la pluie ont commencé en laboratoire en 1946 aux États-Unis puis avec un avion qui a pulvérisé de l’iodure d’argent dans un nuage. Un produit qui possède la capacité de former des gouttelettes d’eau.

« Intervenir de façon chirurgicale »

Pour Andrea Flossmann de l’université Clermont Auvergne et membre de l’Organisation météorologique mondiale (OMM), il s’agit avant tout d’agir sur les nuages qui se forment le plus souvent en été avec l’air ascendant.

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« Le nuage convectif (le cumulus) est l’un des deux seuls types de nuage qui peuvent être ensemencés », confiait-elle en août 2023 au quotidien Le Monde.

Elle explique que la masse d’eau contenue dans un nuage convectif d’un kilomètre cube correspond à 1.000 tonnes aussi l’ensemencer revient donc à « jeter une salière » dans une énorme quantité d’eau.

En novembre 2009, le climatologue algérien Djamel Boucherf confiait au quotidien Liberté (aujourd’hui fermé) que si un nuage ne contient pas de cristaux de glace, l’utilisation d’iodure d’argent permet d’en augmenter leur nombre et d’en créer d’autres.

Mais le climatologue insistait sur le fait que le phénomène de formation des nuages provient de conditions particulières telle « la cessation d’une sursaturation » ; un état qui dépend d’un changement de température dans la masse du nuage. Pour obtenir un résultat, Andrea Flossmann avertit : « Il faut pouvoir intervenir de façon chirurgicale ».

Pour l’Organisation mondiale de la météorologie, le résultat varie entre 20 % et zéro de pluie supplémentaire. Quant à l’Académie des sciences des USA, elle faisait état en 2016 d’un effet nul ou dans quelques rares cas d’une augmentation « de 10 % des précipitations ».

L’expertise chinoise

C’est ce qui explique qu’en Chine, il est fait recours à l’intelligence artificielle. Les premiers essais de cloud seeding dans ce pays datent de 1958. Aujourd’hui la technique est mise en application au niveau de chaque ville.

Selon la presse chinoise, l’utilisation massive d’avions et de roquettes en juin 2022 aurait permis d’obtenir « 8,56 milliards de tonnes de pluies supplémentaires » dans la province de Qinghai au nord-ouest de la Chine où trois grands fleuves prennent leur source.

Aujourd’hui le programme chinois concerne 5,5 millions de kilomètres carrés. Et selon Franck Galland, cité en mars 2023 par Le Monde, il ne s’agit plus d’utiliser les roquettes sol-air de l’armée de l’air, mais des drones. Ce chercheur, associé à la Fondation pour la recherche stratégique, souligne l’utilisation en particulier du drone Wing Loong-2H. Il permet de repérer les nuages les plus intéressants puis de réaliser l’ensemencement d’iodure d’argent.

Les ingénieurs chinois utilisent également l’intelligence artificielle pour déterminer le moment opportun de l’ensemencement des nuages. Et selon Franck Galland, auteur de « Guerre et eau : leau enjeu stratégique des conflits modernes », cela leur permet de simuler « le comportement de l’iodure d’argent une fois introduit dans les basses couches de nuages ».

Un programme gouvernemental aux Émirats

Depuis les années 1990, les Émirats arabes unis s’intéressent au cloud seeding. En 2015, ils ont démarré un ambitieux programme de recherche disposant de moyens considérables.

« Chaque projet de recherche lauréat se verra allouer un financement de 1,5 million de dollars sur trois ans, à partir de 2024 », notait en août 2023 Le Monde.

Selon Marine de Guglielmo Weber de l’Institut français de relations internationales et stratégiques (IRIS), aux Émirats « la modification de la météo fait partie d’une stratégie gouvernementale de sécurisation de l’approvisionnement en eau ».

À l’université Khalifa d’Abou Dhabi, la chercheuse Linda Zou, utilise du dioxyde de titane. Il permet d’obtenir 2,5 fois plus de gouttes d’eau par rapport à l’iodure d’argent et est « plus efficace dans les climats secs ». Cependant, depuis 2006 ce produit est classé comme « cancérogène possible ».

Une cinquantaine de pays intéressés

Selon l’agence de presse iranienne Irna, le pays traverse son « automne le plus sec depuis 50 ans ».

À la mi-novembre, les autorités ont déclenché les premières opérations d’ensemencement avec sa propre technologie. Les médias ont indiqué : « Aujourd’hui, un vol d’ensemencement des nuages a été effectué dans le bassin du lac d’Ourmia ».

Par la suite, l’agence Irna a fait état de l’arrivée de pluies sur plusieurs localités de l’ouest et du nord-ouest du pays.

Une cinquantaine de pays s’intéressent à cette technique dont les États-Unis, la Russie, l’Arabie saoudite, l’Afrique du Sud, le Mexique et le Maroc.

En France, elle est utilisée pour réduire les effets de la grêle. En cas d’alerte météo, des générateurs sous forme de cheminées envoient de l’iodure d’argent en altitude afin de réduire la taille des grêlons.

En 2009, Djamel Boucherf rappelait qu’en Algérie, il y a eu quelques expérimentations dans les années 1980 « sans pour autant que les résultats ne soient probants ». La technique a été mise en œuvre par l’Office national de la météorologie, au niveau du Centre de physique des nuages de Tiaret. Cependant, « les expériences n’ont pas été fructueuses et l’opération coûteuse ».

Géopolitique du cloud seeding

Le cloud seeding impacte les relations internationales. « Bien qu’il soit difficile de connaître la quantité d’eau déplacée, la perception suffit pour provoquer des tensions », fait remarquer Marine de Guglielmo Weber. En 2018, un responsable iranien a accusé Israël et « un autre pays » (les Émirats arabes unis) d’avoir aggravé le manque d’eau dans son pays en dérobant les nuages de la région, soulignait en août 2023 Le Monde.

En Espagne, après les inondations meurtrières d’octobre 2024, des rumeurs ont couru selon lesquelles elles seraient liées aux activités d’ensemencement des nuages au Maroc. Ces inondations ont coïncidé avec l’annonce par le ministre marocain de l’Équipement et de l’Eau de 70 de ces opérations.

« On sait que le Maroc est un des acteurs intéressés par cette technique, ils le testent depuis une vingtaine d’années », fait remarquer Andrea Flossmann. Mais elle ajoute qu’« il ne s’agit généralement que d’opérations sur de petites parcelles et, de toute façon, elles ne peuvent en rien provoquer le genre de précipitations intenses qu’il y a eu dans la région de Valence ».

Au Mexique, des scientifiques sceptiques

Au Mexique l’ensemencement est réalisé à base d’une solution liquide qui « peut être utilisée en été et dans le désert », confie en août 2023 un ingénieur mexicain au quotidien Le Monde.

L’entreprise Renaissance a effectué jusqu’à 277 vols et revendique une augmentation des pluies de 70 %.

Un scientifique qui a analysé des échantillons d’eau de pluie après l’ensemencement des nuages indique que la concentration d’iodure d’argent est « très faible ».

L’Algérie mise sur le dessalement 

L’expert mexicain Guillermo Murray-Tortarolo reste sceptique et suggère : « Il faut gérer la sécheresse de manière prédictive plutôt que spontanée, en priorisant les systèmes de recyclage et de stockage de l’eau ».

En 2025 le cloud seeding fait aujourd’hui appel à l’intelligence artificielle, aux drones ainsi qu’à une diversité de composants chimiques. Une stratégie trop récente pour la condamner.

Confrontée à la sécheresse endémique et à la hausse des besoins en eau pour la population, l’agriculture et l’industrie, l’Algérie mise surtout sur le dessalement de l’eau de mer.

Cinq nouvelles usines d’une capacité chacune de 300.000 m3/j ont été mises en service en 2025, et cinq autres pourraient être lancées en 2026. Selon le ministre de l’Hydraulique Tahar Derbal, 40 % de l’eau potable consommée en Algérie provient du dessalement, mais les besoins pour l’agriculture et l’industrie restent immenses.

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