
C’est une chanson qui dépasse le simple registre artistique : par sa symbolique, son message et sa portée, elle s’impose comme un véritable hymne. « Lezzayer Neɣ » (Notre Algérie), dernier single chanté par deux artistes de renom : Takfarinas et Saïd Benkhira du groupe targui Tikoubaouine, appartient à cette catégorie rare.
Les deux stars de la chanson algérienne ont, en effet, uni leurs voix pour l’Algérie. Le message du single ne souffre d’aucune ambiguïté : l’Algérie est indivisible, et sa diversité n’est pas une fragilité mais une force.
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Un hymne à l’unité de la nation, porté par deux voix venues de deux horizons géographiques et symboliques différents, mais réunies par une même conviction.
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La force de cette création inédite tient sans doute à sa symbolique. D’un côté, Takfarinas, figure emblématique de la chanson kabyle moderne, enfant des montagnes du nord de l’Algérie.
De l’autre, Saïd Benkhira, voix du groupe Tikoubaouine, créé en 2013 à In Salah, issu du grand sud du pays. Une rencontre qui incarne l’Algérie plurielle, celle des montagnes de Kabylie et des dunes du Sahara et dans toute l’étendue de son immensité.
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Visionnée déjà par plusieurs dizaines de milliers d’internautes, « Lezzayer Neɣ », sortie il y a à peine quelques semaines, est bien plus qu’un single inédit : c’est une déclaration d’appartenance collective à un même territoire, un rappel que l’Algérie se construit dans la complémentarité de ses cultures et la continuité de son histoire.
« Ce pays est aux Amazighs /Les Amazighs sont les gardiens de ses frontières /Voici la rencontre des montagnes et du désert /Richesses et savoir mettront de l’ombre dans le désert /Ceci est un don de Dieu dont nous devons connaître la valeur /Bâtissons-la afin qu’elle profite à tous nos enfants ».
« Ne touchez pas à mon Algérie »
Dès l’entame, le texte de la chanson évoque les fondements culturels de l’Algérie, un pays enraciné dans son amazighité, dont les dignes enfants sont les protecteurs.
« Viens, viens, maintenant /Sans blabla, sans trop parler /Ohh, prenez garde / Ne touchez pas à mon Algérie /Mon Algérie est indivisible /Que Dieu protège notre Algérie ». Scandé comme un avertissement, ce refrain sonne comme une mise en garde claire contre toute tentative de division.
Les deux artistes glissent ensuite vers une autocritique, invitant à davantage d’efforts collectifs pour hisser le pays à la hauteur de son potentiel.
« Nous avons un pays riche /Nous avons une grande et solide histoire /Nous avons une très belle culture, notre peuple est libre /Nous avons tout mais nous n’avons pas fait assez /Sortons à la lumière du soleil / Il est temps de sortir de l’ombre ».
Évitant toute hiérarchisation identitaire, le texte énumère les différentes composantes amazighes, comme pour souligner l’inclusivité et l’unité dans la diversité.
« L’étranger est loin de nous et de nos secrets /On apprend à nos générations, tamazight est notre histoire /Kabyle, Chaoui, Tergui, Chenoui et Mzabi / D’une seule voix, notre serment est le même : nous sommes tous Algériens /Hissons notre drapeau au firmament / Viva viva Algéria ».
La sortie de cette chanson intervient dans un contexte particulier, dans la foulée de l’annonce faite à Paris par le MAK d’une prétendue indépendance de la Kabylie. Mais sans verser dans le discours frontal, « Lezzayer Neɣ » se positionne clairement : la réponse aux velléités de division passe par la culture, la mémoire partagée et la fierté collective.
Takfarinas et Tikoubaouine, deux géants de la chanson algériennne
Précurseur de la modernisation de la musique kabyle, Takfarinas, de son vrai nom Zermani Hacène, a su, depuis la fin des années 1970, faire dialoguer tradition et modernité, tout en portant la langue amazighe sur les plus grandes scènes internationales.
Tikoubaouine, groupe emblématique du sud algérien, incarne quant à lui la voix du désert, une musique enracinée dans l’identité touarègue mais ouverte sur le monde.
Saïd Benkhira, par sa voix et son engagement, donne à cette collaboration une profondeur géographique et historique rare. Ce n’est d’ailleurs pas sans raison que sur les réseaux sociaux, l’accueil est unanime. «Vous êtes une fierté de notre mère Patrie, l’Algérie. Tous unis pour une Algérie forte et puissante dans sa diversité », écrit un internaute.
« Une chanson épique et magnifique ! Nous sommes tous une seule nation, et vive l’Algérie ! », renchérit un autre. Dans un contexte où les mots et les discours fracturent, le message de « Lezzayer Neɣ » touche et rassemble. Il rappelle que l’Algérie ne se défend pas seulement par la politique, mais aussi-et peut-être surtout-par la culture.