
Le Dr Khelifa Ait Said, chirurgien urologue, spécialiste de la chirurgie robotique, attire l’attention des autorités algériennes sur l’urgence de développer la greffe d’organes pour sauver la vie des malades en détresse.
Plus de 30.000 patients suivent actuellement des séances de dialyses trois fois par semaine dans les hôpitaux et attendent, impatients, une transplantation rénale, a-t-il déploré. « C’est une souffrance, pour ces malades ainsi que leurs familles », a-t-il ajouté dans un entretien à la chaîne YouTube de TSA.
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Or, seules 200 à 300 greffes sont pratiquées chaque année en Algérie, a indiqué Dr Ait Said. Ce qui reste insuffisant étant donné le nombre, en nette augmentation, de personnes atteintes d’insuffisance rénale chronique dont seule une greffe peut lui garantir une guérison.
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Installé à Caen en France, le Dr Aït Said, qui est spécialiste de la greffe rénale, a précisé que ces patients vivent dans des conditions sociales difficiles avec la perte de leurs emplois à cause de leur incapacité physique.
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Algérie : 200 greffes rénales par an pour 30 000 dialysés !
« Mais avec la greffe, ces malades peuvent reprendre leur travail et redeviendront productifs pour la société », a-t-il souligné.
Le chirurgien a soulevé l’épineux problème de la greffe rénale en Algérie qui, selon lui, ne se fait qu’avec un donneur vivant. Autrement dit, la transplantation de l’organe est accomplie d’une personne vivante à un malade. « Près de 300 greffes par an pour 30 000 patients en attente, ce n’est pas suffisant », a-t-il signalé.
Face à cette situation, le spécialiste suggère le recours à la greffe cadavérique (transplantation à partir d’un donneur décédé). Il en appelle au président de la république Abdelmadjid Tebboune, pour le choix de cette solution : « Nous demandons au président de la république de nous aider à développer la greffe cadavérique en Algérie ».
Il est grand temps, a-t-il relevé, pour que l’Etat algérien apporte son soutien à la transplantation d’organes à partir de personnes mortes. Dr Ait Said reste convaincu qu’avec cette option, « le nombre de donneurs sera révisé à la hausse ». Par conséquent, le nombre de greffes rénales pratiquées en Algérie « passera de 200 à 3 000 opérations chaque année », a-t-il estimé.
La greffe cadavérique, une nécessité
Mieux, grâce à la greffe cadavérique, a ajouté le spécialiste de la chirurgie robotique, des transplantations hépatique, pancréatique, cardiaque et pulmonaire peuvent être réalisées également afin de donner plus de chances de longévité à des malades pour qui la mort était, jusque-là, une fatalité.
Il citera à ce propos, le cas de Manar Allal, une jeune fille de 22 ans originaire de la wilaya de M’Sila, qui souffre depuis plus de 4 ans d’insuffisance respiratoire dont la greffe pulmonaire demeure son ultime chance.
La greffe d’organes pratiquement impossible à l’étranger
« Ces patients-là, ne peuvent être transférés à l’étranger parce que les autres pays refusent de les inscrire sur les listes d’attente », a-t-il expliqué.
Pour Dr Ait Said, de gros efforts de sensibilisation de la population doivent être consentis. Il faut convaincre les citoyens algériens du bien fondé de la démarche et surtout leur prouver que la religion encourage la greffe d’organes car cela sauve des vies humaines.
« Le peuple algérien est très généreux. Il peut aider l’Etat et les malades en acceptant de faire don de ce type d’organes », a soutenu le chirurgien et spécialiste de la greffe rénale. Il a tenu à rappeler que cet acte (don) est régi par une réglementation encadrée et clarifiée sur le plan religieux.
Des centres de greffe pilotes à travers le pays
Toute cette action d’envergure nationale nécessite plus de communication, un travail sur le terrain et une meilleure organisation qui échoit à l’Agence nationale de transplantations d’organes, a affirmé le spécialiste des transplantations rénales qui demande aux services compétents d’établir une liste unie au niveau national de tous les patients en attente d’une greffe d’organe pour la numérisation de toutes les données médicales. Ce recensement permet d’organiser ces malades receveurs en fonction de la compatibilité immunologique avec les donneurs.
Par ailleurs, Dr Ait Said exhorte les plus hautes autorités du pays à leur tête le président de la République afin de mettre en place un plan dédié à la greffe d’organes tel que celui mis en œuvre contre le cancer en Algérie.
« À la faveur de ce plan, l’Agence disposera de moyens pour financer les hôpitaux qui assureront la formation des chirurgiens et constitueront des équipes sur place avec plus de coordination », a-t-il encore souligné.
Renforcer les moyens de l’agence des transplantations d’organes
Il a fait savoir que la greffe rénale, par exemple, fera baisser les dépenses médicales du pays compte tenu du fait qu’un patient greffé ne sera plus dialysé. En termes plus clairs, la transplantation d’un rein réduira les importations des appareils et autres équipements médicaux destinés à la dialyse qui, il faut le dire, ne peut être éliminée définitivement, selon les propos de Dr Ait Said. L’objectif, selon lui, c’est de réduire le nombre de dialysés grâce à la greffe rénale.
Pour organiser la greffe d’organes, il faut une coordination nationale, régionale et hospitalière, a-t-il estimé. Dans le cadre de ce plan de greffe d’organes, le chirurgien urologue, a proposé tel que recommandé lors de la journée d’étude consacrée au don d’organes organisé mercredi 11 février au Conseil de la nation, la mise en place de centres pilotes dans les CHU et autres hôpitaux à travers les différentes régions du pays. Cela commence par la formation des équipes médicales à prélever les organes et surtout à relancer l’activité de la greffe en Algérie.
« Les participants aux travaux de cette journée d’étude ont recommandé le développement de l’activité de greffe d’organes en Algérie qui accuse un retard flagrant. Les recommandations seront proposées au président de la république et envoyées au ministère de la santé», a affirmé Dr Khelifa Ait Said.
Le plan proposé par les spécialistes doit être examiné car la greffe d’organes donne une image de la performance et de l’excellence du système de santé d’un pays.