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Dialogue avec l’Algérie : trois camps se déchirent en France

Trois camps s’affrontent en France sur l’opportunité de dialoguer et de se réconcilier avec l’Algérie. Tout est parti d’une phrase de Macron sur les « mabouls »

Dialogue avec l’Algérie : trois camps se déchirent en France
Trois camps s’affrontent en France sur l’opportunité de dialoguer et de se réconcilier avec l’Algérie./Par Leo Altman / Adobe Stock
Riyad Hamadi
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Après vingt mois de crise inédite avec l’Algérie, trois camps s’affrontent sur la question en France.

Entre les positions inconciliables d’une droite dure va-t-en-guerre et d’une gauche réconciliatrice, il y a le camp du milieu autour du président Emmanuel Macron, résigné à l’apaisement et au dialogue par pragmatisme.

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Ségolène Royal en chef de file des réconciliateurs

Dans le camp des réconciliateurs, Ségolène Royal fait figure de chef de file. Dans une vidéo postée sur Facebook ce mercredi 29 avril, elle explique pourquoi la réconciliation avec l’Algérie est “indispensable pour la France”.

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“Les nostalgiques de l’Algérie colonisée agissent contre nos valeurs. C’est mon devoir de le dire en tant que présidente de l’association France-Algérie créée sous l’égide du général Charles de Gaulle”, a-t-elle expliqué, invitant l’opinion à se détacher des nostalgiques de l’Algérie française qui “pensent grappiller quelques voix”.

La candidate socialiste à l’élection présidentielle de 2007 effectue sa deuxième visite en Algérie en trois mois. Début février dernier, elle a été encensée par le président Abdelmadjid Tebboune pour tout ce qu’elle fait pour le rapprochement entre les deux pays.

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Mme Royal n’est pas seule à plaider pour de meilleures relations. Elle partage cette orientation, globalement, avec tout le camp de gauche et notamment de nombreux élus et hommes et femmes politiques franco-algériens, comme Akli Mellouli, Sabrina Sebaihi ou Karim Zeribi.

Une droite dure qui pousse à la rupture

Les anti-Algériens sont aussi nombreux dans le camp opposé. Le courant regroupe la droite dure et l’extrême-droite, les nostalgiques de l’Algérie française mais aussi les lobbyistes du Maroc et d’Israël.

Des figures comme Bruno Retailleau, le binôme du RN Marine Le Pen et Jordan Bardella, Éric Zemmour, Sara Knafo et d’autres, font de l’Algérie à la fois une obsession et un tremplin électoral.

Encore plus à l’approche de la présidentielle de 2027, ce courant refuse tout dialogue et continue de pousser à la rupture avec l’Algérie. Jusqu’à se faire traiter publiquement par le président Emmanuel Macron de “mabouls qui disent qu’il faut se fâcher avec l’Algérie”.

Cette phrase, prononcée lundi 27 avril lors d’un échange avec un médecin algérien au cours d’une visite dans l’Ariège, les a fait sortir de leurs gonds. Après Bruno Retailleau, son adjoint François-Xavier Bellamy ou encore Marine Le Pen, des parlementaires de ce courant sont montés au créneau.

Ce mercredi au Sénat, le sénateur républicain Roger Karoutchi, connu pour ses positions résolument anti-algériennes, a presque reproché au ministre de l’Intérieur Laurent Nunez d’avoir engagé un dialogue avec l’Algérie après plus de 18 mois de quasi-rupture.

Karoutchi, sénateur des Républicains, est un fervent défenseur de la ligne de Bruno Retailleau qui pousse à aller au rapport de force avec l’Algérie.

Comme l’ancien ministre de l’Intérieur, il a aussi longtemps plaidé pour la dénonciation de l’accord franco-algérien de 1968 sur l’immigration. Né en 1951 au Maroc, Roger Karoutchi est président du groupe d’amitié France-Israël au Sénat français.

Mardi, c’est Hanane Mansouri, députée d’origine marocaine, qui a interpellé le chef de la diplomatie Jean-Noël Barrot.

Les réponses apportées par les deux membres du gouvernement résument la position qui est celle du camp présidentiel et du gouvernement qui, face à la nécessité du dialogue et du rétablissement de la coopération migratoire et sécuritaire, semblent avoir enfin trouvé la bonne méthode, celle de la discrétion et du respect.

Macron, Barrot et Nunez : enfin la bonne méthode ?

Laurent Nunez a défendu sa démarche et indiqué que tout le gouvernement “assume” ce dialogue “nécessaire” avec l’Algérie.

“Oui, nous avons réenclenché une discussion avec l’Algérie. Nous avons réenclenché un dialogue sécuritaire et migratoire avec l’Algérie, avec comme seule boussole l’intérêt de nos compatriotes, évidemment l’intérêt de la sécurité de notre pays”, a dit Nunez devant le Sénat.

“Les choses se sont réenclenchées, nous discutons à nouveau sur un certain nombre de dossiers de coopération policière, judiciaire et migratoire”, a-t-il poursuivi, signalant que lorsqu’il s’est déplacé en Algérie à la mi-février dernier, tout était à l’arrêt sur ces dossiers.

“Nous n’avions plus aucun laissez-passer, zéro laissez-passer, et maintenant, nous avons enclenché un mouvement bien au-delà de zéro laissez-passer”, s’est-il félicité.

« Il y va évidemment de la sécurité de nos concitoyens et c’est notre seule boussole dans ce dossier », a insisté le ministre de l’Intérieur. Nunez a assuré que lui et le gouvernement ont “en tête un certain nombre de situations particulières”, dont celle du journaliste Christophe Gleizes.

“Évidemment que ce dialogue avec l’Algérie est un dialogue exigeant mais nécessaire et qui est totalement assumé par le gouvernement et par la partie qui le mène, par le ministre de l’Intérieur”, a-t-il conclu.

De son côté, Jean-Noël Barrot a répondu à la députée franco-marocaine que » L’intérêt des Français en Algérie, qu’il soit sécuritaire, migratoire ou économique, passe nécessairement par un dialogue très exigeant pour obtenir des résultats ».

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