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FFS : les limites de la collégialité

Ali Laskri vient de claquer la porte de l’instance présidentielle du FFS. Désormais, ils ne sont plus que deux dirigeants à faire partie de cette direction collégiale, contre cinq à…

FFS : les limites de la collégialité
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Ali Laskri vient de claquer la porte de l’instance présidentielle du FFS. Désormais, ils ne sont plus que deux dirigeants à faire partie de cette direction collégiale, contre cinq à sa mise en place lors du congrès de 2013.

Les « rescapés » ont pour noms Aziz Baloul et Mohand Amokrane Cherifi, deux figures qui incarnent la ligne de fidélité au défunt fondateur du parti, Hocine Aït Ahmed.

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Saïda Ichallamen, Rachid Hallet et donc Ali Laskri, n’ont pas continué le chemin, pour différentes raisons.

Au-delà des motifs qui ont poussé M. Laskri à jeter l’éponge – des raisons qu’il promet de dévoiler lors de la prochaine session du conseil national – cette démission remet sur le tapis la question de l’efficacité de ce mode de gestion pour un parti politique.

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Une direction collégiale où il n’y a pas de tête qui dépasse, pas de personnalité charismatique qui porte la voix du parti et qui remet de l’ordre quand cela s’avère nécessaire.

À la place, une équipe de cinq poids lourds appelés à s’adonner au difficile exercice d’accorder leurs violons sur les questions politiques et organiques.

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Non seulement cela a été rarement le cas durant ces quatre années, mais l’instance a fini par renvoyer l’image d’un pouvoir parallèle au sein même du parti.

Car les statuts prévoient aussi un poste de premier secrétaire, qui, par la force des choses, s’est retrouvé à assurer tout au plus la fonction de porte-parole.

Les décisions politiques et organiques, notamment les mesures disciplinaires, sont prises ailleurs, précisément au niveau de cette instance présidentielle qui finira par faire de l’ombre à toutes les autres instances du parti, dont le conseil national.

L’idée de mettre en place cette instance a germé début 2013, soit à la veille du congrès du parti et au lendemain de l’annonce de Hocine Aït Ahmed de sa décision de ne pas briguer un autre mandat à la tête de la formation politique qu’il avait fondée un demi-siècle plus tôt.

La décision passera comme une lettre à la poste au congrès de juin de la même année et Ali Laskri, Rachid Hallet, Aziz Baloul, Mohand Amokrane Chérifi et Saïda Ichallamène seront désignés par les congressistes pour gérer l’après-Hocine Aït Ahmed.

Cinq ans après, l’on ne sait toujours pas si l’idée est du fondateur du parti lui-même ou des cinq personnalités qui seront intronisées par la suite. Pas plus que nous savons sur les motivations réelles de ceux qui ont opté pour une direction collégiale.

Sans doute qu’au sein du parti, on a fini par se faire à l’idée que le charismatique Aït Ahmed était irremplaçable, mais il y a peut-être aussi le souci d’éviter une lutte de leadership entre les différents poids lourds dont les visées sur le poste étaient un secret de polichinelle.

Depuis sa sortie de la clandestinité, à la fin des années 1980, le FFS a dû gérer plusieurs crises internes suscitées tantôt par les ambitions de certains de ses cadres, tantôt par des divergences sur les orientations et positions politiques du parti sur des questions sensibles, comme la crise sécuritaire des années 1990.

Abdelhafid Yaha en 1991, le groupe dit de Tizi mené par Saïd Khelil en 1996 ou encore Karim Tabou en 2012, ont tous mené des frondes qui ont fortement secoué le parti.

Seule la présence à sa tête d’une personnalité consensuelle de la trempe d’Aït Ahmed lui a permis de dépasser toutes les tempêtes avec un minimum de dégâts.

Avec le retrait de ce dernier, qui décédera d’ailleurs deux plus tard, le risque d’implosion était devenu réel et la mise en place d’une direction collégiale a peut-être évité le pire…

Quoiqu’il en soit, le fait est là : le plus vieux parti de l’opposition, dirigé par un seul homme pendant 50 ans, se retrouve avec cinq chefs. Une situation pour le moins inédite.

Sur le plan politique, on ne peut pas dire que le bilan de la nouvelle direction est négatif. Bien au contraire. Le parti a su garder le cap de son initiative de « consensus national » lancée dans le sillage des révolutions du printemps arabe en 2011.

Mieux, le FFS a fait une percée inattendue aux dernières législatives de mai dernier et surtout aux dernières locales de novembre, confirmant sa place de première force politique en Kabylie et grignotant quelques sièges un peu partout à travers le pays.

C’est plutôt sur le plan organique que l’action de l’instance présidentielle est discutable, avec notamment une instabilité chronique au poste de premier secrétaire, signe d’absence de consensus au sommet plus que d’une volonté d’asseoir une tradition d’alternance.

Aussi, les divergences entre les membres de la direction collégiale ont fini par éclater au grand jour avec le « procès » fait à l’un de ses membres : Rachid Hallet, un militant de la première heure, fidèle parmi les fidèles d’Aït Ahmed et en qui beaucoup voyaient le successeur naturel du chef historique.

Hallet sera exclu sans ménagement du parti pour un motif futile : avoir déclaré publiquement que Khaled Nezzar n’a pas proposé le poste de président de la République à Aït Ahmed pendant la crise de janvier 1992.

Ce sera ensuite à l’unique femme de cette instance, Saïda Ichallamène, d’annoncer bruyamment son départ dans la foulée des tiraillements qui avaient entouré la confection des listes de candidature pour les législatives de mai dernier.

Ce dimanche 11 février, Ali Laskri annonce son retrait tout aussi bruyamment, appelant même à la tenue d’un congrès extraordinaire.

Dans sa lettre aux militants, apparaissent en filigrane les signes d’un profond malaise. « Mon retrait de cette instance implique automatiquement l’organisation d’un congrès extraordinaire sur le plan statutaire (…) un congrès extraordinaire qui sera « dans l’intérêt salvateur du parti, à travers l’élection d’une nouvelle instance présidentielle, ce qui va amener une nouvelle dynamique d’espoir de tout un peuple ».

Les statuts du parti adoptés lors du congrès de 2013 ne prévoyant aucune autre voie pour la désignation des membres de l’instance présidentielle en dehors du congrès, verra-t-on le FFS aller vers des assises extraordinaires ?

La question devrait être abordée lors de la prochaine session du conseil national prévue le week-end prochain (16 et 17 février). Si le parti décide d’aller au congrès, ce sera peut-être l’occasion de fermer la parenthèse de la présidence collégiale, une option salvatrice dans la conjoncture du départ d’Aït Ahmed, mais qui a fini par montrer toutes ses limites. Quitte à prendre quelques risques…

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