Direct Live Search
Search

À Trappes, la peur s’installe chez des habitants musulmans ou d’origine immigrée

À Trappes, une semaine après l’attaque raciste qui a fait un mort et plusieurs blessés, la peur règne sur cette ville des Yvelines. Le maire Ali Rabeh appelle à criminaliser la théorie du grand remplacement

À Trappes, la peur s’installe chez des habitants musulmans ou d’origine immigrée
Une semaine après l’attaque meurtrière à Trappes, les habitants vivent dans la peur / Par Hassan Anayi / Unsplash pour TSA
Rafik Tadjer
Durée de lecture 3 minutes de lecture
Clock 3 minutes de lecture

Il y a un avant et un après 23 octobre à Trappes, dans la région parisienne, et en France. Depuis l’attentat raciste, les habitants de la ville, notamment les musulmans et ceux qui ont des origines arabes ou africaines, vivent dans la peur. Le maire de Trappes, Ali Rabeh, appelle à criminaliser la théorie du « grand remplacement ».

Vendredi 23 octobre, un homme a tiré à l’arme automatique sur des passants, tuant une personne et blessant plusieurs autres. Après la stupeur, la peur. France Télévisions est allée rencontrer les habitants.

A lire aussi : OQTF confirmée pour une famille algérienne installée en France depuis 2018

Beaucoup d’entre eux avouent qu’ils vivent dans la peur permanente de se faire tirer dessus. Certains en sont arrivés à ne pas sortir de chez eux ou à limiter leurs déplacements. Ceux qui, depuis plusieurs années, poussent à la guerre civile en produisant un discours raciste jusqu’à la banalisation, ne sont pas loin du but.

A lire aussi : Crise France-Algérie et titres de séjour : « pourquoi prend-on les gens en otage ? »

 “J’ai peur d’être morte, vu que je suis musulmane »

Le premier témoignage recueilli est celui de l’infirmière qui a tenté de prodiguer les premiers soins à Pengo Bossio Wangi, tué de plusieurs balles. « Ce sont trois minutes qui me paraissaient interminables. Je masse, je masse, je masse… Mais voilà, il ne faut pas lâcher (…) J’étais toute seule et il n’y avait pas le matériel nécessaire, il n’y avait rien« , dit-elle. Impuissante, elle pense encore à cette vie fauchée, « gratuitement, sans avoir rien demandé, parce qu’il est noir« .

Pour elle, au-delà du tireur, les vrais coupables sont connus. « Je pense que les discours de l’extrême droite, comme par exemple ‘Trappes est la ville avec tous les djihadistes ou les fichés S’, ce sont ces discours-là qui ont poussé Kévin T. à la haine« , dit-elle.

A lire aussi : Consulats d’Algérie : avis important aux jeunes de la diaspora

Ginane, une fillette, n’ose plus sortir seule et demande désormais à son père de l’accompagner. « Ils tuent les Noirs, les musulmans, tous ceux qui ne sont pas de la même religion qu’eux et de la même couleur. Du coup, j’ai peur d’être morte, vu que je suis musulmane« , dit-elle au micro de la chaîne publique française. « Ça me fait très mal. Chaque fois, je lui dis qu’il faut que tu saches que tu es française. Comment on peut construire une société avec des enfants qui ont peur dès le plus jeune âge ?« , se demande son père.

La fille jouait dehors avec son frère au moment de l’attaque. C’est une voisine qui leur a crié de rentrer vite. « J’essaye de l’oublier, mais à chaque fois, ça me revient. Parfois, ça m’empêche de dormir« , dit la petite fille. « Avant de dormir, elle me dit : Comment on en est arrivé là ?« , affirme son père.

À Trappes, ceux qui habitent seuls ont même peur d’ouvrir leurs fenêtres

La même peur habite cette autre femme qui réside à Trappes depuis 25 ans. Pour des raisons évidentes, elle préfère garder l’anonymat et ne pas montrer son visage. « Des personnes qui habitent toutes seules, on a même peur d’ouvrir nos fenêtres. On a peur de sortir. On ne sait jamais. On tire sur les gens, dehors comme ça, et ils tombent« , dit-elle, rencontrée lors de l’une de ses rares sorties depuis le 23 octobre,  dans une association de quartier.

Djamal Merasli, un retraité, constate que l’ambiance au marché de la ville n’est plus la même. « C’est quand même triste. On voit bien que les gens de Trappes, ils ont le regard un peu partout, à droite, à gauche. Avant, on discutait une bonne demi-heure. Mais là, ça ne discute même pas deux, trois minutes », dit-il.

Le maire Ali Rabeh appelle à criminaliser le “grand remplacement”

Il n’y a pas que les habitants d’origine immigrée qui sont indignés et choqués par l’attentat. Sylvie Verstraeten, une bénévole, témoigne. « C’est de l’émotion, parce que c’est une idéologie que je combats depuis toujours. Je vis dans une ville où on est tous réunis. Au-delà de la couleur de peau, au-delà de la religion, non-religion, on vit en harmonie. C’est ça, ce qu’on appelle vivre en harmonie« , assure-t-elle.

Pendant ce temps, le maire de Trappes, Ali Rabeh, continue à dénoncer le discours de haine de l’extrême-droite. Dans sa dernière sortie en date, il a appelé à l’élaboration d’une loi criminalisant un vocable bien connu du courant extrémiste.

« Votez une loi, je vous en conjure, pour pénaliser l’usage de la théorie criminelle du ‘grand remplacement’« , a-t-il demandé aux responsables politiques.

« Je sais parce que je la partage, la tentation de fuir face à l’adversité traverse chacun et chacune d’entre nous. Je sais combien il est insupportable d’être qualifié de « Français de papier », d’être toujours essentialisé, de devoir rendre des comptes, face aux accusations odieuses d’être nié dans son identité », a déclaré Ali Rabeh.

Lien permanent : https://tsadz.co/uq9aw

TSA +