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Affaire Sansal : Ben Jelloun et la “chance” d’être un sujet de Mohamed VI

En évoquant l’affaire Boualem Sansal, l’écrivain marocain Tahar Ben Jelloun aurait été plus crédible en parlant de la malchance d’être un sujet de Mohammed VI.

Affaire Sansal : Ben Jelloun et la “chance” d’être un sujet de Mohamed VI
Sansal–Ben Jelloun : la fable de la « chance » d’être un sujet de Mohammed VI. / Facebook
Riyad Hamadi
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Il n’y a pas que l’extrême-droite française qui instrumentalise à outrance l’affaire Boualem Sansal. Au Maroc aussi, on se sert de cette affaire pour un double objectif : régler les comptes que l’on sait avec l’Algérie qui plaide pour la primauté du droit international au Sahara occidental, et conforter les convoitises du royaume sur le territoire algérien. 

L’écrivain du palais royal, Tahar Ben Jelloun, ne pouvait évidemment pas ne pas surfer sur la vague. Très maladroitement cependant, car il prête à son “ami” algérien l’envie d’être lui aussi un sujet de Mohammed VI. 

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L’agitation de Tahar Ben Jelloun, qui a tenu des propos indignes sur les dirigeants algériens, autour de l’affaire Sansal relève plus de la comédie que d’un réel attachement à la liberté d’expression et de pensée.

« Manque de courage politique »

Pour une raison bien simple : il n’a pas fait autant de bruit lorsque trois journalistes et un historien marocains, un peu trop indépendants au goût de la police du roi, ont été jetés en prison d’un coup pour des faits étonnement simultanés d’agressions sexuelles.  

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L’histoire retiendra qu’il a tout juste signalé au roi, via un article de presse, que ces détentions ne sont pas bonnes pour son image et celle du royaume à l’international. 

Dans un récent entretien au Figaro, l’écrivain a longuement évoqué la libération de Boualem Sansal. Mais pas celle de Omar Radi, Soulaimane Raissouni, Taoufik Bouachrine et Maâti Monjib, survenue en juillet dernier le jour même de la reconnaissance par la France de la “marocanité” du Sahara occidental. C’est-à-dire au prix d’un deal inavouable. 

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Ben Jelloun a fait partie de ces intellectuels marocains qui détournent les regards sur ce qui se passe dans leur pays pour s’intéresser à leur voisin de l’est.

« Tahar Ben Jelloun se dit marocain, mais n’a jamais parlé du peuple marocain et de sa souffrance, ni de la dictature moyenâgeuse et féodale de Mohammed VI, et encore moins de son compatriote Maître Mohamed Ziane, 82 ans, prisonnier politique croupissant en prison après avoir dénoncé la corruption au sein de ce régime voleur de nos richesses.

Monsieur Tahar, pourquoi cette hypocrisie et cette malhonnêteté intellectuelle ? », critique Dounia Filali, journaliste et opposante marocaine en exil.

L’historien français Fabrice Reciputi le passé peu glorieux de cet écrivain : « Tahar Ben Jelloun, fort réputé au Maroc pour son manque de courage politique sous le boucher Hassan II ».

Il a soutenu auprès du Figaro que Sansal lui aurait avoué après sa libération le 12 novembre qu’il avait “la chance d’être Marocain” au moment où lui avait “la malchance d’être Algérien”.

La “chance d’être marocain” : la dernière fumisterie de Tahar Ben Jelloun 

Autrement dit, Sansal envie Tahar Ben Jelloun d’être, non pas un citoyen, mais un sujet de Mohammed VI. Un roi qui peut le jeter en prison quand bon lui semble, et l’utiliser comme monnaie d’échange contre quelque acquis diplomatique. 

Car c’est bien ce qui est arrivé aux quatre intellectuels marocains qui, pourtant et contrairement à Boualem Sansal, n’ont pas porté atteinte à l’intégrité et à l’histoire de leur pays. 

En termes de libertés, le Maroc n’est pas enviable et le royaume ne fait pas non plus rêver sur le plan économique, social et de la qualité de vie. Ce qu’aurait dit Sansal, sur la foi de Ben Jelloun, rappelle la fumisterie du “paradis” promis aux Sahraouis s’ils venaient à accepter le “plan d’autonomie” et devenir eux aussi des sujets du roi. 

La propagande marocaine fait miroiter aux Sahraouis un “paradis” que les Marocains eux-mêmes fuient tel un enfer.

Régulièrement, les images de tentatives d’évasion collective des jeunes marocains vers les enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla font le tour du monde. Celles aussi des “femmes mulets” qui croulent, parfois jusqu’à perdre la vie, sous de lourds fardeaux de marchandises qu’elles font passer des mêmes enclaves. Les émeutes de la faim sont tout aussi régulières au royaume. 

Les dernières en date ont eu lieu il y a seulement quelques semaines, déclenchées par la mort de huit femmes enceintes dans une maternité dépourvue de tout. En 2016, la région du Rif a été embrasée par la mort atroce d’un marchand ambulant, broyé dans une benne à ordures en s’accrochant à sa caisse de sardines jetée par une police impitoyable.

Non, le Maroc, royaume de toutes les inégalités et des atteintes aux libertés, ne renvoie rien d’enviable au monde, si ce n’est un faux prestige fait de stades et de compétitions de football qui, in fine, ne fait qu’aggraver la détresse sociale de l’écrasante majorité des sujets du roi. 

Au lieu de parler de chance d’être un sujet de Mohamed VI, Ben Jelloun qui a ignoré la féroce répression qui s’est abattue sur les jeunes du mouvement GenZ 212 en octobre, aurait dû évoquer plutôt la malchance d’être un obligé de l’un des souverains les plus extravagants et prédateurs de la planète. 

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