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Alger – Bruxelles : l’heure de la grande explication ?

Cela devait un jour arriver. L’accord d’association entre l’Algérie et l’Union européenne, signé au début des années 2000, a fini par montrer toutes ses limites.

On n’en est pas encore à sa remise en cause, ni même à sa renégociation, mais l’évocation de l’éventualité de recourir aux « clauses de règlement de différends », l’article 100 en l’occurrence, est en elle-même un aveu que l’accord est loin d’avoir débouché sur une « prospérité partagée », conformément à l’esprit du processus de Barcelone, à l’origine de la conclusion d’accords d’association entre l’Union européenne et les pays de la rive sud de la Méditerranée.

Celui signé avec l’Algérie est particulièrement déséquilibré, en faveur de la partie européenne, de l’avis des experts d’abord, et maintenant des autorités, même si le gouvernement ne s’est pas encore exprimé officiellement sur les récentes critiques de la commissaire européenne au Commerce, Cecilia Malmström, concernant le nouveau dispositif d’encadrement des importations instauré par l’Algérie. Les officiels n’ont pas réagi, mais d’autres voix, sans doute mandatées, se sont chargées de dénoncer l’ingérence des Européens dans la politique interne d’un pays souverain et surtout de rappeler combien les clauses de l’accord constituaient une « asymétrie structurelle » qu’il convient maintenant de corriger.

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Comme tout deal inégal, l’accord d’association Algérie-UE était voué à l’échec dès sa signature, en 2002. Il faut d’abord rappeler que les deux parties ne l’avaient pas conclu pour les mêmes objectifs. L’Algérie l’avait fait pour des considérations plus politiques qu’économiques, l’urgence à l’époque étant de briser l’isolement diplomatique imposé au pays qui sortait d’une décennie de terrorisme. C’était d’ailleurs l’un des rares acquis, sinon le seul, que l’Algérie a pu tirer de cet accord.

Sur le plan des échanges économiques, il fut sur toute la ligne à l’avantage de l’Union européenne à cause évidemment de l’immense déséquilibre entre les performances et la compétitivité des entreprises des deux rives. Une situation que les experts avaient vue venir, mais le gouvernement algérien de l’époque avait ses priorités et n’avait donc pas pris en compte leurs nombreuses mises en garde.

Plus de quinze ans après, les priorités semblent redéfinies du côté d’Alger. Fortement ébranlé par la baisse brutale des prix du pétrole en 2014, le pays compte désormais ses sous, n’hésitant pas à prendre les mesures qu’il juge salvatrices pour son économie, comme justement cette orientation protectionniste qui vient de fâcher ses partenaires européens.

L’Algérie semble même prête pour la grande explication sur cet accord d’association qui lui a été imposé plus qu’elle ne l’a choisi au vu de la conjoncture dans laquelle il a été négocié et conclu. C’est sans doute ce que cache la montée au créneau – loin d’être spontanée- de nombreux acteurs de la vie économique nationale, parmi lesquels les patrons de l’UGTA et du FCE, qui ne pouvaient fourrer leur nez dans une affaire de politique étrangère sans l’autorisation expresse, voire l’injonction de qui de droit.

Les propos de Abdelmadjid Sidi Saïd et d’Ali Haddad sont en effet ceux qu’aurait tenus un responsable gouvernemental dûment mandaté.

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Expliquant d’abord les motivations des mesures prises par le gouvernement, lesquelles mesures étaient « engagées par l’Algérie pour faire face au déséquilibre important de la balance des paiements et au déficit budgétaire qui menaçaient sa souveraineté financière et économique », puis tentant de rassurer les partenaires étrangers quant aux conséquences de ces mêmes décisions qui « ne remettent nullement en cause la volonté de l’Algérie de consolider sa coopération économique avec ses partenaires stratégiques dont l’Union européenne fait partie ».

On ne sait par calcul, le gouvernement a préféré emprunter des voies détournées pour dire le fond de sa pensée, mais il le fera sans doute d’une manière plus directe et plus tranchée lors de la visite ce jeudi à Alger du négociateur dépêché en catastrophe par Bruxelles, Ignacio Garcia Bercero. Ce sera l’occasion pour la partie algérienne non seulement de défendre sa position sur ce point précis de limitation des importations, mais aussi de faire comprendre aux Européens que le rapport de force n’est plus ce qu’il était il y a quinze ans et que seul le principe du gagnant-gagnant devra désormais servir de base à tout partenariat.

En tout cas, ce n’est pas le moment de montrer le moindre signe de faiblesse…

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