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Blocage de l’amendement sur Tamazight : ce qu’il faut savoir

Le rejet d’un amendement sur la généralisation de l’enseignement de Tamazight, proposé dans le cadre du projet de la Loi de finances 2018, met le feu aux poudres. Après la polémique sur les réseaux sociaux, des grèves et des manifestations sont organisées dans plusieurs wilayas pour dénoncer ce qui est compris comme une énième attaque portée à l’identité nationale. TSA vous propose un retour sur les faits.

De quoi s’agit-il ?

Fin novembre, un amendement dans le cadre du projet de Loi de finances 2018 est déposé par Nadia Chouitem, député du PT. Dans son texte, l’élue propose l’introduction d’un nouvel article, 104 bis, qui stipule notamment : « l’État veille à la généralisation de l’enseignement du Tamazight dans toutes les écoles publiques et privées et que cet enseignement soit obligatoire (…) ».

L’avis de la commission

La commission des finances de l’Assemblée populaire nationale (APN) rejette l’amendement en précisant que les « autorités publiques ont consenti et continuent de consentir des efforts considérables dans l’enseignement de Tamazight » et que les « programmes d’éducation comportent des programmes d’enseignement de cette langue nationale ».

Manifestations et grèves

Ce rejet passe mal en Kabylie et même au-delà de cette région. Sur les réseaux sociaux, les dénonciations et les appels à manifester se multiplient. Sur le terrain, les inscriptions en arabe sur les panneaux de signalisation routière sont effacées un peu partout en Kabylie en signe de protestation.

Des manifestations sont organisées par des comités autonomes d’étudiants et des syndicalistes à Tizi Ouzou et à Béjaïa hier. Des marches ont eu lieu ce mardi à Bouira mais aussi à Batna où des heurts ont éclaté entre les manifestants et les forces de l’ordre. La grogne gagne également Boumedès où des étudiants et des lycéens ont investi la rue.

Le RND et le FLN explique

Interrogés par TSA, des responsables du RND et du FLN ont expliqué le rejet de l’amendement. « Nos députés ont rejeté cet amendement parce qu’il ne cadrait pas avec l’esprit du texte (Loi de Finances 2018) », a indiqué Seddik Chiheb, porte-parole du RND. « Cet amendement ne cadre pas avec le projet de Loi de finances. Tamazight est décrétée langue officielle et nationale par la Constitution », a assuré Said Lakhdari, chef du groupe parlementaire du FLN.

Le RCD dénonce une manipulation

Dans une déclaration citée par Algérie patriotique, le chargé de communication du RCD critique ouvertement le PT. « Pis encore, proposer un tel article dans le cadre d’une Loi de finances anti-peuple que nous avons rejetée dans sa globalité (une Loi de finances rejetée d’ailleurs par le PT, le Hamas et le parti de Djaballah) renseigne sur la grossière manipulation qui vise à provoquer, encore une fois, les régions berbérophones, et particulièrement la Kabylie ».

Le FFS prévient

Le FFS abonde dans le même sens. Dans son intervention à l’Assemblée populaire nationale, Djamel Baloul, un député du parti, dénonce « la manipulation dans laquelle est tombée l’assemblée en ce qui concerne la manière avec laquelle a été présenté la question relative à l’amendement et le vote ».

« Au FFS, nous considérons que Tamazight est le ciment de l’unité nationale et maghrébine », a-t-il ajouté.

Peut-on introduire un tel amendement dans la Loi de finances ?

Les amendements introduits par un élu de l’assemblée doivent être en lien avec le sujet du projet de loi en débat, selon Fatiha Benabou, constitutionnaliste. La seule exception est faite pour les Lois de finances qui doivent être absolument adoptées quoi qu’il en soit, rappelle-t-elle.

« Les députés profitent alors pour introduire ce qu’on appelle des cavaliers budgétaires. Des articles qui n’ont rien à voir avec la loi, c’est une pratique très courante en France et aux États-Unis par exemple », explique-t-elle.

Sauf que la députée du PT n’a pas présenté un impact financier en ce qui concerne cet amendement, insiste un membre de la commission de finances. « En plus, l’enseignement de Tamazight est une question qui est prise en charge par la Constitution », insiste le député.

Louisa Hanoune s’exprimera ce mecredi

Le PT n’a toujours pas réagi à la polémique. Le sujet est sensible. Louisa Hanoune, secrétaire générale du parti, devrait toutefois s’exprimer demain sur la question relative à cet amendement et surtout sur la contestation qu’a suscitée son rejet.

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